Mardi 14 octobre 2008
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Sous Charles-X et Louis-Philippe
L'urbanisme parisien (suite) voir
UN EGYPTIEN A PARIS (11)
Rifaat at-Tahtaoui poursuit sa description de l'habitat parisien et évoque qelques coutumes
"Les immeubles ont habituellement quatre et parfois sept étages superposés ainsi qu'un rez-de-chaussée et un sous-sol comprenant des emplacements pour y attacher
les chevaux, pour la cuisine ou pour entreposer les provisions essentielles telles que le vin ou le bois de chauffage. Ici, comme au Caire, les immeubles comprennent un certain nombre de
logements indépendants. Chaque étage comporte plusieurs logements dont chacun est constitué de pièces communiquant les unes avec les autres.
"Les immeubles sont traditionnellement divisés en trois classes: La première, c'est l'habitat du commun, la deuxième celui des gens de haute condition et la
troisième celui du roi, des ses proches et des gens de l'administration royale et des membres du Conseil. Selon l'appellation, ces catégories vont de l'habitation au palais en passant par la
demeure ou la résidence.
Du majordome au concierge
"D'un autre point de vue on distingue encore trois catégories, à savoir les maisons qui ont un majordome et qui disposent d'une grande porte permettant l'entrée et
la sortie des voitures. La deuxième catégorie est celle des maisons avec vestibule ou galerie, qui ont un portier mais dont la porte ne permet pas le passage des voitures. La troisième catégorie
est celle des maisons qui ne disposent pas de portier, n'ayant pas d'endroit pour le loger.
"Il entre dans les fonctions du portier d'attendre l'habitant jusqu'à minuit. Mais si une personne a l'intention de passer la soirée en ville au delà de minuit,
elle doit en avertir le portier pour que celui-ci l'attende et lui ouvre la porte, et cela suppose en échange le don d'un "petit quelque chose".
"Contrairement au Caire, Paris ne compte pas de quartiers auxquels on accède par des portes que contrôlent des portiers.
"L'immobilier à Paris est très cher et les loyers des grands immeubles peuvent atteindre un million de francs soit environ trois millions de piastres
égyptiennes.
Des meublés de
luxe
"On peut à Paris louer des habitations meublées comportant un magnifique mobilier et tous les appareils et ustensiles nécessaires pour la cuisine ainsi
que l'argenterie, la literie, le linge, les tissus d'ameublement, des sièges ordinaires mais aussi des fauteuils tapissés de soie, des objets de bel aspect tels que des montres qu'ils
appellent ici "pendule", des vases à fleurs et des cafetières incrustées de dorures, des lustres aux multiples chandelles, des armoires à livres (sic) munies d'une porte de verre
permettant de voir tout ce qu'elle contiennent d'ouvrages finement reliés. Ici, tout un chacun, qu'il soit riche ou pauvre, possède son armoire à livres puisque le peuple, dans l'ensemble,
sait lire et écrire.
"D'ordinaire, l'homme ne dort pas dans la même chambre que son épouse lorsque leur mariage est déjà ancien.
Le Roi à la campagne, le Peuple au Palais
"Entre autres coutumes auxquelles on n'a rien à redire, on note que les palais du Roi et de ses proches sont ouverts au public une fois l'an lorsque le souverain et
les membres de sa famille quittent Paris pour un séjour de quelques mois à la campagne. Les gens entrent alors dans les demeures royales pour contempler toutes les choses pour eux
extraordinaires qui en constituent l'ameublement. Mais pour effectuer une telle visite il faut être muni d'un document cacheté mentionnant l'autorisation d'entrée pour une, deux ou plusieurs
personnes. Beaucoup de gens obtiennent ce document et certains l'offrent à qui, parmi ses connaissances, le lui demanderait. Ainsi peut-on voir une foule énorme visiter les appartements privés du
Roi et de ses proches.
"J'ai moi-même souvent visité ces appartements et parmi toutes les choses qu'il convient d'admirer j'ai vu de nombreux portraits auxquels il ne manque que la
parole et parmi eux beaucoup de représentations des rois de France et d'autres nations ainsi que des membres de la famille royale.
"Tous les meubles et objets que renferment les appartements privés du roi privilégient la beauté et la qualité de la facture au détriment de la valeur du matériau .
Ainsi n'y trouve-t-on pas beaucoup d'incrustations de pierres précieuses, fort nombreuses au contraire dans
les maisons des grands émirs. Par principe, le Français préfère le bon goût au lustre et à l'ostentation de la richesse."
Par Yaqzan
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Dimanche 12 octobre 2008
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03:43
Sous Charles-X et Louis-Philippe
Urbanisme culture et habitat
Fervent éloge du Cheikh Rifaat at-Tahtaoui à Paris, vitrine de la civilisation
"Chacun sait que le niveau de civilisation atteint par toute communauté humaine est à la mesure des connaissances qu'elle a acquises en s'éloignant de son
état primitif et de la barbarie. A cet égard, la "terre des Francs" (l'Europe) a atteint des sommets dans les divers domaines de la connaissance et de la culture d'où elle tient la
délicatesse et la beauté de sa civilisation.
"Or, la nation française se distingue entre toutes les autres nations d'Europe par la profondeur de son attachement aux arts et aux sciences;
aussi en impose-t-elle aux autres par sa culture et sa civilisation.
