Egypte

Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /2008 03:56

Sous Charles-X et Louis-Philippe   (lien) UN EGYPTIEN A PARIS et suivants

Des Parisiens et des Français en général

du bon et du moins bon

Le Cheikh Rifaat at-Tahatoui poursuit l'exposé des ses observations sur les traits de caractère et les pratiques des Parisiens et des Français en général:

Quelque peu avare mais dépensier

"Il n'y a d'égalité entre eux que dans les choses ordinaires de la vie, comme l'expression et l'action mais il n'y en a pas en matière de richesse. Le parisien prête volontiers mais ne donne pas à moins que le don ne soit assorti d'une contrepartie. En quelque sorte, il est plus proche de l'avarice que de la générosité, cette  qualité que l'on trouve, comme l'hospitalité, chez les arabes.

"Le Parisien est d'une manière générale fidèle à ses engagements et, riche ou pauvre, il est scrupuleux et infatigable dans son travail. Il aime à se faire passer pour plus qu'il n'est. Il a le goût de la notoriété mais non de l'arrogance ou de l'animosité. Il dit volontiers de lui-même qu'il peut être doux comme un agneau ou, en colère, plus féroce qu'un tigre sans crainte de la mort. A ce propos il est fréquent d'entendre qu'untel  s'est donné  la mort, poussé  par le dépit amoureux ou la misère"

"... Il est dans sa nature de dépenser sa fortune au gré de ses fantaisies, dans la satisfaction de ses passions diaboliques, le plaisir et le jeu, pour lesquels Il dépense sans compter.

Une faiblesse envers les femmes que le Cheikh ne partage pas

" il est esclave du bon plaisir des femmes, qu'elles portent  ou non un enfant. Comme certains le disent; la femme
, en Orient, fait partie du mobilier domestique, chez les "Francs" c'est une enfant gâtée.



"Le parisien n'entretient jamais de mauvais soupçons sur son épouse  en dépit des nombreuses incartades dont les femmes sont coutumières. Mais quand bien même serait-il un notable, s'il est établi que sa femme se livre à  la luxure, il cesse tout rapport avec elle et la quitte pour toujours. Mais les autres n'en tirent pas leçon alors qu'il convient de se méfier des femmes.

"Un  poète a dit:

"Des femmes il faut te méfier
"Si tu es un homme censé
"Car il n'est 
plus mortel  danger
"Que  d'avoir la faiblesse de s'y fier" *


 
Pas de penchant pour les jeunes garçons

"Parmi les traits louables du parisien il en est un qu'il partage avec les arabes; c'est l'absence de penchant pour les garçons avec lesquels, par nature,  il ne lui viendrait pas à l'esprit l'idée de marivauder. C'est là une chose qu'il écarte totalement comme étrangère à sa nature et à ses moeurs. Dans son langage comme dans ses poèmes il refuse de parler d'échanges amoureux entre personnes du même sexe. A cet égard, Il serait malséant en Français de dire "j'ai aimé un garçon". Aussi lorsqu'il doit traduire un de nos poèmes (arabes), il retourne l'expression et écrit "j'ai aimé une jeune fille".(1)

"Le français voit dans ces amours une corruption des moeurs et en cela il a raison. Pour lui l'attirance mutuelle entre sexes différents est le propre de la nature humaine comme il en est de l'attraction entre l'aimant et le fer. Le contraire est pour lui la pire des monstruosités dont il ne parle que rarement dans ses écrits et encore avec autant de discrétion que possible."

Les femmes, encore les femmes



"Toutefois, s'il est une chose détestable chez les français, c'est bien le manque de chasteté de nombre de leur femmes et la complaisance des maris. Ainsi comme le disait un des ces français coutumiers du libertinage: 'Si une femme  refuse de céder à tes désirs, n'y vois pas la marque de sa chasteté mais plutôt l'indice de ses multiples expériences".

"un sage n'a-t-il pas dit un jour: La femme est un  piège de Satan".
**

* لا يكن ظنّك إلا سيئا  بالنسأ إن كنت منآهل الفطن
ما رمى الإنسان في مهلكة قط إلّا ظنّه الظنٌ الحسن 
**
النساء حبائل الشيطان


(1 Dans la poésie arabe chantant "l'amour courtois", l'aimée  est   toujours  nommée au masculin. par exemple "Habibi" au lieu de "Habibati" (mon aimé au lieu de mon aimée On retrouve cette tradition poétique dans les chansons des troubadours occitans du Moyen-âge vraisemblablement sous l'influence Hispano-arabe.

- llustrations   Octave Uzanne (1851-1931)

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Lundi 22 septembre 2008 1 22 /09 /2008 13:30
Sous Charles-X et Louis-Philippe  voir UN EGYPTIEN A PARIS (5)  et précédentes

Des Parisiens

L'Imam Rifaat et-Tahataoui n'est  pas avare d'éloges, parfois nuancées,  à l'égard des Parisiens.

Le goût du savoir et du bien faire

"Sachez, nous dit-il, que les gens de Paris se distinguent des autres chrétiens par leur finesse d'esprit et leur intelligence comme par leur affrontement des difficultés. Ils ne sont pas comme les Coptes (chrétiens d'Egypte) enclins à l'ignorance et à l'insouciance. Ils ne sont pas du tout prisonniers des conventions mais aiment au contraire connaître le fondement de toute chose pour en tirer leçon.

"La masse du peuple  connaît la lecture et l'écriture et aborde comme les autres les questions profondes, chacun selon sa condition. Ils ne sont pas abêtis comme les gens de la plupart des  pays incultes. Les sciences, les arts et les connaissances artisanales sont classées dans des livres, y compris les modes artisanaux les plus rudimentaires. Aussi, l'artisan a-t-il nécessairement besoin de savoir lire et écrire pour parfaire son travail.

