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Dimanche 28 novembre 2010 7 28 /11 /Nov /2010 22:11


...  à la barbe de Monsieur


Notre société laïque interdit le port du niqab et déplore celui du hidjab. Pourquoi devrait-elle tolérer plus longtemps l'appareil vestimentaire et la barbe déployée des intégristes de la mouvance de l'Association des Frères Musulmans abritée par l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), sachant que ces signes sont l'expression publique d'une idéologie antidémocratique auto-proclamée qui rejette nos institutions et au premier chef le droit positif fondement de notre société (lien) . Rappelons que les prêtres catholiques ont abandonné la soutane de leur plein gré dans un accord tacite avec le principe de laïcité.

Il est vrai que même s'ils se trouvaient contraints de se raser la barbe et d'abandonner leur vêtement, les "Frères", pratiquant le faux semblant (التقيٌة) * n'en resteraient pas moins fidèles à leur doctrine éminemment dangereuse pour notre organisation sociale et l'avenir sinon la survie de notre ordre social démocratique et laïque. Abstraction faite de la violence pure, les "Frères" me paraissent plus dangereux même qu'al-Qa'ida du fait de leur entreprise  d'islamisation globale du comportement et des rapports sociaux en Occident selon une stratégie à long terme et en profondeur tout autant discrète que persévérante.

Il fut un temps où, en Egypte au début des années 80, le pouvoir ayant interdit  -tout en la tolérant- l'organisation des Frères Musulmans, avait doté chaque policier d'une paire de ciseaux avec pour mission de couper les barbes au hasard des rues. Parallèlement, le gouvernement au travers de l'Université islamique al-Azhar, gardienne universelle de  l'orthodoxie sunnite, adoptait la politique dite de "l'Islam contre l'Islamisme" et développait la diffusion du discours religieux à l'école et dans les médias et tout particulièrement à la télévision, le vecteur le plus populaire. Ce discours islamique omniprésent a éclipsé depuis lors tout débat intellectuel éclairé. Le fameux et très populaire prédicateur feu Mohammed Metwalli al-Chaaraoui (Dieu le tienne en sa miséricorde ألله يرحمه) ne se vantait-il pas  à l'époque de n'avoir de sa vie jamais ouvert d'autre livre que le Coran?

Cette politique a échoué et aujourd'hui ce sont les "Frères" qui font la loi dans l'espace social et élargissent leur influence dans les organisations syndicales et politiques en entrant subtilement dans le jeu démocratique notamment électoral. Cela ne signifie pas qu'ils aient abandonné leur mot d'ordre "l'Islam est à la fois religion et état"  (الإسلام دين ودولة).

* Pratique dite de la "restriction mentale" c'est-à-dire dissimulation, utilisée dans l'histoire de l'Islam par les groupes minoritaires se sentant menacés.

Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 19:32

 

 

Lever la chape de silence qui pèse sur leur situation

 


Dans une récente chronique ",  Jacques Julliard, esprit indépendant, humaniste dépourvu de tout a priori, soulève dans le "Nouvel Observateur" le problème des persécutions que les Chrétiens d'Orient, notamment  Chaldéens d'Irak et Coptes d'Égypte, citoyens arabes autochtones dont l'enracinement dans ces pays est bien plus ancien que l'Islam, subissent de la part des intégristes musulmans notamment animés par l'idéologie des Frères Musulmans. Tout cela se passe dans l'indifférence quasi générale. Je voudrais vous faire partager cette lecture qui à mon sens mérite une large diffusion.

 Je ne voudrais pas que ma dénonciation de l'idéologie de ceux qui confondent religion et politique comme le démontre leur slogan  "al-Islam Din wa Dawla" ( الإسلام دين ودولة) et dont les séides incitent à la haine, soit interprétée comme une atteinte portée à l'Islam majoritaire, c'est-à-dire celui des Croyants qui vivent leur foi dans l'intimité de leur coeur et le respect de l'autre au sein de nos institutions républicaines laïques qui assurent à chacun sa liberté de croyance. En quelque sorte, défendre les Chrétiens d'Orient équivaut à défendre l'Islam dans son essence religieuse.

 

 

Le christianisme est devenu, de loin, la religion la plus persécutée. Mais l'Occident fait l'autruche