"Paris est la plus imposante des villes d'Europe par ses constructions et, si ses édifices sont bâtis avec des matériaux de médiocre qualité, ils sont d'excellente
architecture. En fait l'appareil de construction se caractérise par une insuffisance de marbre. Les soubassements des édifices de même que leurs murs extérieurs sont en pierre de taille et
l'intérieur est en majorité constitué de boiseries d'excellente qualité. Les colonnes sont généralement de cuivre et plus rarement de marbre. Les sols sont dallés de pierre et par endroits de
marbre noir. Quant aux rues, elles sont revêtues de pavés (dallage de pierres carrées). Les cours sont également dallées et le sol des couloirs ou corridors sont de bois, de marbre noir ou de
dalles, la qualité du bois et de la pierre dépendant de la richesse de chacun.
"Les murs et sols des pièces des maisons sont de bois vernis et les parois revêtues de papier décoré avec goût qui présente l'avantage de ne pas laisser de trace
sur les mains au contraire des parois blanchies à la chaux. C'est en outre moins coûteux, plus beau et plus aisé à réaliser. Les chambres en particulier sont agrémentées de diverses sortes de
pièces de mobilier dont on ne sait comment les décrire si ce n'est en disant que les Français s'emploient à décupler la clarté naturelle du lieu par la pose de rideaux de couleurs,
avec une préférence pour le vert. Le sol des chambres est revêtu de bois ou de plaques de faïence rouge qu'ils frottent chaque jour avec une cire jaune spéciale, qu'ils appellent
"cire à astiquer'. Ils louent à cet effet les services de personnes spécialisées dans ce travail.
"Au pied de leurs lits, revêtus de couvertures et de coussins, il posent des tapis splendides sur lesquels ils marchent en chaussons. Dans chaque chambre, il y a
une cheminée ou repose une pendule(1) bordée de deux vases de simili-marbre blanc ou de cristal, ornés de fleurs naturelles ou artificielles, le tout accompagné de part et d'autre de lampes
qu'on ne remarque que lorsqu'elles sont allumées.
Dans certaines chambres il y a un instrument de musique appelé piano, et dans les pièces destinées au travail, on trouve une table sur laquelle sont disposés les divers matériels d'écriture
et , notamment, un coupe-papier d'ivoire ou de buis.
"Dans la plupart des chambres il y a beaucoup d'images représentant généralement des proches et dans les salles destinées au travail ont trouve des illustrations
merveilleuses ainsi que d'étonnantes pièces d'antiquités et il m'est arrivé de voir sur des tables de travail des journaux de tous genres. Chez des gens de haute condition, j'ai vu de grands
candélabres éclairant à la cire d'abeille, de même que, les jours de réception, des tables chargées de toutes sortes de livres récents ou de récits d'événements placés là à la disposition de tout
invité qui souhaiterait y laisser vaguer son regard en les feuilletant ou distraire son esprit par leur lecture.
"Tout cela démontre l'importance qu'accordent les Français à la lecture. Celle-ci est en quelque sorte leur compagne.
"Toutes ces merveilles sont sublimées par l'apparition de la maîtresse de maison. Celle-ci accueille les hôtes avec naturel et sont époux les complimente dans
le respect des convenances. Oh combien ces lieux de courtoisie sont éloignés de ceux où nous accueillons l'homme en lui tendant un chibouk (2) à fumer de la main d'un domestique le
plus souvent noir de peau".
(1) Il écrit "montre-boite" ( sa'a bashtakhte orig. Turque)
(2) Pipe turque à long tuyau
Théophile Gauthier égyptomane fumant le ckibouk
Par Yaqzan
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Lundi 6 octobre 2008
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22:24
Sous Charles-X et Louis-Philippe ( lien)
UN EGYPTIEN A PARIS
Découverte de la "Monarchie de
Juillet"
Louis-Phillipe
Après avoir observé avec curiosité et souvent avec un étonnement d'enfant les choses de la vie quotidienne des Français, le Cheikh Tahtaoui jette son regard d'une
acuité inouïe sur les Institutions de la France.
Il découvre la France d'après les émeutes parisiennes de Juillet 1830, dites des "Trois Glorieuses", qui renversèrent Charles-X et portèrent
Louis-Philippe de Bourbon au pouvoir. Un Louis-Philippe tenant sa légitimité du Peuple, qui rétablit le drapeau tricolore à la place du drapeau blanc de la Restauration. Fort
populaire dans les premières années de son règne, il fut appelé "Roi Citoyen" par le Peuple et détesté des autres monarques d'Europe .
Une étude au scalpel
Rifaat at-Tahtaoui, qui situe son récit en 1831 nous décrit donc les institutions monarchiques de Louis-Philippe un an après l'accession de celui-ci au pouvoir. Il
le fait avec une minutie et une précision de chirurgien, nous décrivant la composition, le mode de formation, les attributions, le fonctionnement des divers organes du pouvoir: Le cabinet royal,
siège du pouvoir, situé au palais des Tuileries, la Chambre des Pairs (mode héréditaire), au Palais du Luxembourg, la Chambre des Représentants du Peuple (mode électoral), au Palais
Bourbon, les ministères et plus particulièrement le fonctionnement de la Justice. Et enfin, le pilier central, à savoir la Charte Constitutionnelle (شرطة ), garante du fonctionnement de
l'ensemble.
Palais des Tuileries
Palais du Luxembourg
Palais Bourbon
N'oublions pas que Tahtaoui écrit pour l'édification de ses concitoyens égyptiens et en premier lieu de son souverain le
vice-roi Mehemet Ali . Aussi, en ce qui nous concerne, nous ne nous attarderons pas sur cette longue et austère description, nous attachant plutôt aux
impressions de l'auteur et à son jugement à propos de ces institutions.