Rentrée des classes (Petit journal)

"En outre, tout homme de l'art aime, dans sa spécialité, inventer des choses qui n'existaient pas auparavant ou parfaire ce qui existe déjà. Il est destiné à cela par son goût du gain, du paraître et de la célébrité comme par le désir de passer à la postérité".

Versatilité

"Le français est naturellement enclin à s'enticher des nouveautés. Il aime le changement en toute chose et en particulier dans l'habillement. Il n'y a pas chez lui de mode vestimentaire fixée une fois pour toutes. Cela ne veut pas dire qu'il change totalement de type de vêtement. En fait, ils en fait varier l'aspect.  Ilne troquera donc pas son chapeau pour un turban mais l'échangera de temps en temps pour un autre de forme ou de couleur différentes et ainsi de suite.



Plaisantin mais pas seulement

"Il est aussi  malin, léger, capricieux. Ainsi on verra une personne de haut rang courir dans la rue comme un gamin. Il est aussi d'humeur changeante et peut passer en un instant de la joie à la tristesse comme du sérieux à la plaisanterie. Au cours d'une seule journée Il peut faire  ainsi une chose puis son contraire; mais cela seulement dans les situations de peu d'importance. Dans les situations sérieuses au contraire, il demeure constant dans sa perception des choses et la conduite de ses affaires.

"En dépit de son attachement à sa terre, le français aime les voyages et se déplace ainsi d' Orient en Occident jusqu'à y  affronter parfois de graves dangers pour le bien de sa patrie"

Extraits traduits et adaptés par Yaqzan
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /2008 22:54
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien) UN EGYPTIEN A PARIS (4)

"Si de Paris il m'advenait de divorcer
"ce ne serait que pour le Caire épouser
"l'Une et l'autre sont mes fiancées jolies
"Mais le Caire n'est pas fille de la nuit" *

Rifaat at-Tahtaoui


"Propreté de Paris"

Voirie

"Sachez, nous dit le cheikh Tahtaoui, que les français pour arroser les rues ont fabriqué de grosses citernes montées sur roues et tirées par des chevaux. Ces citernes, remplies d'eau sont équipées de robinets de belle facture qui lancent de puissants jets d'eau. Ces citernes avancent avec rapidité tous robinets ouverts, arrosant en un quart d'heure une superficie qu'une équipe d'hommes n'arroserait pas en plus d'une heure. Le Caire, vu l'intense chaleur qu'il y fait serait mieux en droit que Paris d'utiliser un tel procédé".


Balayeuse munnicipale XIXème siècle

Bains-douches


"Entre autres choses étranges, on voit sur la Seine de gros bâtiments flottants qui abritent la plus grande partie des établissements de bains. Ce sont de belles constructions. Caque établissement compte plus de cent cabines individuelles".



"Le parisiens, parmi d'autres choses admirables, construisent des conduites souterraines qui apportent l'eau de la Seine vers d'autres établissements de bains situés dans le centre de la ville ou vers des réservoirs de parfaite architecture. Voyez donc avec quelle facilité et pour un coût négligeable sont remplis ici les réservoirs alors que chez nous l'eau est transportée à dos de chameau."

Quais de Seine

"Les rives du fleuve à l'intérieur de Paris sont bordées de beaux murs élevés du haut desquels les passants contemplent le cours de l'eau.


     Badauds contemplant la Seine

Il y a sur la Seine seize ponts dont l'un est dit 'pont du Jardin des Plantes' (1). Il est long de quatre cents pieds et large de trente-sept. Il est composé de cinq arches de fer reposant sur des bases de pierre taillée. Il a été construit en cinq ans et a coûté trente millions de Francs. Ce pont est nommé en fait pont d'Austerlitz  du nom du lieu de la bataille remportée par Napoléon sur les rois d'Autriche et de Moscou (sic) et qui est également appelée bataille des "Trois Empereurs" (2). Cette victoire, chère au coeur des français, est célébrée avec éclat au fil des ans."

"La Seine traverse Paris sur une distance d'environ deux lieues. Sa largeur est variable. Au niveau du pont mentionné ci-avant, elle est de cent-soixante mètres. Quant à son flux en cet endroit, il est de 20 pouces par seconde, soit 1.200 par minute." (3)


Promenades sur les "Grands Boulevards"

"Sachez que Paris est entrecoupé et entouré de rangées d'arbres disposées en lignes parallèles. C'est ce qu'on appelle des boulevards. Par temps de grande chaleur, les gens s'y protègent du soleil sous les ombrages. Certains boulevards entourent la ville à l'extérieur à l'instar de murs d'enceinte. Ils sont longs de cinq lieues et demie. Dans Paris intra muros, on compte vingt-deux boulevards ainsi que de larges espaces que l'on appelle "places" et que l'on peut comparer à celle de Rumaila au Caire, mais  pour la superficie seulement et non pour la saleté ! ".

 Foule et embouteillages hippomobiles?

"Il y a aussi à Paris quatre-vingt six réservoir d'eau et cent-quatorze fontaines publiques. La population de la ville et l'étendue de celle-ci sont en croissance constante. Aussi compte-t-on aujourd'hui environ un million d'habitants. Quant aux voitures, nombreuses et diverses, elles emplissent la ville jour et nuit et sans discontinuer du bruit de leurs roulement brinquebalant."

(1) Créé sous le nom de "Jardin du Roi" en 1635 puis plus tard confié au naturaliste Buffon (1707-1788),
le Jardin des  Plantes de Paris  s'est enrichi au cours des siècles suivants pour devenir ce qu'il est aujourd'hui.

(2) Le pont de fer dont parle Tahtaoui, construit en 1807, a été détruit puis reconstruit en maçonnerie en 1854.

