Dimanche 10 janvier 2010
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Sous Charles X et Louis-Philippe
De la prise d'Alger dans l'indifférence totale des Français ...
"Des sarcasmes et moqueries que les Français réservèrent à Charles X après sa chute et bien plus encore". Telle est l'introduction du nouveau chapitre de son livre
dans lequel le cheik Rfa‘at at-Tahtaoui évoque la prise d'Alger par l'armée de Charles X puis le sort que la presse satirique réserva à ce souverain après son abdication.
"La nouvelle de la chute d'Alger parvint aux Français très peu de temps avant la révolution et ceux-ci l'accueillirent sans enthousiasme. La seule
manifestation de joie fut le son des coups de canons que fit donner le premier ministre Polignac. (1)
"Polignac pavanait en ville fier de lui-même; Il avait réalisé son voeu; lui au pouvoir, les Français avaient vaincu Alger. Il ne se doutait pas que peu de
jours après les Français allaient remporter sur lui et son roi une victoire bien plus grande encore. Au point que la question d'Alger fut totalement oubliée, le peuple ne parlant plus que de sa
propre victoire.
"Quelqu'un a dit fort justement: 'O combien de tristesse la joie cache en ses plis
qui se défont avec le temps'
وكم سرور طيه احزان لأجل ذلك خلق الزمان
"Le maître d'Alger avait quitté son pays emportant avec lui ses biens; le souverain des Français quittait son royaume emportant avec lui ses remords. Le temps est
ainsi fait de vicissitudes changeantes et de situations mouvantes. Ce fut le châtiment que lui valut l'invasion d'Alger, entreprise pour des motifs futiles et dans le seul
dessein d'assouvir sa propre passion. Or la raison déchoit quand la passion l'emporte.
A Boulogne, embarquement de Charles X pour l'exil
"L'archevêque de Paris (2) apprit à son tour la chute d'Alger et s'empressa de féliciter le roi, venu à l'Egiise
pour rendre grâce à Dieu (qu'il soit loué et exhalté) de cette victoire. Il lui dit en substance: Que Dieu soit loué pour avoir permis que la Communauté chrétienne remporte cette grandiose
victoire sur la Communauté musulmane. Et ainsi de suite alors que cette guerre entre Français et Algériens n'était qu'une affaire de politique et de conflits commerciaux assortis
d'invectives et de disputes au simple motif de l'orgueil et de l'arrogance (3). Or, comme le dit la voix de la sagesse: "Si la querelle était un arbre
celui-ci ne produirait que désagréments" (لو كانت المشاجرة شجراً لم تثمر إلا ضجراً )
Lorsqu'éclata l'insurrection, les Français envahirent la demeure de l'archevêque après que celui-ci eût pris la fuite. Ils la saccagèrent et détruisirent tout
ce qui s'y trouvait. L'archevêque disparut sans laisser de traces puis il revint et disparut à nouveau. Sa demeure fut une nouvelle fois saccagée et lui-même resta objet de mépris, abandonné à
son sort (4).
Yacinthe Louis de Quelen archevêque
de Paris
... au déchaînement des "canards" satiriques contre Charles X
"Ayant appris que charles X avait chassé le pacha d'Alger de son pays, les Français en prirent prétexte pour ridiculiser le roi détrôné, parti en exil. Ainsi le dessinèrent-ils en compagnie du
Pacha en train de marcher sur les routes et ils écrivirent sur son compte dans les feuilles de fait-divers (5) nombre d'anecdotes extravagantes et histoires
humoristiques fort plaisantes. Dans un dessin encore, on voit ledit pacha interpeller Charles X sur le ton de la moquerie: Alors! ton tour est venu, hein? On t'a expulsé comme tu m'as
expulsé?
"Un sage a dit:
'Le destin dévore les hommes.
Ne sois pas de ceux que les honneurs ennivrent
Que de fortunes s'évanouissent au moindre faux pas
Et les revers, sache-le, ne surviennent jamais sans cause.'
الدهر يفترس الرجال فلا تكن ممن تطيشه المناصب والرتب
كم نعمة زالت بأدنى زلة ولكل شيء في تقلبه سبب
Caricature montrant l'embarquement de Charles X
"Dans une autre anecdote le pacha dit à Charles: Jouons toi et moi. Faisons un pari. Si tu n'as rien pour miser, on va organiser une collecte de charité". Il s'agit
d'une allusion au fait que le pacha d'Alger a quitté son pays en homme riche alors que Charles X a quitté le sien dépourvu. Un autre dessin représente le roi en pauvre aveugle tendant la main aux
passants pour quémander l'aumône; une allusion à son manque de clairvoyance à propos des conséquences de sa conduite des affaires.