Un modèle exemplaire
Dès le début de son exposé, l'Imam manifeste son admiration devant les institutions françaises: "Nous allons, dit-il, vous faire découvrir les règles du pouvoir en
France et leur organisation pour qu'elles servent d'enseignement à qui les prendra en considération" (لتكون عبرة لمن يعتبر ).
Parlant de la Charte Constitutionnelle Tahtaoui tient un propos qui prend une valeur exemplaire aujourd'hui au regard de l'intolérance de l'intégrisme islamique.
"Si, écrit-il, la plus grande partie du contenu de cette charte ne se trouve ni dans le Livre de Dieu -Qu'il soit exalté- ni dans les Traditions du Prophète -Que Dieu lui accorde sa
Bénédiction et le Salut- , voyez comment leur raison (parlant des Français) les a conduits à comprendre que la justice et l'équité sont la clé de la prospérité des Royaumes et du bien-être des
hommes, et comment les gouvernants et leurs sujets ont été ainsi conduits à faire prospérer leur pays, accroître leurs connaissances, accumuler les richesses et parvenir à la sérénité.
Aussi n'entendons-nous jamais ici personne se plaindre d'injustice". (1)
Entre autres dispositions constitutionnelles, le Cheikh Tahtaoui relève l'égalité de tous devant la loi , du plus grand, y compris le Roi, jusqu'au plus
humble, la liberté d'expression et de publication (2) dans les limites du respect de la loi, la liberté de culte même si le catholicisme, apostolique et romain est reconnu religion d'état,
l'égalité devant l'impôt chacun selon ses revenus, le droit d'accéder à tout fonction chacun selon ses capacités (ce qui incite à l'étude, note-t-il), le droit de propriété inviolable et la
soumission de l'expropriation pour utilité publique à juste compensation. Enfin, la non-rétroactivité des lois.
Concernant la liberté d'expression le Cheikh relève qu'elle inclut les domaines politique ou religieux dans les limites du respect des lois.
il note qu'aucune arrestation ne peut être opérée hors des dispositions légales.
A propos de l'impôt, Tahtaoui déclare qu'il n'a jamais entendu quiconque s'en plaindre.
Il note que toute réalisation ou action très importante peut être publiée dans les journaux, de même que les méfaits, et ce afin d'édifier la population.
La Conscription
L'Imam, dont la curiosité n'a d'égale que la précision, nous explique par le menu les modalités du service militaire obligatoire:
Chaque année, on réunit les jeunes ayant atteint 21 ans pour tirer au sort ceux d'entre eux qui devront effectuer le service militaire, lequel est d'une durée de huit ans. Dès l'âge de 18 ans,
les jeunes peuvent s'engager volontairement s'il jouissent de leurs droits civiques.
Sont exemptés du service militaire:
1°) Tout individu mesurant moins d'un mètre soixante-quinze, c'est à dire quatre pieds et dix pouces .
2°) Tout individu atteint d'infirmité.
3°) L'aîné d'enfants orphelins de père et mère.
4°) L'aîné ou le fils unique ou le fils du fils aîné ou le fils unique dont la mère ou la grand-mère est veuve ou dont le père est aveugle ou âgé d'au moins 70 ans.
5°) le plus jeune de deux frères si l'un et l'autre ont été tirés au sort en même temps.
6°) l'individu dont un frère est encore sous les drapeaux ou est mort en service ou blessé à la guerre. S'il le désire, un autre homme peut prendre sa place moyennant
caution.
(1) La situation décrite par Tahtaoui est celle des premières années du règne de Louis-Philippe. Celui-ci, ouvert aux idées progressistes dote la France d'un régime vraiment
parlementaire à quoi viennent s'ajouter les progrès de la Révolution industrielle. Mais sous la pression des forces conservatrices animées notamment par François Guizot, la situation sociale se
dégrade et les disparités augmentent auxquelles s'ajoute une grave crise économique. C'est alors une nouvelle révolution, le renversement de Louis-Philippe et l'avènement de la 2-ème
République.
(2)
Dans les premières années du règne de Louis-Philippe, la Presse a joui d'une grande liberté. Les idées politiques s'y afffrontaient librement à travers le "journal des Débats" (orléaniste),
"La Gazette de France" et "La Quotidienne" (légitimistes pro-Boubons), "Le National" et "la Tribune" (Républicains).
Note: La "monarchie de Juillet", du moins dans son esprit initial, m'invite à vous reporter à l'un de mes précédents articles
(lien) Une Monarchie Parlementaire élective! Pourquoi pas?
Par Yaqzan
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Dimanche 5 octobre 2008
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17:28
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien
UN EGYPTIEN A PARIS
)
Rencontre...
avec le plus grand orientaliste du siècle
Silvestre de Sacy
L'Imam Rifaat at-Tahtaoui fait la rencontre à Paris d'Antoine Silvestre de Sacy (1758-1838), le linguiste et orientaliste le plus célèbre de son temps. Quasi
autodidacte, celui-ci savait l'Hébreu, le Syriaque, le Chaldéen, l'Arabe, le Persan, le Turc et plusieurs langues européennes. Silvestre de Sacy fut le premier administrateur de l'Ecole des
Langues Orientales, de nos jours communément appelée "Langues-O", sise au 1 rue de Lille dans le VII-ème arrondissement de Paris. La statue du Maître orne jusqu'à aujourd'hui la cour intérieure
de l'établissement, qui, à l'origine et jusque dans la première moitié du XX-ème siècle, était destinée à la formation des "Secrétaires d'Orient", attachés d'ambassade au Levant. L'Ecole
s'appelle aujourd'hui Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), partagé entre diverses universités. On y enseigne les langues d'une centaine de pays.