(3) Ce qui représente, selon le système de mesure ottoman 63 cm/seconde et 38 m/minute

*
لإن طلقت باريس ثلاثٌا فما هذا سوى لوصال مصر
فكلّ منهما عندي عروس  ولكن مصر ليست بنت كفر
 
Extraits traduits et adaptés de l'Arabe par Yaqzan
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Samedi 20 septembre 2008 6 20 /09 /2008 04:37
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien) UN EGYPTIEN A PARIS (3)

Enfin Paris!

"Les poètes ont exalté le soleil astre de  beauté  
"C'est en Egypte ont-ils dit qu'il est né                  
"Mais s'il le voyaient  à  l'horizon de Paris pointer
"c'est lui qu'ils choisiraient pour le chanter" *        


(Rifaat at-Tahtaoui)


 préliminaire linguistique et historique

"Paris, nous dit le cheikh Tahtaoui, s'écrit P. A. R. I. S et se prononce Pari. C'est, dit-il une curiosité du Français que d'écrire des lettres qui ne se prononcent pas, ou ne se prononcent que dans les dérivés du mot et d'une manière différente. Ainsi le "s" réapparaît sous la forme d'un  "z" dans le mot parisien". "Le dérivé, affirme-t-il, dans un style doctoral, ramène tout à son origine".

Concernant précisément l'origine, "Paris, nous dit-il, tient son nom d'un peuple qui vivait autrefois sur les bords de la Seine et alentour. C'étaient les Parisis. Paris ne tient donc pas son nom d'un héros célèbre (1) , comme d'aucuns le prétendent."


 Les caprices du temps

Notre cher imam, observateur méticuleux s'il en est, pour suit son récit:

"Paris, capitale du pays des Francs et siège du trône royal est l'une des villes les plus peuplées du monde. Il y pleut beaucoup; aussi les maisons sont couvertes de toitures en pente pour que l'eau ne produise pas de dommages et s'écoule vers le sol. Les rues sont dallées de pierres et n'absorbe pas l'eau de pluie, qui parcourt des genres  de canaux jusqu'à des bouches où elle s'engouffre.

"Le climat à Paris est fort étonnant. Le temps peut changer du tout au tout plusieurs fois dans la même journée, un ciel pur le matin suivi d'une pluie torrentielle l'après-midi, ou vingt-quatre degrés de température un jour et douze  le lendemain. Pour se protéger de la pluie, les parisiens se servent de ce qu'on appelle chez nous ombrelles et qu'ils appellent parapluies Il y a aussi des ombrelles pour les jours de soleil mais elles sont réservées aux femmes et aucun homme ne s'aviserait d'en utiliser".

"Paris Pittoresque"

Le chaud, le froid

"A Paris, il peut faire très chaud -toutefois moins qu'en Egypte- mais aussi très froid. Des moyens de chauffage sont indispensables au travail comme dans les boutiques, les cafés et les chambres des maisons. Les français ont inventé une appareil extraordinaire, une sorte de four muni d'une porte en fer et d'un tuyau également en fer qui monte jusqu'à un orifice. Ils mettent du bois dans le four, le font brûler. La pièce est chauffée et toute la fumée est évacuée  hors de la maison. Ils ont aussi un autre appareil qu'ils appellent poêle et dont l'extérieur émaillé est magnifique et de la plus grande propreté. Il y a aussi des cheminées de marbre qui par la beauté de leur facture sont considérées par les français comme un élément décoratif de la maison auprès duquel ils se rassemblent et dont ils s'enorgueillissent devant leurs invités.

Poêle émaillé XIXème

"En somme, se protéger du froid fait partie du quotidien des français".

(1) Il s'agit de Pâris, prince troyen fils de Priam dans la mythologie grecque

*
لقد ذكروا شموس الحسن طرا  وقالوا إن مطلعها بمصر
ولكن لو رآها وهي تبدو  ببارس لخصوها بذكر


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Vendredi 19 septembre 2008 5 19 /09 /2008 01:56
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien) UN EGYPTIEN A PARIS (2)

De Marseille à Paris - suite du voyage de Rifaat at-Tahtawi en France.

Après cinquante jours passés à Marseille, l'imam et ses quarante pupilles prennent le chemin de Paris. Le cheikh Tahtaoui raconte:

Diligences

"Pour se rendre de Marseille à Paris, on prend habituellement une diligence (1). Selon les besoins,  on la loue pour soi  ou on loue une place parmi d'autres voyageurs. La nourriture pour la durée du voyage est aux frais du passager à moins qu'il ne paye un forfait global comprenant voyage et repas.



Relais d'étape bien tenus

"Le voyage se fait de jour et de nuit et ne s'interrompt que pour les repas et autres besoins. Tout le long de la route, il y a des relais où l'on met à la disposition de chacun nourriture et boissons de toutes sortes, appétissantes et de la plus grande propreté. On y trouve également des espaces pour y dormir bien meublés et fournis de tous les instruments et ustensiles nécessaires

"Les diligences sont rapides et à leur bord les voyageurs ne sont pas incommodés comme sur mer. Après trois jours nous sommes arrivés le  matin à Lyon. De cette ville, où nous sommes restés douze heures pour y prendre du repos, nous n'avons vu que peu de choses en marchant  dans les rues ou en regardant par les fenêtres de la maison où nous étions descendus. Lyon est distante de Paris de deux cent onze lieues selon l'étalon français (2).

Banlieue parisienne idyllique

"Nous avons repris de nuit la route vers Paris où nous sommes arrivés sept jours après notre départ de Marseille. Avant d'y entrer, nous avons traversé de nombreux villages voués pour la plupart au commerce avec de grands bâtiments agrémentés de verdure. Ces villages forment une chaîne ininterrompue de sorte que l'on a l'impression de traverser une seule agglomération.

