Lundi 15 septembre 2008 1 15 /09 /2008 21:39
Sous Charles-X et Louis-Philippe

"Le raffinement de l'or à l'image de Paris" (*)

  (Mémoires d'un envoyé du vice-roi d'Égypte en France)

- Brève approche historique

Quelques années après la fin de l'expédition de Bonaparte en Egypte (1798-1801), le vice-roi Mehemet Ali fortement impressionné par  le niveau des connaissances scientifiques et techniques des français,  entreprit résolument de faire entrer son pays alors en déclin  dans l'ère moderne et restaurer sa splendeur passée. (1)


            Mehemet Ali

Il était un fervent admirateur de Bonaparte et Il avait sans doute été également impressionné par les études que les quelque 150 savants et ingénieurs venus dans le sillage du général avaient réalisées en Egypte. (2)

Le vice-roi commença par se doter d'une armée moderne de type européen avec l'aide du colonel français Joseph Sève,  converti à l'Islam et demeuré en Egypte sous le nom de Soliman Pacha, pour devenir  en 1830 généralissime de l'armée égyptienne. (3)

 Mais le maître de l'Egypte voyait bien plus loin encore. Il voulut doter son pays d'infrastructures et institutions modernes dans les domaines de l'industrie, l'agriculture, la santé, l'administration, les sciences et les arts.

- Mise en oeuvre

Pour mener à bien son projet, il décida en 1826 , malgré les réticences de certains, d'envoyer à Paris un groupe de quarante jeunes gens de la bonne société pour y apprendre les sciences, les arts et les techniques auprès des meilleurs spécialistes.
Ces jeunes gens âgés de 20 à 24 ans devaient être accompagnés d'un imam, qui serait leur guide spirituel mais aussi leur chaperon chargé de veiller à ce qu'ils ne se laissent pas tenter par les "turpitudes" qui, selon les musulmans hostiles à l'entreprise, auraient été monnaie courante chez les "infidèles".

Cet imam s'appelait Rifaat at-Tahtaoui, un homme versé dans la religion bien sûr, mais aussi instruit des sciences profanes héritées des Grecs.

 Lorsque le cheikh arriva en France en 1826,  Napoléon était mort depuis cinq ans et la France vivait sous le régime monarchique de Charles-X auquel Louis-philippe succéda en 1830. Tahtaoui connut donc ces deux règnes puisqu'il vécut à Paris jusqu'en 1831.

            
          Charles-X                                                                  Louis-Philippe

IL porte sur les Français et le parisiens en particulier un regard attentif , précis, objectif sans complaisance, souvent bienveillant parfois implicitement critique mais sans sévérité. Il se contente de noter, s'inscrivant ainsi dans la lignée des grands voyageurs arabes des siècles anciens , anthropologues avant la lettre.

- Premières impressions

Pour lui, Paris est préférable à Londres pour son climat et le caractère de ses habitants qui manifestent, dit-il,  "bienveillance, attention et affabilité envers le visiteur l'étranger". A propos de la différence de religion, Tahtaoui note que les Français portent estime à l'Islam, qui "ordonne le bien et pourchasse le mal"(**). En fait, précise-t-il, "les Français n'ont de chrétien que le nom. Ils ne pratiquent pas leur religion, pour laquelle ils n'ont aucun attachement et ils estiment que la raison seule  guide le jugement et conduit à la vérité".

Pour les Français, dit-il encore, seul le fait naturel compte, "aussi n'apportent-ils aucune foi aux récits surnaturels des Ecritures" . "En somme, ajoute-t-il, au pays des Français la pratique de toutes les religions est permise et le musulman peut s'il le veut construire sa mosquée comme le juif sa synagogue". "C'est sans doute cela, précise-t-il, qui a conduit notre Bienfaiteur à choisir Paris pour y envoyer quarante de ses sujets afin qu'ils y apprennent les sciences". Et d'ajouter "on vient à Paris de tous les pays chrétiens et même d'Amérique et d'autres pays lointains" à la recherche de la Science. D'autres vont en Angleterre mais bien moins nombreux", dit-il.

(Cet article est le premier d'une série à suivre sur ce blog)

(1) Contemporain de Mehemet Ali, l'émir algérien Abd-el-kader admirait lui aussi le haut niveau de connaissance scientifique des européens et en particulier des Français. Voir "Lettre aux Français" éd. Phébus Libretto 2007.

(2) Les résultats des travaux réalisés en Egypte par ces savants ont été rassemblés à l'initiative du général Kleber par une commission spéciale puis édités sous la direction du géographe Edme  Jomard (membre de l'expédition) en 1807 sous le titre "La Description de l'Egypte". La diffusion s'échelonna jusqu'en 1824. Cet ouvrage monumental (20 volumes  de planches et textes) sont publiés en édition numérisée dans la collection "Les grandes expéditions scientifiques du 19e siècle" sous la direction de Jean-Yves Empereur.

(3) Le nom de Soliman Pacha fut donné à une place chic du centre du Caire ornée de sa statue mais à l'époque du président Anouar El-Sadate elle a été rebaptisée Talaat Harb, du nom de l'économiste nationaliste fondateur de la banque Misr. Beaucoup de cairotes d'un certain âge continuent d'appeler la place du nom du colonel de l'armée de Bonaparte devenu généralissime de l'armée d'Egypte.

*
تخليص الابريز  الى تلخيص باريز
 الامر بالمعروف والنهي عن المنكر

Extraits traduits de l'Arabe par Yaqzan

Par Yaqzan - Publié dans : Egypte - Communauté : Egypte
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