Statue de Sylestre de Sacy dans la cour de l'École des
Langues Orientales, 2 rue de Lillle à Paris (Ph.Yaqzan)
Voici le récit que Tahtaoui fait de cette rencontre mémorable:
"Penser comme certains qu'un étranger puisse savoir l'Arabe sans le prononcer correctement n'a aucun fondement. J'en apporte pour preuve l'entretien que j'ai eu à
Paris avec l'un des plus éminents savants français, célèbre dans toute la 'terre des Francs' (1) pour sa connaissance des langues de l'Orient et en particulier l'Arabe et le Persan. Il s'appelle
Silvestre de Sacy. Il figure parmi les grands personnages de Paris et est membre de toutes les institutions savantes de France (2). Ses traductions ont été largement diffusées et sa notoriété
s'est affirmée avec son commentaire des "séances" (maqamat) de Hariri (3).
"Il apprit l'Arabe, dit-on, grâce à ses facultés de compréhension, son intelligence et l'étendue de ses connaissances sans avoir eu recours à un maître si ce n'est
au tout début de son entreprise.
"Toutefois, lorsqu'il lit l'Arabe, il le prononce comme un "étranger" عجمي (non-arabe). Il ne peut parler qu'avec un livre devant les yeux et Il lui est impossible
de prononcer correctement certaines consonnes, ce qui produit un effet d'élocution fort étrange (4). Et pourtant, lorsqu'il commente en Arabe les "Séances" de Hariri, il fait preuve d'une
parfaite rhétorique..."
"Il est également capable de faire un exposé clair des religions chrétienne et musulmane sans trahir ni l'une ni l'autre".
(1) C'est à dire l'Europe. En Orient le mot "Franc" إفرنج désigne les européens en général: Une réminiscence des Croisades dont le souvenir historique est resté vivace jusqu'à nos jours. Les
extrémistes islamistes d'aujourd'hui unissent "Juifs et croisés" dans leurs invectives.
(2) Silvestre de Sacy fut administrateur du Collège de France, notamment.
(3) les "Maqamat"و dont celles de Hariri (entre XII-ème et XII-ème siècles) , représentent un genre littéraire célèbre (jusqu'en Occident) dans l'histoire de la littérature arabe pour son style
(prose rimée) , sa qualité rhétorique et son esquisse d'un art dramatique jusqu'alors inconnu.
(4) Certaines consonnes arabes représentent un obstacle insurmontable pour certains locuteurs non-arabes y compris parmi d'excellents arabisants . Or la confusion entre deux consonnes peu créer des
malentendus fâcheux. Ainsi "qalb" signifie coeur et "kalb" chien. Une anecdote célèbre et très ancienne illustre bien le problème: "Un jour le Calife dit à l'un de ses préfets 'rends-toi dans telle
province et recenses ses habitants'. Le préfet, d'origine étrangère confondant deux consonnes comprit qu'il lui était demandé de "castrer" les habitants". Il avait entendu Kh au lieu de H,
seule différence entre les deux mots. إحصيهم وإخصيهم
Par Yaqzan
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Vendredi 26 septembre 2008
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Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien) UN EGYPTIEN A PARIS et suivants
Des Parisiens et des Français en général
du bon et du moins bon
Le Cheikh Rifaat at-Tahatoui poursuit l'exposé des ses observations sur les traits de caractère et les pratiques des Parisiens et des Français en général:
Quelque peu avare mais dépensier
"Il n'y a d'égalité entre eux que dans les choses ordinaires de la vie, comme l'expression et l'action mais il n'y en a pas en matière de richesse. Le parisien prête volontiers mais ne donne pas à
moins que le don ne soit assorti d'une contrepartie. En quelque sorte, il est plus proche de l'avarice que de la générosité, cette qualité que l'on trouve, comme l'hospitalité, chez les
arabes.
"Le Parisien est d'une manière générale fidèle à ses engagements et, riche ou pauvre, il est scrupuleux et infatigable dans son travail. Il aime à se faire passer pour plus qu'il n'est. Il a le
goût de la notoriété mais non de l'arrogance ou de l'animosité. Il dit volontiers de lui-même qu'il peut être doux comme un agneau ou, en colère, plus féroce qu'un tigre sans crainte de la mort. A
ce propos il est fréquent d'entendre qu'untel s'est donné la mort, poussé par le dépit amoureux ou la misère"
"... Il est dans sa nature de dépenser sa fortune au gré de ses fantaisies, dans la satisfaction de ses passions diaboliques, le plaisir et le jeu, pour lesquels Il dépense sans compter.
Une faiblesse envers les femmes que le Cheikh ne partage pas
" il est esclave du bon plaisir des femmes, qu'elles portent ou non un enfant. Comme certains le disent; la femme, en Orient, fait partie du mobilier domestique, chez les "Francs" c'est une enfant gâtée.
"Le parisien n'entretient jamais de mauvais soupçons sur son épouse en dépit des nombreuses incartades dont les femmes sont coutumières. Mais quand bien même serait-il un notable, s'il est
établi que sa femme se livre à la luxure, il cesse tout rapport avec elle et la quitte pour toujours. Mais les autres n'en tirent pas leçon alors qu'il convient de se méfier des femmes.