Frondaisons et jolies femmes



" Le voyageur progresse en permanence  à l'ombre des arbres, qui se succèdent  dans un alignement parfait et ininterrompu. On constate  d'autre part que dans les petites villes et villages, les femmes, dans la beauté de leur visage et et la finesse de leur silhouette sont encore surpassées par les parisiennes.  Il est vrai cependant que dans les campagnes, les femmes portent moins de parures qu'en ville. Il en est ainsi dans le monde entier." (2)

(1) Tahtaoui utilise le mot 'arabat (عربات), qui signifie calèches. Lesquelles sont aujourd'hui encore abondamment utilisées en Egypte sur les sites touristiques.
(2) en arabe farsakh (فرسخ) . Il doit ici s'agir de la lieue dite des postes équivalant à environ 4,3 km.
(3) Si on se rappelle son évocation des élégantes marseillaises en décolleté, il nous semble que le chaperon de nos quarante étudiants n'est pas insensible aux charmes des européennes.

Extraits traduits et adaptés de l'Arabe par Yaqzan
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Mercredi 17 septembre 2008 3 17 /09 /2008 03:42
Sous Charles-X et Louis-Philippe

Marseille:  Premier contact avec le "Pays des Francs"  Voir  Un Egyptien à Paris ...

Le Cheikh Tahtaoui et ses quarante jeunes protégés arrivés dans la rade de Marseille sont amenés à terre à bord de petites embarcations. Précaution sanitaire oblige,  ils sont aussitôt dirigés avec les autres passagers de leur navire vers la "Quarantaine" comme c'est le cas de tous les voyageurs venant de pays lointains. Ils y resteront en fait dix-huit jours.


Marseille. Le vieux port au XIX-ème siècle

La "quarantaine": Lit, table et couvert

L'Imam raconte: "C'est un lieu vaste avec de belles constructions, des jardins et des bassins... Nous y faisons de nombreuses découvertes surprenantes: Ainsi , des serviteurs français dont nous ne connaissons pas la langue nous apportent une centaine de sièges pour nous asseoir parce que dans ce genre de pays il est considéré comme étrange de s'asseoir sur des tapis ou à même le sol... Puis ils apportent des tables hautes et y disposent des plats blancs devant chacun desquels ils placent un gobelet de verre, une fourchette, un couteau et une cuiller. Sur chaque table ils posent deux bouteilles de verre, un flacon de sel et un autre de poivre. Ils alignent ensuite des chaises à raison d'une pour chacun d'entre nous. Ils apportent enfin pour chaque table un grand plat de nourriture que l'un des convives divise entre les différentes assiettes. Chacun coupe les aliments avec un couteau pour la porter à sa bouche à l'aide de la fourchette. Il n'est pas question de se servir avec les mains ni d'emprunter la fourchette,  le couteau ou le verre du voisin. On prétend ici que c'est une question de propreté et de santé".

Et le Cheikh Tahtaoui de poursuivre le récit de ses observations méticuleuses: "On remarque chez les "Francs" (*) qu'ils ne mangent jamais dans des plats de cuivre fussent-ils étamés. Ceux-ci sont réservés exclusivement à la cuisine. Ils utilisent à table  des plats  émaillés dans lesquels ils mangent des mêts de multiples sortes. Ils commencent par une soupe, puis continuent par de la viande, des légumes, des pâtisseries et de la salade. Souvent les plats sont émaillés de la couleur de la nourriture qu'on y met. Ainsi par exemple, la salade est servie dans des plats décorés de couleur verte. Ils terminent leur repas par des fruits et une liqueur mais en petite quantité. Riches ou pauvres ils prennent régulièrement
thé ou café ...." Enfin, note-t-il, on a coutume ici de dormir sur des  lits élevés".

Boutiques, miroirs et jolies élégantes


élégantes XIXème "Paris Pîttoresque"

Sortis de la "Quarantaine", l'Imam accompagné de ses compagnons visite  la ville et se dit émerveillé par "ses larges rues, jour et nuit bruyantes du roulement chaotique des calèches joliment décorées... Les murs intérieurs des boutiques, les galeries, sont tapissés de miroirs et on y voit beaucoup de jolies femmes, vêtues, selon ce qu'on dit, à la dernière mode.  Le visage découvert, le vêtement décolleté, laissant voir largement la gorge  et la nuque et même plus encore. Elles vont les mains sur les hanches.

Tahtaoui est surtout surpris par le luxe des cafés "Ce ne sont pas des lieux fréquentés par des vauriens, mais par des personnes, de bonne tenue. D'ailleurs tout y est très cher et destiné aux  gens qui ont de la richesse . Quant aux pauvres ils fréquentent de mauvaises  tavernes où l'on sert du vin et d'autres  où l'on fume du haschich".

Une brasserie à la mode

Il poursuit: "Nous sommes entrés une fois dans un café étonnant par son  luxe et la qualité de son agencement. Il était tenu par une femme, assise sur une estrade avec devant elle un encrier,  une plume et une liste. Le café est préparé dans une pièce à part et des garçons font un va-et-vient incessant entre cette pièce et la salle principale pour servir les clients. On y sert toutes sortes de boissons. Le garçon demande au client ce qu'il désire puis  va le dire à la dame, qui inscrit la commande sur son registre, découpe un petit morceau de papier où est inscrit le prix à payer et que le garçon apporte aussitôt au client..."

"Dans ce café, poursuit-il, on est assis sur de confortables sièges joliment revêtus, devant des tables de bois précieux recouvertes de marbre noir ou ciselé et
 il y a tellement de vitres et de miroirs que l'on a l'impression d'être multipliés par autant de reflets. Quant aux tasses à café, elles sont au moins quatre fois plus grandes que les nôtres en Egypte". Tahtaoui note enfin que "des gazettes sont à la disposition des clients qui veulent  s'informer des nouvelles du jour".

