Lundi 1 septembre 2008
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Ou des méfaits de la bonne humeur
Amr Fahmi (Al-Akhbar) "De la drogue ça?
Comment j'aurais pu le deviner?".
Le "mazag" (المزاج), la bonne humeur, est l'une des appellations argotiques du haschich en Egypte, où la consommation de cette drogue est depuis longtemps très
largement répandue pour ne pas dire entrée dans les moeurs.
L'apparition de "l'herbe" (hashisha en Arabe) est signalée en Egypte par les voyageurs et historiens arabes dès la deuxième moitié du XIII-ème siècle de notre ère.
Elle est venue de l'Inde en progressant vers l'ouest par la Perse, puis l'Irak et la Syrie, à la faveur de l'extension de l'empire musulman L'HERBE AUX DERVICHES . Elle s'est d'autant plus facilement répandue
que rien dans le Coran n'en interdit la consommation et pour cause, puisqu'elle n'existait pas en Arabie à l'époque du Prophète.
Dans sa monumentale et fort précise étude des moeurs et coutumes égyptiennes écrite entre 1833 et 1835, l'anglais William Edward Lane* notait les modes de
préparation et de consommation du haschich parmi les gens du peuple et notait en particulier "le grotesque de l'attitude et des conversations" des personnes qui se pressaient devant les cafés et
échoppes où il était vendu. Il remarquait en particulier chez eux l'effet de la drogue se traduisant par des accès de "gaieté exubérante".
A l'époque la vente et la consommation du haschich n'étaient pas réprimées. C'est à partir de 1952 seulement, après la révolution nassérienne, que la
répression a commencé à s'exercer. Elle n'a pourtant pas empêché l'extension du trafic et de la consommation du haschich qui se poursuit jusqu'à nos jours concernant environ six millions de
personnes et qui se traduit chaque année par quelque dix mille procès judiciaires prévoyant des peines pouvant aller jusqu'à la prison à vie pour les trafiquants. C'est pour le
trafic un marché d'environ 400 millions d'euros par an.
Cet usage multi-centenaire du haschich lié à son repli dans la clandestinité a contribué à créer parmi ses adeptes, issus de toutes les classes et catégories
sociales ou religieuses de la société, une sous-culture qui se caractérise notamment par ses normes, son code de conduite et son langage propres.
Les fumeurs de haschich ne se révèlent qu'à des personnes de confiance elles-mêmes consommatrices. Pour fumer, ils se rassemblent par groupes de trois à six ,
soit au domicile de l'un ou l'autre, s'il réside seul, soit dans un local "ghorza" (point de fixation), qui est mis à leur disposition par son propriétaire. Dans ce cas, un guetteur (nadourgui)
est indispensable pour donner l'alerte en cas de descente de police (kabsa).
Les fumeurs utilisent un narguilé, également nommé "shisha", qu'en argot ils appellent "goza" (noix de coco) par référence à un modèle rustique qui
n'est plus guère utilisé qu'à la campagne. et dont le réservoir d'eau est constitué d'une cucurbitacée évidée ou d'une boite de conserve. Ils se tiennent généralement assis en tailleur ou sur une
siège bas et échangent des propos qui, sous l'effet progressif de l'herbe, de plaisants deviennent hilarants ou carrément incohérents lorsque les fumeurs "ont leur compte" (mastoul) . La règle
est d'être toujours aimable et a fortiori de s'abstenir de toute querelle ou parole blessante.
Amr Fahmi (El-Akhbar)
"Tu sais pas pourquoi j'te réponds pas quand tu m'appelles? C'est parce que j'ai changé mon nom hier"
Amr Fahmi (El-Ahbar)
"Bouches cette bouteille! quelqu'un pourrait tomber dedans"
Le haschich lui-même, outre "mazag" (bonne humeur) est appelé généralement "sanf" (espèce) ou diversement selon sa qualité. Par ordre décroissant: "zebda"
(beurre), "'aagwa" (pâte de dattes pressées), "naml" (fourmi), "shaabi" (populaire) , "manzoul" (mélangé), "ardi" (rez-de-chaussée). La première coupelle posée sur le narguileh est
appelée "iftitahyia" (inauguration) ou "salam malaki" (hymne national). Le haschich est aussi consommé en comprimés (habb) ou tablettes (borshama) .
Les proportions prises par le problème de la drogue sont devenues très préoccupantes pour le gouvernement égyptien, constatant que 12% des collégiens et étudiants
sont consommateurs non seulement de haschich en tablettes ou huile, mais aussi de cocaïne. Des campagnes de prévention et de réducation) ont été récemment lancées tant par les
autorités civiles que religieuses face à ce phénomène qui provoque des drames familiaux et engendre la corruption, qui gangrène la société.
Egypte: Le pain de la colère
Mustafa Hussein/Ahmad Ragab (El-Akhbar)
Kambora à Zizo son valet et confident "remplis des verres à notre ami Rodrigo le colombien et rinces-lui bien le cerveau, qu'il nous mette au parfum pour arranger notre bizness en
Egypte"
Kambora
Le personnage de Kambora a été créé par Ahmad Ragab (bulles) et Mustafa Hussein
(dessins) dans l'hebdomadaire "Akhbar-el-Yom" pour dénoncer la corruption régnante et notamment le scandale dit des "narco-députés" . Il est l'archétype de ces escrocs, arrivistes,
spéculateurs, hommes de tous les trafics, qui s'étaient engouffrés dans l'espace que la politique d'ouverture économique (infitah) du président Anouar
el-Sadate leur avait largement ouvert.
Mustafa Hussein/Ahmad Ragab (Akhbar el-Yom)
Kambora à l'Assemblée: "Bien le bonjour à
l'immunité parlementaire!" (سلّمني عالحصانة)
* Manners and costoms of the modern egyptians. East-West Editions, The Hague and London 1981,
1989
Par Yaqzan
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Publié dans : Egypte
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