"Un poète a dit:
"Des femmes il faut te méfier
"Si tu es un homme censé
"Car il n'est plus mortel danger
"Que d'avoir la faiblesse de s'y fier" *
Pas de penchant pour les jeunes garçons
"Parmi les traits louables du parisien il en est un qu'il partage avec les arabes; c'est l'absence de penchant pour les garçons avec lesquels, par nature, il ne lui viendrait pas à l'esprit
l'idée de marivauder. C'est là une chose qu'il écarte totalement comme étrangère à sa nature et à ses moeurs. Dans son langage comme dans ses poèmes il refuse de parler d'échanges amoureux entre
personnes du même sexe. A cet égard, Il serait malséant en Français de dire "j'ai aimé un garçon". Aussi lorsqu'il doit traduire un de nos poèmes (arabes), il retourne l'expression et écrit "j'ai
aimé une jeune fille".(1)
"Le français voit dans ces amours une corruption des moeurs et en cela il a raison. Pour lui l'attirance mutuelle entre sexes différents est le propre de la nature humaine comme il en est de
l'attraction entre l'aimant et le fer. Le contraire est pour lui la pire des monstruosités dont il ne parle que rarement dans ses écrits et encore avec autant de discrétion que possible."
Les femmes, encore les femmes
"Toutefois, s'il est une chose détestable chez les français, c'est bien le manque de chasteté de nombre de leur femmes et la complaisance des maris. Ainsi comme le disait un des ces français
coutumiers du libertinage: 'Si une femme refuse de céder à tes désirs, n'y vois pas la marque de sa chasteté mais plutôt l'indice de ses multiples expériences".
"un sage n'a-t-il pas dit un jour: La femme est un piège de Satan".**
* لا يكن ظنّك إلا سيئا بالنسأ إن كنت منآهل الفطن
ما رمى الإنسان في مهلكة قط إلّا ظنّه الظنٌ الحسن
**
النساء حبائل الشيطان
(1 Dans la poésie arabe chantant "l'amour courtois", l'aimée est toujours nommée au masculin. par exemple "Habibi" au lieu de "Habibati"
(mon aimé au lieu de mon aimée On retrouve cette tradition poétique dans les chansons des troubadours occitans du Moyen-âge vraisemblablement sous l'influence Hispano-arabe.
- llustrations Octave Uzanne (1851-1931)
Par Yaqzan
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Lundi 22 septembre 2008
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13:30
Sous Charles-X et Louis-Philippe voir
UN EGYPTIEN A PARIS (5) et précédentes
Des Parisiens
L'Imam Rifaat et-Tahataoui n'est pas avare d'éloges, parfois nuancées, à l'égard des Parisiens.
Le goût du savoir et du bien faire
"Sachez, nous dit-il, que les gens de Paris se distinguent des autres chrétiens par leur finesse d'esprit et leur intelligence comme par leur affrontement des difficultés. Ils ne sont pas comme les
Coptes (chrétiens d'Egypte) enclins à l'ignorance et à l'insouciance. Ils ne sont pas du tout prisonniers des conventions mais aiment au contraire connaître le fondement de toute chose pour en
tirer leçon.
"La masse du peuple connaît la lecture et l'écriture et aborde comme les autres les questions profondes, chacun selon sa condition. Ils ne sont pas abêtis comme les gens de la plupart
des pays incultes. Les sciences, les arts et les connaissances artisanales sont classées dans des livres, y compris les modes artisanaux les plus rudimentaires. Aussi, l'artisan a-t-il
nécessairement besoin de savoir lire et écrire pour parfaire son travail.
Rentrée des classes (Petit journal)
"En outre, tout homme de l'art aime, dans sa spécialité, inventer des choses qui n'existaient pas auparavant ou parfaire ce qui existe déjà. Il est destiné à cela par son goût du gain,
du paraître et de la célébrité comme par le désir de passer à la postérité".
Versatilité
"Le français est naturellement enclin à s'enticher des nouveautés. Il aime le changement en toute chose et en particulier dans l'habillement. Il n'y a pas chez lui de mode vestimentaire fixée une
fois pour toutes. Cela ne veut pas dire qu'il change totalement de type de vêtement. En fait, ils en fait varier l'aspect. Ilne troquera donc pas son chapeau pour un turban mais l'échangera
de temps en temps pour un autre de forme ou de couleur différentes et ainsi de suite.
Plaisantin mais pas seulement
"Il est aussi malin, léger, capricieux. Ainsi on verra une personne de haut rang courir dans la rue comme un gamin. Il est aussi d'humeur changeante et peut passer en un instant de la joie à
la tristesse comme du sérieux à la plaisanterie. Au cours d'une seule journée Il peut faire ainsi une chose puis son contraire; mais cela seulement dans les situations de peu d'importance.
Dans les situations sérieuses au contraire, il demeure constant dans sa perception des choses et la conduite de ses affaires.
"En dépit de son attachement à sa terre, le français aime les voyages et se déplace ainsi d' Orient en Occident jusqu'à y affronter parfois de graves dangers pour le bien de sa patrie"
Extraits traduits et adaptés par Yaqzan
Par Yaqzan
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Samedi 20 septembre 2008
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22:54
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien)
UN EGYPTIEN A PARIS (4)
"Si de Paris il m'advenait de divorcer
"ce ne serait que pour le Caire épouser
"l'Une et l'autre sont mes fiancées jolies
"Mais le Caire n'est pas fille de la nuit" *
Rifaat at-Tahtaoui
"Propreté de Paris"
Voirie
"Sachez, nous dit le cheikh Tahtaoui, que les français pour arroser les rues ont fabriqué de grosses citernes montées sur roues et tirées par des chevaux. Ces
citernes, remplies d'eau sont équipées de robinets de belle facture qui lancent de puissants jets d'eau. Ces citernes avancent avec rapidité tous robinets ouverts, arrosant en un quart d'heure une
superficie qu'une équipe d'hommes n'arroserait pas en plus d'une heure. Le Caire, vu l'intense chaleur qu'il y fait serait mieux en droit que Paris d'utiliser un tel procédé".