Marseille cosmopolite

"En attendant notre départ pour Paris, nous avons commencé à apprendre le b.a-ba de la langue Française" poursuit l'Imam. Il ne le dit pas mais il a peut être été aidé pour ce faire par un ex-compatriote ou autre arabophone. Il remarque en effet qu'il y a beaucoup d'orientaux à Marseille, "Syriens, Chrétiens égyptiens (coptes), mamelouks  circassiens ou géorgiens revenus d'Egypte dans les bagages de l'armée de Bonaparte,  tous vêtus à la mode française et pour la plupart convertis au christianisme ".

Achevant sa description de la cité phocéenne où il dit être demeuré cinquante jours, l'imam écrit: "Nous avons également vu à Marseille un chose des plus étranges appelée "spectacle". Il n'y a pas de mots pour la décrire. Il  faut absolument voir cela pour la  fête"

Rifaat al-Tahtaoui et ses quarante protégés sont maintenant prêts à prendre une diligence pour Paris. Nous raconterons leur voyage dans un prochain article.

* Jusqu'à une période pas très éloignée le terme "Francs" (إفرانج) a été utilisé en Orient  pour désigner les Européens (vieux souvenir des Croisades?)

Extraits traduits de l'Arabe par Yaqzan








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Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /2008 21:39
Sous Charles-X et Louis-Philippe

"Le raffinement de l'or à l'image de Paris" (*)

  (Mémoires d'un envoyé du vice-roi d'Égypte en France)

- Brève approche historique

Quelques années après la fin de l'expédition de Bonaparte en Egypte (1798-1801), le vice-roi Mehemet Ali fortement impressionné par  le niveau des connaissances scientifiques et techniques des français,  entreprit résolument de faire entrer son pays alors en déclin  dans l'ère moderne et restaurer sa splendeur passée. (1)


            Mehemet Ali

Il était un fervent admirateur de Bonaparte et Il avait sans doute été également impressionné par les études que les quelque 150 savants et ingénieurs venus dans le sillage du général avaient réalisées en Egypte. (2)

Le vice-roi commença par se doter d'une armée moderne de type européen avec l'aide du colonel français Joseph Sève,  converti à l'Islam et demeuré en Egypte sous le nom de Soliman Pacha, pour devenir  en 1830 généralissime de l'armée égyptienne. (3)

 Mais le maître de l'Egypte voyait bien plus loin encore. Il voulut doter son pays d'infrastructures et institutions modernes dans les domaines de l'industrie, l'agriculture, la santé, l'administration, les sciences et les arts.

- Mise en oeuvre

Pour mener à bien son projet, il décida en 1826 , malgré les réticences de certains, d'envoyer à Paris un groupe de quarante jeunes gens de la bonne société pour y apprendre les sciences, les arts et les techniques auprès des meilleurs spécialistes.
Ces jeunes gens âgés de 20 à 24 ans devaient être accompagnés d'un imam, qui serait leur guide spirituel mais aussi leur chaperon chargé de veiller à ce qu'ils ne se laissent pas tenter par les "turpitudes" qui, selon les musulmans hostiles à l'entreprise, auraient été monnaie courante chez les "infidèles".

Cet imam s'appelait Rifaat at-Tahtaoui, un homme versé dans la religion bien sûr, mais aussi instruit des sciences profanes héritées des Grecs.

 Lorsque le cheikh arriva en France en 1826,  Napoléon était mort depuis cinq ans et la France vivait sous le régime monarchique de Charles-X auquel Louis-philippe succéda en 1830. Tahtaoui connut donc ces deux règnes puisqu'il vécut à Paris jusqu'en 1831.

            
          Charles-X                                                                  Louis-Philippe

IL porte sur les Français et le parisiens en particulier un regard attentif , précis, objectif sans complaisance, souvent bienveillant parfois implicitement critique mais sans sévérité. Il se contente de noter, s'inscrivant ainsi dans la lignée des grands voyageurs arabes des siècles anciens , anthropologues avant la lettre.

- Premières impressions

Pour lui, Paris est préférable à Londres pour son climat et le caractère de ses habitants qui manifestent, dit-il,  "bienveillance, attention et affabilité envers le visiteur l'étranger". A propos de la différence de religion, Tahtaoui note que les Français portent estime à l'Islam, qui "ordonne le bien et pourchasse le mal"(**). En fait, précise-t-il, "les Français n'ont de chrétien que le nom. Ils ne pratiquent pas leur religion, pour laquelle ils n'ont aucun attachement et ils estiment que la raison seule  guide le jugement et conduit à la vérité".

Pour les Français, dit-il encore, seul le fait naturel compte, "aussi n'apportent-ils aucune foi aux récits surnaturels des Ecritures" . "En somme, ajoute-t-il, au pays des Français la pratique de toutes les religions est permise et le musulman peut s'il le veut construire sa mosquée comme le juif sa synagogue". "C'est sans doute cela, précise-t-il, qui a conduit notre Bienfaiteur à choisir Paris pour y envoyer quarante de ses sujets afin qu'ils y apprennent les sciences". Et d'ajouter "on vient à Paris de tous les pays chrétiens et même d'Amérique et d'autres pays lointains" à la recherche de la Science. D'autres vont en Angleterre mais bien moins nombreux", dit-il.

(Cet article est le premier d'une série à suivre sur ce blog)

(1) Contemporain de Mehemet Ali, l'émir algérien Abd-el-kader admirait lui aussi le haut niveau de connaissance scientifique des européens et en particulier des Français. Voir "Lettre aux Français" éd. Phébus Libretto 2007.