Ce n'est rien. Rien que des chrétiens qu'on égorge. Des communautés religieuses que l'on persécute. Mais où cela ? - Un peu partout. En Inde, au Bangladesh, en Chine, au Vietnam, en Indonésie, en Corée du Nord. Là où ils sont minoritaires. Et surtout en pays musulman. Et pas seulement en Arabie Saoudite où le culte chrétien est puni de mort. Mais en Egypte, en Turquie, en Algérie. Dans le monde actuel, le christianisme est de loin la religion la plus persécutée.
Mais c'est au Proche-Orient, là même où le christianisme a pris naissance, que la situation est la plus grave. En Turquie, les communautés chrétiennes qui sont les plus anciennes, antérieures à l'islam, sont menacées de disparition. En Egypte (coptes), au Liban (maronites en particulier), elles se replient sur elles-mêmes ou émigrent en Occident. En Irak, la guerre a précipité les chrétiens dans le malheur. Près de 2 000 morts, des populations déplacées par centaines de mille, notamment vers le Kurdistan turc, plus accueillant. On ne compte plus, à travers le Proche-Orient, les communautés attaquées, les dignitaires religieux assassinés, les églises brûlées, les interdictions professionnelles, de droit ou de fait, dont sont victimes les chrétiens. Un génocide religieux à la petite semaine.
Ajoutez à cela que les divisions internes sont innombrables et donnent le vertige, rapportées à la faiblesse des effectifs. Sur environ 14 millions de chrétiens d'Orient, environ 5 millions sont catholiques. Les autres, orthodoxes, monophysites, nestoriens, portent la trace de l'immense débat christologique des IVe et Ve siècles de notre ère. Les nestoriens affirment la dualité des personnes dans le Christ : une personne divine, le logos, une personne humaine, Jésus.
En sens inverse, les monophysites affirment que l'humain et le divin constituent dans le Christ une seule nature. C'est le cas des coptes orthodoxes.
Pendant des siècles, les musulmans, venus ensuite mais devenus majoritaires, et les chrétiens ont fait bon ménage. Que se passe-t-il donc depuis cinquante ans ? D'abord, le réveil de l'islam sous une forme agressive et identitaire, comme si le Proche-Orient appartenait exclusivement aux musulmans. Ce sont les Frères musulmans qui mènent les attaques contre les coptes égyptiens : à Nag Hammadi, à 60 kilomètres de Louxor, en Haute-Egypte, une voiture a mitraillé les fidèles qui sortaient de la messe de Noël (6 janvier 2010). Bilan : sept morts. Par un paradoxe qui n'est qu'apparent, la démocratisation des régimes renforce l'intolérance et l'exclusivisme musulmans : les chrétiens d'Irak étaient moins menacés sous la dictature de Saddam Hussein qu'ils ne le sont aujourd'hui. Les despotes étaient le plus souvent héritiers du pluralisme traditionnel. Dans la quasitotalité de ces pays, l'islam est désormais la religion d'Etat. Et le djihad anti-occidental ainsi que l'agression américaine en Irak ont transformé les chrétiens en représentants de l'Occident maudit.
C'est à la lumière d'une disparition prévisible à court terme, si rien n'est fait, que le pape a convoqué un synode des évêques d'Orient (10 au 24 octobre 2010) pour tenter d'attirer l'attention sur ces persécutions et de passer un nouveau pacte pacifique avec les populations musulmanes.
Pendant ce temps, l'Occident fait l'autruche. Pour ma part, ayant passé la plus grande partie de ma vie militante à défendre des populations musulmanes (Tunisie, Algérie, Bosnie, Darfour), j'ai pu constater que, chaque fois qu'il fallait le faire pour des chrétiens (Liban, Sud-Soudan), on voyait, à quelques exceptions près (Bernard-Henri Lévy Bernard Kouchner), les professionnels des droits de l'homme se défiler. Une sorte de Yalta culturel d'un type nouveau est en train de s'instaurer de fait : en Orient, le monopole d'une religion unique de plus en plus intolérante, l'islam. En Occident, le pluralisme, la tolérance et la laïcité. Ce Yalta est, comme l'autre, générateur de guerre froide, pour ne pas dire davantage. Il faut donc, sans arrière-pensée ni faiblesse complaisante, défendre le droit des chrétiens d'Orient à l'existence.
 

 

Jacques Julliard



Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : PARLONS FRANCHEMENT
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Samedi 13 septembre 2008 6 13 /09 /Sep /2008 20:27


Quelques clés pour tenter de comprendre



Le christianisme et l'Islam n'ont jamais fait bon ménage. C'est un constat historique. Mettons à part les guerres qu'ils se sont livrées, notamment lors des croisades en Espagne et au Levant, puis  l'inquisition qui a poursuivi les morisques tout autant que les juifs, et examinons plutôt l'état de leur rapports dans les intervalles de ces événements paroxystiques.

Mis à part Dante, qui a réservé à Mahomet une place dans l'Enfer de sa "Divine Comédie"  et Voltaire, qui a pris la plume pour écrire son "Mahomet, ou le Fanatisme", les apologistes  des deux camps se  sont durement affrontés durant des siècles et si il y a eu dans la première moitié du XX-ème siècle une relative accalmie, les controverses ont resurgi de nos jours avec le nouveau développement  du fondamentalisme musulman et en dépit de la volonté d'apaisement manifestée par l'église catholique après le concile Vatican-II.