Balayeuse munnicipale XIXème
siècle
Bains-douches
"Entre autres choses étranges, on voit sur la Seine de gros bâtiments flottants qui abritent la plus grande partie des établissements de bains. Ce sont de belles
constructions. Caque établissement compte plus de cent cabines individuelles".
"Le parisiens, parmi d'autres choses admirables, construisent des conduites souterraines qui apportent l'eau de la Seine vers d'autres établissements de bains situés dans le centre de la ville ou
vers des réservoirs de parfaite architecture. Voyez donc avec quelle facilité et pour un coût négligeable sont remplis ici les réservoirs alors que chez nous l'eau est transportée à dos de
chameau."
Quais de Seine
"Les rives du fleuve à l'intérieur de Paris sont bordées de beaux murs élevés du haut desquels les passants contemplent le cours de l'eau.
Badauds contemplant la Seine
Il y a sur la Seine seize ponts dont l'un est dit 'pont du Jardin des Plantes' (1). Il est long de quatre cents pieds et large de trente-sept. Il est composé de cinq arches de fer reposant sur des
bases de pierre taillée. Il a été construit en cinq ans et a coûté trente millions de Francs. Ce pont est nommé en fait pont d'Austerlitz du nom du lieu de la bataille remportée par Napoléon
sur les rois d'Autriche et de Moscou (sic) et qui est également appelée bataille des "Trois Empereurs" (2). Cette victoire, chère au coeur des français, est célébrée avec éclat au fil des ans."
"La Seine traverse Paris sur une distance d'environ deux lieues. Sa largeur est variable. Au niveau du pont mentionné ci-avant, elle est de cent-soixante mètres. Quant à son flux en cet endroit, il
est de 20 pouces par seconde, soit 1.200 par minute." (3)
Promenades sur les "Grands Boulevards"
"Sachez que Paris est entrecoupé et entouré de rangées d'arbres disposées en lignes parallèles. C'est ce qu'on appelle des boulevards. Par temps de grande chaleur,
les gens s'y protègent du soleil sous les ombrages. Certains boulevards entourent la ville à l'extérieur à l'instar de murs d'enceinte. Ils sont longs de cinq lieues et demie. Dans Paris intra
muros, on compte vingt-deux boulevards ainsi que de larges espaces que l'on appelle "places" et que l'on peut comparer à celle de Rumaila au Caire, mais pour la superficie seulement et non
pour la saleté ! ".
Foule et embouteillages hippomobiles?
"Il y a aussi à Paris quatre-vingt six réservoir d'eau et cent-quatorze fontaines publiques. La population de la ville et l'étendue de celle-ci sont en croissance
constante. Aussi compte-t-on aujourd'hui environ un million d'habitants. Quant aux voitures, nombreuses et diverses, elles emplissent la ville jour et nuit et sans discontinuer du bruit de leurs
roulement brinquebalant."
(1) Créé sous le nom de "Jardin du Roi" en 1635 puis plus tard confié au naturaliste Buffon (1707-1788), le Jardin des Plantes de Paris s'est enrichi au cours des siècles suivants pour devenir ce
qu'il est aujourd'hui.
(2) Le pont de fer dont parle Tahtaoui, construit en 1807, a été détruit puis reconstruit en maçonnerie en 1854.
(3) Ce qui représente, selon le système de mesure ottoman 63 cm/seconde et 38 m/minute
*
لإن طلقت باريس ثلاثٌا فما هذا سوى لوصال مصر
فكلّ منهما عندي عروس ولكن مصر ليست بنت كفر
Extraits traduits et adaptés de l'Arabe par Yaqzan
Par Yaqzan
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Samedi 20 septembre 2008
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04:37
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien)
UN EGYPTIEN A PARIS (3)
Enfin Paris!
"Les poètes ont exalté
le soleil astre de beauté
"C'est en Egypte ont-ils dit qu'il est né
"Mais s'il le voyaient à l'horizon de Paris pointer
"c'est lui qu'ils choisiraient pour le chanter" *
(Rifaat at-Tahtaoui)
préliminaire linguistique et historique
"Paris, nous dit le cheikh Tahtaoui, s'écrit P. A. R. I. S et se prononce Pari. C'est, dit-il une curiosité du Français que d'écrire des lettres qui ne se prononcent pas, ou ne se prononcent que
dans les dérivés du mot et d'une manière différente. Ainsi le "s" réapparaît sous la forme d'un "z" dans le mot parisien". "Le dérivé, affirme-t-il, dans un style doctoral, ramène tout à son
origine".
Concernant précisément l'origine, "Paris, nous dit-il, tient son nom d'un peuple qui vivait autrefois sur les bords de la Seine et alentour. C'étaient les Parisis. Paris ne tient donc pas son nom
d'un héros célèbre (1) , comme d'aucuns le prétendent."
Les caprices du temps
Notre cher imam, observateur méticuleux s'il en est, pour suit son récit:
"Paris, capitale du pays des Francs et siège du trône royal est l'une des villes les plus peuplées du monde. Il y pleut beaucoup; aussi les maisons sont couvertes de toitures en pente pour que
l'eau ne produise pas de dommages et s'écoule vers le sol. Les rues sont dallées de pierres et n'absorbe pas l'eau de pluie, qui parcourt des genres de canaux jusqu'à des bouches où elle
s'engouffre.