(2) Les résultats des travaux réalisés en Egypte par ces savants ont été rassemblés à l'initiative du général Kleber par une commission spéciale puis édités sous la direction du géographe Edme  Jomard (membre de l'expédition) en 1807 sous le titre "La Description de l'Egypte". La diffusion s'échelonna jusqu'en 1824. Cet ouvrage monumental (20 volumes  de planches et textes) sont publiés en édition numérisée dans la collection "Les grandes expéditions scientifiques du 19e siècle" sous la direction de Jean-Yves Empereur.

(3) Le nom de Soliman Pacha fut donné à une place chic du centre du Caire ornée de sa statue mais à l'époque du président Anouar El-Sadate elle a été rebaptisée Talaat Harb, du nom de l'économiste nationaliste fondateur de la banque Misr. Beaucoup de cairotes d'un certain âge continuent d'appeler la place du nom du colonel de l'armée de Bonaparte devenu généralissime de l'armée d'Egypte.

*
تخليص الابريز  الى تلخيص باريز
 الامر بالمعروف والنهي عن المنكر

Extraits traduits de l'Arabe par Yaqzan

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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /2008 23:33
Ou des méfaits de la  bonne humeur


Amr Fahmi (Al-Akhbar)  "De la drogue ça?
Comment j'aurais pu le deviner?".


Le "mazag" (المزاج), la bonne humeur, est l'une des appellations argotiques du haschich en Egypte, où la consommation de cette drogue est depuis longtemps très largement répandue pour ne pas dire entrée dans les moeurs.

L'apparition de "l'herbe" (hashisha en Arabe) est signalée en Egypte par les voyageurs et historiens arabes dès la deuxième moitié du XIII-ème siècle de notre ère. Elle est venue de l'Inde en progressant vers l'ouest par la Perse, puis l'Irak et la Syrie, à la faveur de l'extension de l'empire musulman L'HERBE AUX DERVICHES . Elle s'est d'autant plus facilement répandue que rien dans le Coran n'en interdit la consommation et pour cause, puisqu'elle n'existait pas en Arabie à l'époque du Prophète.

Dans sa monumentale et fort précise étude des moeurs et coutumes égyptiennes écrite entre 1833 et 1835, l'anglais William Edward Lane* notait les modes de préparation et de consommation du haschich parmi les gens du peuple et notait en particulier "le grotesque de l'attitude et des conversations" des personnes qui se pressaient devant les cafés et échoppes où il était vendu. Il remarquait en particulier chez eux l'effet de la drogue se traduisant par des accès de "gaieté exubérante".

A l'époque la vente et la consommation du haschich n'étaient pas réprimées.
C'est à partir de 1952 seulement, après la révolution nassérienne, que la répression a commencé à s'exercer. Elle n'a pourtant pas empêché l'extension du trafic et de la consommation du haschich qui se poursuit jusqu'à nos jours concernant environ six millions  de personnes  et qui se traduit chaque année par quelque dix mille procès judiciaires prévoyant des  peines pouvant aller jusqu'à la prison à vie pour les trafiquants. C'est pour le trafic  un marché d'environ 400 millions d'euros par an.

Cet usage multi-centenaire du haschich lié à son repli dans la clandestinité  a contribué à créer parmi ses adeptes, issus de toutes les classes et catégories sociales ou religieuses de la société, une sous-culture  qui se caractérise notamment par ses normes, son code de conduite et son langage propres.

Les fumeurs de haschich ne se révèlent qu'à des personnes de confiance elles-mêmes consommatrices.  Pour fumer, ils se rassemblent par groupes de trois à six , soit au domicile de l'un ou l'autre, s'il réside seul, soit dans un local "ghorza" (point de fixation), qui est mis à leur disposition par son propriétaire. Dans ce cas, un guetteur (nadourgui) est indispensable pour donner l'alerte en cas de descente de police (kabsa).

Les fumeurs utilisent un narguilé, également nommé "shisha", qu'en argot ils appellent  "goza" (noix de coco) par référence à  un modèle rustique qui n'est plus guère utilisé qu'à la campagne. et dont le réservoir d'eau est constitué d'une cucurbitacée évidée ou d'une boite de conserve. Ils se tiennent généralement assis en tailleur ou sur une siège bas et échangent des propos qui, sous l'effet progressif de l'herbe, de plaisants deviennent hilarants ou carrément incohérents lorsque les fumeurs "ont leur compte" (mastoul) . La règle est d'être toujours aimable et a fortiori  de s'abstenir de toute querelle ou parole blessante.

 
 Amr Fahmi (El-Akhbar)
 "Tu sais pas pourquoi j'te réponds pas quand tu m'appelles? C'est parce que j'ai changé mon nom hier"

 
Amr Fahmi (El-Ahbar)
"Bouches cette bouteille! quelqu'un pourrait tomber dedans"


Le haschich lui-même, outre  "mazag" (bonne humeur) est appelé généralement "sanf" (espèce) ou diversement selon sa qualité. Par ordre décroissant: "zebda" (beurre), "'aagwa" (pâte de dattes pressées),   "naml" (fourmi), "shaabi" (populaire) , "manzoul" (mélangé), "ardi" (rez-de-chaussée). La première coupelle posée sur le narguileh est appelée "iftitahyia" (inauguration) ou "salam malaki" (hymne national). Le haschich est aussi consommé en comprimés (habb) ou tablettes (borshama) .

