Lundi 21 juin 2010
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Au hasard des escaliers
Je m'y suis promené sans noter les adresses de ces lieux. A vous de les découvrir à pied pour les identifier. Ça fait du bien au
coeur comme aux jambes et ravit les yeux. Vous y trouverez, je vous le confie toutefois, au croisement des rues du Mont-Cenis et Marcadet, une très vieille dame (près de 600
printemps) qui, malgré son grand âge, est aujourd'hui fort large d'esprit. Je ne vous en dirai pas la raison. C'est votre affaire. Toutefois je ne pense pas que s'y vous vous aventurez Place du
Tertre vous y rencontrerez les deux élégantes vieilles dames atablées à la terrasse d'un café. Elles seront reparties vers leur Russie natale. Tout autant éphémère cet étrange
conciliabule entre un passant et une statue vivante. Vous trouverez plus bas une autre statue, celle du Saint évêque Denis tenant sa tête coupée entre ses mains. Il était venu, descendant
du lieu de son supplice se rafraîchir à la fontaine qui coule encore dans le square Girardon. C'est du moins ce qu'affirme sa légende. Après avoir contemplé la vigne, vous découvrirez, rue
de l'Abreuvoir, un superbe cadran solaire au mur d'une maison majestueuse. Vous n'échapperez pas au téléphérique, destiné aux jambes paresseuses et si le hasard le veut vous rencontrerez
près de sa pente un manouche avec son gamin et son piano à bretelles. Si vous descendez jusqu'au pied de la butte, côté Sud, vous constaterez que les rapins ont cédé la place au petits coquins du royaume de la libido et
vous verrez que le bonneteau attire toujours les pigeons . Mais, sur un autre ton, Dalida , fille adoptive de Montmartre, invite à l'amour dans le square des Abbesses, oeuvre signée "Rue Meurt
d'Art" , nom derrière lequel se cache le peintre muraliste Jean-Marc Paumier, également auteur de notre chère Louise Michel, discréte derrière son rideau de verdure au square Carpeaux. vous
verrez des façades fleuries, des murs aux couleurs chaudes, des amoureux enlacés sur une marche d'escalier ignorant les touristes qui montent les degrés. Vous verrez les places animées des jours
de fêtes, des terrasses de café chaleureuses, mais aussi de longs couloirs grisâtres débouchant sur la lumière du sommet de la butte. Au pied d'icelle, sur le boulevard, un
appentis insolite avec sa
façade à colombages, une statue dans sa niche et une antenne parabolique. A Montmartre, il y a des petits plaisantins, c'est connu. L'un d'entre eux a transformé la rue Burq en rue Euro. Sans
doute à cause des soldes. Vous y trouverez aussi le plus petit et plus bas placé de nos escaliers (18 marches). Il jouxte le local que les volontaires de la garde nationale de Montmartre
avaient choisi à la veille de la Commune pour s'exercer au tir. C'était au 14 de la rue des Grandes Carrières aujourd'hui appelée Eugène Carrière du nom du peintre mort en 1906. Non loin de là,
près du cimetière, vous trouverez "Les Fusains", la Cité des Artistes, avec ses deux façades à colombages. Juste en face, la façade colorée d'une insolite maisonnette blottie entre deux hauts
immeubles. Puis une des rues les plus pentues du quartier, la rue Tourlaque, que descend un autobus de la ligne 95 se dirigeant vers la porte de Montmartre. Près de là, la façade d'un immeuble
d'angle dressée droite comme un "I" comme bien d'autres dans le quartier des Grandes Carrières. Tout en bas, au nord, la mairie du 18ème arrondissement, dont Clémenceau fut le premier
magistrat à l'aube de la Commune de Paris. C'est aussi là que fut inaugurée le 11 juin 1906 la première ligne d'omnibus à moteurs, qu'on appelait déjà autobus. Cette première ligne reliait
Montmartre à Saint-Germain des prés (lien) . Les façades des immeubles du quartier
des Grandes Carrières ont un certain charme. Un peu insolite dans le décor, une statue moderne naïve au pied d'un ensemble d'habitations sociales. Au bout du chemin, le photographe soucieux de
faire partager à d'autres la magie de la Butte, fait un constat affligeant. Cherchant des angles de prises de vue, il se voit confronté à des files de véhicules défigurant le paysage le long des
rues et jusqu'aux pieds des escaliers, et comme par un fait expres c'est souvent au pied des édifices les plus pittoresques que les petits réceptacles verts de la "Propreté de Paris" viennent
participer à cette pollution visuelle.


(lien) LOUISE MICHEL IMMORTELLE
(Photos Yaqzan)