Mercredi 4 juin 2008
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L'Islamisme est la négation du message coranique comme l'inquisition a été la négation du message évangélique
On entend souvent dire qu'il ne faut pas faire l'amalgame entre l'Islam et l'intégrisme islamiste connu pour ses manifestations d'intolérance ou de violence. Et on a bien raison de le dire.
Je ne suis ni musulman ni adepte d'aucune autre religion. Je suis agnostique et à ce titre je revendique une totale impartialité. A cette impartialité s'ajoute une connaissance approfondie de
l'Islam et de la langue arabe. Je fréquente l'un et l'autre intimement depuis une cinquantaine d'années et à ce titre je revendique aussi le droit élémentaire d'en parler en me plaçant du point de
vue de l'histoire, de la sociologie et de l'anthropologie.
Contrairement aux dires du philosophe auto-proclamé Robert Redeker, le Coran n'est pas un livre de haine. Dans sa prédication, Mahomet (Muhammad) a amélioré le sort des femmes eu égard à la
condition qui était la leur avant l'Islam. Il a condamné et interdit la pratique anté-islamique d'enterrer vivants les nouveaux-nés de sexe féminin (sourate at-Takwir)*. Il a proclamé que tuer un
innocent équivaut à tuer l'humanité tout entière (sourate al-Ma'ida)**. Il a déclaré qu'il n'y a pas de contrainte en religion***.
On chercherait en vain dans le Coran un verset obligeant les femmes au port du voile ni la moindre mention de la peine de mort pour les apostats. Aux premières il est seulement recommandé la pudeur
dans un verset immédiatement précédé d'un autre qui fait la même recommandation aux hommes et qui -ce n'est sans doute pas un hasard- n'est jamais évoqué. Quant au cas de l'apostat, il ne relève
que de la justice divine et non d'une sanction pénale sur terre (Hadd).
Le Coran est le texte fondateur de l'Islam et pour le croyant, il est la parole divine. Mais, le temps passant et la communauté islamique (Oumma) se trouvant confrontée aux réalités historiques et
au contact de sociétés et cultures étrangères, des commentaires y ont été ajoutés fondés sur l'interprétation (ijtihad) ainsi que des récits de faits et dires du Prophète rapportés au terme de
longues chaînes de transmission orale (isnad). Il s'agissait pour la communauté d'affermir sa doctrine face aux défis de l'histoire. Tout cela, bien qu'approprié par la religion, relève
essentiellement des contingences historiques et de la sociologie.
En tant que tel, tout cet effort d'interprétation procède donc exclusivement de l'humain avec tout ce que cela implique d'incertitude. Pour l'essentiel toutefois, l'ijtihad a été une
démarche louable chaque fois qu'il a été pratiqué pour les justes causes de la Communauté et non pour des intérêts sectaires ou particuliers.
Confronté à une surabondance des textes et de commentaires accumulés et enchevêtrés, les oulémas ont décidé il y a neuf siècles que "la porte de l'ijtihad" était définitivement fermée.
Depuis des années, des esprits éclairés parmi les musulmans réclament la réouverture de la "porte de l'ijtihad" pour adapter sans le dévoyer l'Islam au monde moderne. La voix de ces réformistes est
malheureusement étouffée par les discours tonitruants des intégristes et extrémistes islamistes.
Ces derniers, par leur étroitesse d'esprit et leur intolérance et pour certains leur usage des attentats meurtriers aveugles ne respectent donc pas le texte fondateur de l'Islam, à savoir -pour les
croyants qu'ils prétendent être- la parole divine.
Certes, il existe des musulmans abusés par la propagande intégriste. Ils sont dans l'erreur mais n'en ont pas conscience et ne sont donc pas coupables. Les autres, les militants ou fanatiques, qui
se servent de l'Islam pour leurs propres intérêts ou des intérêts politiques, sont, pour moi, des criminels relevant de la justice des hommes. Du point de vue du concept religieux leur attitude
correspond à la définition de l'hérésie****.
Pour mesurer la gravité du sujet, il suffirait de rappeler que l'écrivain réformiste égyptien Farag Foda a été assassiné au Caire en 1992 par des extrémistes. Deux ans plus tard, le prix Nobel
égyptien Naguib Mahfouz auquel on reproche son roman allégorique "Les enfants de la Médina" jugé blasphématoire parce que mettant en scène des prophètes, était blessé à coups de poignard dans une
rue du Caire. L'écrivain féministe égyptienne Nawal Saadaoui, menacée de mort a dû s'exiler. De nombreux ouvrages d'intellectuels éclairés ont été interdits dans ce même pays sous la pression des
oulémas. L'intolérance vestimentaire ou religieuse (à l'égard des coptes, chrétiens autochtones) y est devenue maîtresse de la rue.
Le pouvoir égyptien s'est crû obligé depuis des années d'utiliser l'Islam contre l'Islamisme. Il en a résulté un omniprésence de la religion dans les médias audiovisuels, espace vite envahi par les
moins modérés et où il n' y a plus de place pour le discours intellectuel et encore moins laique. Enfin, Les disciplines humaines sont désertées dans les universités au profit des filières
technologiques... La machine à décerveler en marche.
*
إذا المَوْؤُودَة سًئلتْ لأىّ دَنبٍ قُتلَت
ْ
**
مَنْ قَتَل نَفْسًا بِغيْرِ نَفْسٍ أوْ فَسَدٍ في الأرْضِ فَكَأنٌما قَتَلَ النَاسَ جَميعًا
***
لا إكْراهَ في الًدينِ
****
إلحاد
Additif:
Dans le cadre de l'exégèse, on ne peut pas ne pas évoquer le débat autour de la notion de "djihad" dont le sens de "guerre sainte" est le seul retenu par les
intégristes militants et par les détracteurs de l'Islam qui s'en servent pour attribuer à cette religion un caractère agressif. En fait, la notion coranique de guerre sainte doit être considérée
dans son contexte historique, à savoir les combats que la communauté musulmane naissante a dû mener autour de Mahomet contre les tribus païennes ennemies.
Le mot a pour sens essentiel "effort vers..." et apparaît le plus souvent sous la forme "effort sur la voie de Dieu" *. Les commentateurs éclairés distinguent
le "petit djihad" (la guerre) du "grand Djihad" , à savoir le combat mené contre soi-même, contre ses propres passions. Le grand Imam Al-Ghazali connu chez nous au moyen-Age sous le nom de
Algazel, n'a-t-il pas écrit dans son oeuvre maîtresse "Vivification des Sciences de la religion"**: "comparée à la réforme des moeurs, la lutte armée n'est qu'un léger souffle de vent sur
une mer agitée". Dans un sens modéré, on assimile aussi le djihad à la propagation de la foi***.
*جهاد في سبيل اللاه
**إحيا علوم الدين
***الدعوة
Par Yaqzan
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Publié dans : religions
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