Les proportions prises par le problème de la drogue sont devenues très préoccupantes pour le gouvernement égyptien, constatant que 12% des collégiens et étudiants sont   consommateurs non seulement de haschich en tablettes ou huile, mais aussi de cocaïne. Des campagnes de prévention et de réducation) ont été récemment lancées tant par les autorités civiles que religieuses face à ce phénomène qui provoque des drames familiaux et engendre la corruption,  qui gangrène la société. Egypte: Le pain de la colère


Mustafa Hussein/Ahmad Ragab (El-Akhbar)
Kambora à Zizo son valet et confident "remplis des verres à notre ami Rodrigo le colombien et rinces-lui bien le cerveau,  qu'il nous mette au parfum pour arranger notre bizness en Egypte"
Kambora
Le personnage de Kambora a été créé par Ahmad Ragab (bulles) et Mustafa Hussein (dessins) dans l'hebdomadaire "Akhbar-el-Yom"  pour dénoncer la corruption régnante et notamment le scandale dit des "narco-députés" . Il est l'archétype de ces escrocs, arrivistes, spéculateurs, hommes de tous les trafics, qui s'étaient engouffrés dans l'espace que la politique d'ouverture économique (infitah) du président Anouar el-Sadate  leur avait largement ouvert.


Mustafa Hussein/Ahmad Ragab (Akhbar el-Yom)
Kambora à l'Assemblée: "Bien le bonjour à l'immunité parlementaire!" (سلّمني  عالحصانة)

* Manners and costoms of the modern egyptians. East-West Editions,  The Hague and London 1981, 1989


Par Yaqzan - Publié dans : Egypte - Communauté : Chroniques du temps présent
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /2008 03:50
Nouvel état des lieux

Des dix plaies que Yahvé infligea à l'Egypte de Pharaon à l'époque de Moïse seule l'invasion périodique de nuages de sauterelles a subsisté jusqu'à nos jours. Les autres ont disparu. Plus d'invasions de grenouilles  ni de taons et si la poussière reste omniprésente, elle ne se transforme plus en moustiques et le sang ne se substitue plus à l'eau du Nil...

Mais si ces plaies ont disparu d'autres sont venues les remplacer. La plus grave c'est la drogue, dit-on. C'est vraisemblable mais nous en parlerons plus tard, dans un prochain article.

Non ce n'est pas la drogue,
rétorquent certains, mais la bilharziose, cette grave maladie parasitaire endémique véhiculée par un petit gastéropode pullulant dans les canaux d'irrigation. Mais non! Vous n'y êtes pas. C'est la surpopulation. Pensez-donc! Près de 80 millions d'habitants sur une surface utile qui n'est pas plus étendue que la Bretagne, soit 1.500 personnes au km2. Il est vrai que la croissance démographique est un casse-tête pour le président Moubarak, qui dit pressentir une catastrophe. voir Espace vital


Mustafa Hussein (El-Akhbar)  Sans commentaire

Mais non! clament les pieux oulémas.  "Les enfants sont un don du Seigneur, le sang neuf de la Nation". Certains d'entre eux surenchérissent, affirmant sans ambages que le contrôle des naissances encouragé par le pouvoir n'est qu'un "complot impérialiste athée".

"D'accord! mais n'avez-vous pas remarqué que les plants de maïs poussent avec plus de vigueur et de santé quand on les espace? Espaçons donc les naissances et nous aurons de sains et vigoureux enfants dont chacun fera le travail de deux", répond la voix de la sagesse" par le canal de l'information officielle.

Trêve de discussions! La plaie la plus grave c'est le "babor" affirment d'autres, catégoriques. A les en croire, des milliers de personnes meurent chaque année brûlées par les flammes de ce réchaud à pétrole, roi du mobilier rustique des campagnes.

Cette "bombe domestique" serait-elle donc plus meurtrière que les balles perdues des kalatchnikov des paysans de haute-Egypte, mobilisés dans des vendettas sans fin, coutume qui a en croire certains mériterait de figurer en tête du classement de ces fameuses plaies. "En haute-Egypte il pleut du plomb", écrivait naguère un journaliste.

Le "babor"? Vous plaisantez, la plus grave, affirme le journaliste sensible aux problèmes sociaux, c'est le "tabor", ces queues interminables qui se forment devant les magasins communautaires de distribution de produits alimentaires subventionnés (gamaeyya).

D'abord serein, puis frémissant, puis agité de mouvements divers, puis vociférant, le rassemblement se fait menaçant lorsqu'une voix, indécente devant tant d'attente déçue, crie "Khalas"! "l n'y a plus d'huile plus de sucre, plus de pain, plus de farine. On verra demain incha'allah".


Mustafa Hussein (Al-Akhbar) "ça monsieur, c'est une queue surprise.
Arrivé au bout vous trouvez soit un cinéma soit une gamaeya
soit le bureau des passeports"


"Billevesées que tout cela", dit l'agronome averti. la plus grave des plaies qui frappent notre pays c'est la jacinthe aquatique, cette plante verte robuste qui, telle un monstre, envahit inexorablement les canaux d'irrigation. A peine arrachée à grand renfort de pelleteuses mécaniques dressées sur les rives des canaux telles de grandes sauterelles, elle repousse de plus belle. "Di ma'ssa", c'est une plaie, murmure le paysan, hochant la tête, désespéré.

La plus grave ou non, cette plaie serait due selon le tradition, à un funeste caprice du vice-roi d'Egypte Mehemet Ali, qui, dans la première moitié du 19ème siècle, aurait fait importer d'Amérique du Sud cette plante traîtresse à la jolie fleur lilas pour décorer ses jardins.

Si nous comptons bien nos plaies nous en sommes à sept. Il nous en manque trois pour faire dix. Nous ajouterons donc les pénuries alimentaires diverses et chroniques, qui engendrent le couple  spéculation-corruption et cela fera deux . voir
  Egypte: Le pain de la colère

   
Mustafa Hussein (El-Akhbar) "Des pots de vin ça?
 Pas du tout. c'est des encouragements
du public"

"last but not least", nous clôturerons la liste avec l'intégrisme islamique conquérant qui étouffe l'intellect du peuple et suscite l'intolérance , dressant une partie de la population musulmane contre ses concitoyens coptes au détriment de la paix civile.