"Dans un dessin encore, on le voit sortir d'une église en compagnie de son ministre Polignac. Façon de dire que l'un et l'autre sont mieux à leur place dans
la pratique de ce culte vain que dans l'exercice du pouvoir. On prétend même que Charles X revêtait parfois les habits sacerdotaux et disait la messe dans la chapelle de son
palais (6).
"Après cette révolution, les gens parcouraient la ville distribuant à la criée des imprimés dans lesquels il était fait étalage des amours du roi et de sa jeunesse
dissolue (7) comme des aventures de l'archevêque. Il y était écrit que son petit fils était un enfant illégitime et, ce qui est fort étonnant, ces
feuilles étaient vendues ainsi à la crièe jusque dans la cour de la demeure de Louis-Philippe bien que celui-ci fût un proche parent du roi (déchu). Plus étonnant encore, on prétendait
que le nouveau roi lui-même avait précédemment affirmé cela dans les journaux anglais lors de la naissance de ce petit-fils de Charles X (8).
"On criait tout cela en public sans que personne ne s'y opposât, la liberté d'opinion, de parole et d'écriture ayant force de loi.
"Après l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe, apparurent diverses factions puissantes, les unes demandant sa destitution et l'instauration de la république pour
plus de libertés. D'autres réclamant la restauration du régime précédent et l'accession au trône du petit fils de l'ex-roi.
"Cette révolution a laissé des traces ici jusqu'à aujourd'hui et elle a même essaimé ailleurs, comme en Belgique, qui s'insurgea pour obtenir sa séparation du
royaume des Flamands dont elle faisait partie. Il y eut aussi la lutte de pays voulant se libérer du pouvoir de Moscou et enfin les insurrections qui éclatèrent en Italie (9).
1) La prise d'Alger eut lieu le 5 Juillet, soit un mois avant l'abdication de Charles X.
2) Mgr. Yacinthe Louis de Quelen.
3) Tahtaoui se refuse à voir dans l'expédition d'Alger une "croisade". Cette observation prend une résonnance particulière aujourd'hui.
4) L'archevêque, objet de violentes attaques, fut par deux fois contraint de quitter le palais épiscopal, qui fut entièrement détruit en février 1831. Mgr. de Quelen s'installa alors au couvent
des Dames du Sacré-Coeur, rue de Varenne.
5) Ces feuilles volantes distribuées à la criée étaient appelées "'canards". 1830 et les années qui suivirent furent l'âge d'or de la presse satirique avec des journaux comme "La
Silhouette", puis "La Caricature"et "le Charivari" , où exercèrent les célèbres caricaturistes Jean Granville, Charles Philippon et Honoré Daumier . Tahtaoui, au moment où il écrit, ne
pouvait deviner que Louis-Philippe, plus encore que son prédécesseur, allait être à son tour, quelque temps plus tard, la proie de leurs plumes féroces.
6) Selon les historiens, Charles X était sur le tard devenu très dévot. Il s'habillait de violet, couleur de Deuil, depuis la mort de Louis XVIII et d'aucuns faisaient courir le bruit qu'il était
évêque. Des caricatures le montraient célébrant la messe devant les membres de sa famille.
7) Dans sa jeunesse le futur Charles X multipliait les conquêtes féminines, fréquentant notamment l'entourage de Marie-Antoinette.
8) Henri, duc de Bordeaux, était le fils posthume du fils cadet de Charles X , le duc de Berry, assassiné sept mois avant sa naissance. Ce pourquoi on l'appela l'"enfant du miracle". Pour les
légitimistes, il aurait dû accéder au trône sous le nom de Henri V.
9 ) En septembre 1830, l'insurrection belge chasse les troupes néerlandaises et l'indépendance de la Belgique est proclamée le 4 octobre à Bruxelles. D'autre part, en Pologne, en novembre 1830,
Varsovie se soulève contre la Russie suspectée de vouloir réprimer les révolutions de France et de Belgique. L'insurrection est défaite un an plus tard par les Russes, qui se livrent à une
répression féroce, annexant pratiquement la Pologne dont beaucoup de citoyens patriotes s'exilent vers la France. Enfin, en 1831 plusieurs régions d'Italie se révoltent contre le pouvoir des ducs
et proclament "Les Provinces Unies d'Italie". Mais, faute d'un soutien de la France, le mouvement est écrasé par l'armée autrichiennes.