"Le climat à Paris est fort étonnant. Le temps peut changer du tout au tout plusieurs fois dans la même journée, un ciel pur le matin suivi d'une pluie torrentielle l'après-midi, ou vingt-quatre
degrés de température un jour et douze le lendemain. Pour se protéger de la pluie, les parisiens se servent de ce qu'on appelle chez nous ombrelles et qu'ils appellent parapluies Il y a aussi
des ombrelles pour les jours de soleil mais elles sont réservées aux femmes et aucun homme ne s'aviserait d'en utiliser".
"Paris Pittoresque"
Le chaud, le froid
"A Paris, il peut faire très chaud -toutefois moins qu'en Egypte- mais aussi très froid. Des moyens de chauffage sont indispensables au travail comme dans les
boutiques, les cafés et les chambres des maisons. Les français ont inventé une appareil extraordinaire, une sorte de four muni d'une porte en fer et d'un tuyau également en fer qui monte jusqu'à un
orifice. Ils mettent du bois dans le four, le font brûler. La pièce est chauffée et toute la fumée est évacuée hors de la maison. Ils ont aussi un autre appareil qu'ils appellent poêle et
dont l'extérieur émaillé est magnifique et de la plus grande propreté. Il y a aussi des cheminées de marbre qui par la beauté de leur facture sont considérées par les français comme un élément
décoratif de la maison auprès duquel ils se rassemblent et dont ils s'enorgueillissent devant leurs invités.
Poêle émaillé XIXème
"En somme, se protéger du froid fait partie du quotidien des français".
(1) Il s'agit de Pâris, prince troyen fils de Priam dans la mythologie grecque
*
لقد ذكروا شموس الحسن طرا وقالوا إن مطلعها بمصر
ولكن لو رآها وهي تبدو ببارس لخصوها بذكر
Par Yaqzan
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Vendredi 19 septembre 2008
5
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01:56
Sous Charles-X et Louis-Philippe (lien) UN EGYPTIEN A PARIS (2)
De Marseille à Paris - suite du voyage de Rifaat at-Tahtawi en France.
Après cinquante jours passés à Marseille, l'imam et ses quarante pupilles prennent le chemin de Paris. Le cheikh Tahtaoui raconte:
Diligences
"Pour se rendre de Marseille à Paris, on prend habituellement une diligence (1). Selon les besoins, on la loue pour soi ou on loue une place parmi d'autres voyageurs. La nourriture
pour la durée du voyage est aux frais du passager à moins qu'il ne paye un forfait global comprenant voyage et repas.
Relais d'étape bien tenus
"Le voyage se fait de jour et de nuit et ne s'interrompt que pour les repas et autres besoins. Tout le long de la route, il y a des relais où l'on met à la disposition de chacun nourriture et
boissons de toutes sortes, appétissantes et de la plus grande propreté. On y trouve également des espaces pour y dormir bien meublés et fournis de tous les instruments et ustensiles
nécessaires
"Les diligences sont rapides et à leur bord les voyageurs ne sont pas incommodés comme sur mer. Après trois jours nous sommes arrivés le matin à Lyon. De cette ville, où nous sommes restés
douze heures pour y prendre du repos, nous n'avons vu que peu de choses en marchant dans les rues ou en regardant par les fenêtres de la maison où nous étions descendus. Lyon est distante
de Paris de deux cent onze lieues selon l'étalon français (2).
Banlieue parisienne idyllique
"Nous avons repris de nuit la route vers Paris où nous sommes arrivés sept jours après notre départ de Marseille. Avant d'y entrer, nous avons traversé de nombreux villages voués pour la plupart
au commerce avec de grands bâtiments agrémentés de verdure. Ces villages forment une chaîne ininterrompue de sorte que l'on a l'impression de traverser une seule agglomération.
Frondaisons et jolies femmes
" Le voyageur progresse en permanence à l'ombre des arbres, qui se succèdent dans un alignement parfait et ininterrompu. On constate d'autre part que dans les petites villes et
villages, les femmes, dans la beauté de leur visage et et la finesse de leur silhouette sont encore surpassées par les parisiennes. Il est vrai cependant que dans les campagnes, les femmes
portent moins de parures qu'en ville. Il en est ainsi dans le monde entier." (2)
(1) Tahtaoui utilise le mot 'arabat (عربات), qui signifie calèches. Lesquelles sont aujourd'hui encore abondamment utilisées en Egypte sur les sites touristiques.
(2) en arabe farsakh (فرسخ) . Il doit ici s'agir de la lieue dite des postes équivalant à environ 4,3 km.
(3) Si on se rappelle son évocation des élégantes marseillaises en décolleté, il nous semble que le chaperon de nos quarante étudiants n'est pas insensible aux charmes des
européennes.
Extraits traduits et adaptés de l'Arabe par Yaqzan
Par Yaqzan
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Mercredi 17 septembre 2008
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03:42
Sous Charles-X et Louis-Philippe
Marseille: Premier contact avec le "Pays des Francs" Voir
Un Egyptien à Paris ...
Le Cheikh Tahtaoui et ses quarante jeunes protégés arrivés dans la rade de Marseille sont amenés à terre à bord de petites embarcations. Précaution sanitaire
oblige, ils sont aussitôt dirigés avec les autres passagers de leur navire vers la "Quarantaine" comme c'est le cas de tous les voyageurs venant de pays lointains. Ils y resteront en fait
dix-huit jours.