Après cette triste énumération un peu d'air frais: L'humour du peuple égyptien, qui s'exprime par l'auto-dérision à travers le prisme de ses traditionnelles blagues (nokta) et dessins de presse humoristiques, est sans doute un exutoire mais c'est avant tout le miroir de cette société égyptienne si attachante et une source d'information essentielle pour la comprendre.




Par Yaqzan - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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Vendredi 25 avril 2008 5 25 /04 /2008 21:18
                               

Revenue d'un premier voyage  en Egypte, une amie me dit un jour: Arrivés de nuit au Caire, nous sommes allés directement à l'hôtel. Sortis dans la rue le matin suivant nous avons cru qu'il y avait une manifestation. C'était noir de monde. Bruyant, cacophonique. Quelques secondes plus tard nous avons compris. C'était habituel.

Le spectacle quotidien du combat héroïque que livrent les cairotes pour la conquête de leur espace vital illustre mieux que tous les chiffres de la croissance démographique monstrueuse de la capitale de l'Egypte, qui présente des densités de population de 20.000 à 150.000 individus au km.2 selon les quartiers, croissance provoquée en grande partie par l'exode rural.

Obéissant semble-t-il aux lois de l'hydraulique, l'humanité cairote envahit inexorablement les rares surfaces encore libres. Elle s'infiltre dans les espaces interstitiels, jusque dans les cimetières, y compris la célèbre "Cité des morts", où elle squatte de splendides mausolées (un luxe). Elle s'introduit dans les sous-sols et, la pression aidant, monte sur les toits en terrasse des immeubles pour les coloniser et y reconstituer un habitat rural perdu.

Souvent défoncés, généralement encombrés par les étalages de vendeurs ambulants et des matériels divers, y compris des séchoirs sur lesquels les commerçants étendent leur linge, les trottoirs depuis belle lurette ne suffisent plus à canaliser le flot chaotique des passants,  retenu ici et là par les attroupements qui se forment inéluctablement devant les magasins de chaussures. Le cairote, sait-on pourquoi? est fasciné par les chaussures bien qu'il soit malséant d'en prononcer le nom sans ajouter "sauf votre respect".

Le courant humain déborde forcément sur la chaussée, qu'il dispute au flot dense des véhicules automobiles. Le vrai cairote est reconnaissable au fait qu'il marche ou court au milieu des voitures en toute sérénité, insensible aux coups de klaxon insistants bien que rarement rageurs dans ces embouteillages monstrueux. Cela tient assurément au fatalisme que l'on prête aux gens de ce pays, pensera-t-on.

L'étranger, aussi timoré soit-il, se verra très vite contraint d'emprunter le pas au cairote téméraire dans cette aventure quotidienne, à moins que, trop timoré, il ne se résolve à se dévisser la tête pour observer derrière lui  ou à marcher à reculons lorsqu'il chemine dans le sens du flot des voitures.

(phot. Al-Akhbar) "Viens me voir quand tu veux. Je suis là tous les jours de 14 heures à 15 heures 15 heures 30"

L'aventure est particulièrement risquée aux carrefours "protégés" par des feux de signalisation. Rouge, vert, orange, clignotant, le message n'a de valeur impérative que si il est entériné par le sifflet de l'agent de police en faction. Celui-ci peut, en vertu de critères mystérieux, enjoindre l'automobiliste de "griller" le feu rouge ou de s'arrêter au feu vert.

Serait-ce pour laisser le passage à ce cycliste en gallabeya blanche qui guide sa machine d'une main dans de vertigineux zigzags entre les voitures tandis que de l'autre il assure l'équilibre d'une large planche qu'il porte sur la tête chargée d'une impressionnante pyramide de galettes de pain? Quoiqu'il en soit, l'automobiliste qui recevra plus tard un avis d'amende ne saura jamais s'il a été sanctionné pour avoir désobéi au feu ou obéi à l'agent.

La place Tahrir, dans le centre ville, est le haut lieu de cette titanesque joute que se livrent l'espèce humaine et la machine roulante. Des autobus bondés s'échappent par rafales de la gare routière dans un grondement qui fait vibrer la chaussée de goudron pourtant ramollie par la chaleur torride.

Laissant échapper derrière eux d'épais nuages de fumée noire, ils fendent le flot des voitures en un élan sauvage tandis que des cohortes humaines se faufilent en tous sens dans les interstices de cette empoignade mécanique animée de hurlements, de coups de sifflets, d'avertisseurs. Symphonie sauvage à la gloire du dieu Décibel.

Des grappes humaines pendent aux portes des autobus de la compagnie des transports urbains dont on devine les couleurs plutôt qu'on ne les voit sous la poussière accumulée. La surcharge les fait se pencher de manière inquiétante dans les virages. Un passager en saute tandis qu'un autre vient s'y accrocher au terme d'un sprint couronné par un coup de rein fougueux. Au travers des vitres rendues opaques par cette satanée poussière -encore elle- on entrevoit la masse compacte des passagers comme soudés les uns aux autres.

Mais pas bonheur, il existe des havres de paix dans cette ville en ébullition. Ceux que la pression humaine à poussés jusque sur les toits en terrasse des immeubles, s'y sont bâti parfois un univers bucolique autour de baraques en bois ou en parpaings. A une vingtaine de mètres au dessus des avenues du centre ville, une femme vêtue à la mode

(photo Yaqzan)
paysanne, nourrit poules, oies, lapins, tandis que l'observe un chien placide, couché sur le ventre, le museau plaqué à terre entre ses deux pattes de devant. Descend-elle jamais dans la rue?



Par Yaqzan - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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