Marseille. Le vieux port au XIX-ème siècle
La "quarantaine": Lit, table et couvert
L'Imam raconte: "C'est un lieu vaste avec de belles constructions, des jardins et des bassins... Nous y faisons de nombreuses découvertes surprenantes: Ainsi , des serviteurs français dont nous ne
connaissons pas la langue nous apportent une centaine de sièges pour nous asseoir parce que dans ce genre de pays il est considéré comme étrange de s'asseoir sur des tapis ou à même le sol... Puis
ils apportent des tables hautes et y disposent des plats blancs devant chacun desquels ils placent un gobelet de verre, une fourchette, un couteau et une cuiller. Sur chaque table ils posent deux
bouteilles de verre, un flacon de sel et un autre de poivre. Ils alignent ensuite des chaises à raison d'une pour chacun d'entre nous. Ils apportent enfin pour chaque table un grand plat de
nourriture que l'un des convives divise entre les différentes assiettes. Chacun coupe les aliments avec un couteau pour la porter à sa bouche à l'aide de la fourchette. Il n'est pas question de se
servir avec les mains ni d'emprunter la fourchette, le couteau ou le verre du voisin. On prétend ici que c'est une question de propreté et de santé".
Et le Cheikh Tahtaoui de poursuivre le récit de ses observations méticuleuses: "On remarque chez les "Francs" (*) qu'ils ne mangent jamais dans des plats de cuivre fussent-ils étamés. Ceux-ci sont
réservés exclusivement à la cuisine. Ils utilisent à table des plats émaillés dans lesquels ils mangent des mêts de multiples sortes. Ils commencent par une soupe, puis continuent par
de la viande, des légumes, des pâtisseries et de la salade. Souvent les plats sont émaillés de la couleur de la nourriture qu'on y met. Ainsi par exemple, la salade est servie dans des plats
décorés de couleur verte. Ils terminent leur repas par des fruits et une liqueur mais en petite quantité. Riches ou pauvres ils prennent régulièrement thé ou café ...." Enfin, note-t-il, on a coutume ici de dormir sur des lits élevés".
Boutiques, miroirs et jolies élégantes
élégantes XIXème "Paris Pîttoresque"
Sortis de la "Quarantaine", l'Imam accompagné de ses compagnons visite la ville et se dit émerveillé par "ses larges rues, jour et nuit bruyantes du roulement chaotique des calèches joliment
décorées... Les murs intérieurs des boutiques, les galeries, sont tapissés de miroirs et on y voit beaucoup de jolies femmes, vêtues, selon ce qu'on dit, à la dernière mode. Le visage
découvert, le vêtement décolleté, laissant voir largement la gorge et la nuque et même plus encore. Elles vont les mains sur les hanches.
Tahtaoui est surtout surpris par le luxe des cafés "Ce ne sont pas des lieux fréquentés par des vauriens, mais par des personnes, de bonne tenue. D'ailleurs tout y est très cher et destiné
aux gens qui ont de la richesse . Quant aux pauvres ils fréquentent de mauvaises tavernes où l'on sert du vin et d'autres où l'on fume du haschich".
Une brasserie à la mode
Il poursuit: "Nous sommes entrés une fois dans un café étonnant par son luxe et la qualité de son agencement. Il était tenu par une femme, assise sur une estrade avec devant elle un
encrier, une plume et une liste. Le café est préparé dans une pièce à part et des garçons font un va-et-vient incessant entre cette pièce et la salle principale pour servir les clients. On y
sert toutes sortes de boissons. Le garçon demande au client ce qu'il désire puis va le dire à la dame, qui inscrit la commande sur son registre, découpe un petit morceau de papier où est
inscrit le prix à payer et que le garçon apporte aussitôt au client..."
"Dans ce café, poursuit-il, on est assis sur de confortables sièges joliment revêtus, devant des tables de bois précieux recouvertes de marbre noir ou ciselé et
il y a tellement de vitres et de miroirs que l'on a l'impression d'être multipliés par autant de reflets. Quant aux tasses à café, elles sont au moins quatre fois plus grandes que les nôtres
en Egypte". Tahtaoui note enfin que "des gazettes sont à la disposition des clients qui veulent s'informer des nouvelles du jour".
Marseille cosmopolite
"En attendant notre départ pour Paris, nous avons commencé à apprendre le b.a-ba de la langue Française" poursuit l'Imam. Il ne le dit pas mais il a peut être été aidé pour ce faire par un
ex-compatriote ou autre arabophone. Il remarque en effet qu'il y a beaucoup d'orientaux à Marseille, "Syriens, Chrétiens égyptiens (coptes), mamelouks circassiens ou géorgiens revenus
d'Egypte dans les bagages de l'armée de Bonaparte, tous vêtus à la mode française et pour la plupart convertis au christianisme ".
Achevant sa description de la cité phocéenne où il dit être demeuré cinquante jours, l'imam écrit: "Nous avons également vu à Marseille un chose des plus
étranges appelée "spectacle". Il n'y a pas de mots pour la décrire. Il faut absolument voir cela pour la fête"
Rifaat al-Tahtaoui et ses quarante protégés sont maintenant prêts à prendre une diligence pour Paris. Nous raconterons leur voyage dans un
prochain article.
* Jusqu'à une période pas très éloignée le terme "Francs" (إفرانج) a été utilisé en Orient pour désigner les Européens
(vieux souvenir des Croisades?)
Extraits traduits de l'Arabe par Yaqzan
Par Yaqzan
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