En réalité et jusque dans les périodes de relative tolérance mutuelle, il n'y a jamais eu au mieux entre l'Islam et la Chrétienté  qu'une cohabitation sans réelle intimité et encore moins fraternité, exception faite des rapports entre individus éclairés de l'une et l'autre communautés.
Voir à propos du statut des minorité en pays d'Islam:   ALGÉRIE ET PROSÉLYTISME ÉVANGÉLIQUE

Faire de l'angélisme dans l'approche de l'Islam à l'instar du Père Michel Lelong, théologien et islamologue ardent militant de la réconciliation,  n'est sans doute pas la meilleure façon d'avancer vers une harmonisation des rapports islamo-chrétiens. Mieux vaut regarder les réalités en face pour mieux appréhender les points de convergence et de divergence et en faire une analyse historique dans une approche scientifique libérée des a priori religieux et, de ce fait, propice à une compréhension réciproque. Cette démarche est depuis des années réclamée par des intellectuels musulmans en lutte contre l'intégrisme, comme les égyptiens Mohamed El-Eshmaoui, Fouad Zakariya et Farag Foda (assassiné en 1992 au Caire par des fanatiques) ou le tunisien Abdelwahab Meddeb.

Un pas vers l' "Autre"

Du côté chrétien, nombre de religieux, notamment jésuites et dominicains, comme Georges Anawati ou Jacques Jomier entre autres ont produit des études scientifiques de parfaite impartialité sur l'Islam, et certains islamologues chrétiens ont ressenti une attirance pour cette religion, particulièrement dans le domaine de la mystique soufie. Le plus prestigeux, Louis Massignon (1883-1962), a pris l'intiative de promouvoir un rapprochement fondé sur l'origine Abrahamique commune des trois religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam). Il a été aussi le créateur  en 1954 du pèlerinage annuel de Vieux-Marché en Bretagne (Cotes-d'Armor) voué aux "Sept Dormants d'Ephèse", mythe commun à l'Islam et au Christianisme. Ce pélerinage auquel participent chrétiens et musulmans subsiste encore aujourd'hui, mais si louable soit-elle on doit convenir que l'initiative du pr. Massignon n'a guère dépassé le cadre  du symbole.

Du côté musulman,  force est de constater qu'il n'y a pas eu d'entreprises équivalentes  de la part des intellectuels et oulémas . Leur discours, qui ne s'est pour ainsi dire jamais affranchi de l'emprise religieuse, a toujours été essentiellement apologétique et polémique avec, de  ce fait, un constant dédain de l'approche historique au sens scientifique du terme.

Pour comprendre les composants du malentendu, il faut sans doute se reporter aux plus lointaines origines des deux religions et tout naturellement à la personnalité de l'un et l'autre des deux fondateurs dont elles se réclament respectivement, à savoir Jésus de Nazareth et Muhammad (Mahomet).

Aucune personne sensée ne s'aviserait de mettre en doute l'existence de Jésus mais il faut bien constater que nous ne savons de lui que ce que nous en disent les évangiles. Il est en quelque sorte perçu dans le subconscient  chrétien comme un personnage mythique plutôt qu'historique.

En revanche, Muhammad, né en 570 de notre ère à la Mecque et mort en 632 à Médine est un personnage incontestablement historique. N'est-il pas en effet  contemporain du roi mérovingien Dagobert 1er.

Fait religieux et  fait politique

Jésus a vécu en Palestine sous l'occupation romaine contre laquelle il n'a jamais prêché le combat. Souvenons-nous du fameux  "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu". En ces termes, le nazaréen séparait radicalement le religieux du politique, ce qui aujourd'hui nous interpelle plus que jamais.

Tout au contraire, après avoir transmis à la Mecque ses révélations divines en des termes souvent empreints de grande spiritualité, parfois allégoriques et d'une étrange beauté poétique,   Muhammad, s'étant par la suite exilé avec ses fidèles à Médine pour échapper aux menaces des Mecquois demeurés païens, s'est transformé en législateur et a fondé un état. Aux sourates coraniques mecquoises sont venues alors s'ajouter les sourates médinoises où sont établies les règles sur lesquelles s'est organisée la communauté des croyants. Dans le religieux se fondait ainsi le politique. Il y a là matière à méditer de nos jours où cette question de la confusion ou séparation des deux domaines est de brûlante actualité.

Vaincu et humilié

Jésus de Nazareth, selon les évangiles,  a sanctifié l'humilité, la pauvreté, la douleur. Les "béatitudes" du fameux sermon sur la montagne sont là pour en témoigner: "heureux les pauvres en esprit (les humbles) car le Royaume des cieux est à eux", "Heureux les affligés ...", "Heureux ceux qui sont persécutés" etc .

De fait, la grandeur de Jésus, dans le subconscient chrétien, est fondée sur les humiliations mêmes qu'il a subies, sa mort dans l'ignominie, sous les injures et les crachats de la foule. Le Nazaréen représente humainement l'image du vaincu.

Vainqueur et conquérant

Chef d 'état, Muhammad a dû revêtir les habits du guerrier contre les tribus païennes d'Arabie. Et il a été un vainqueur comme l'ont été ses successeurs, qui en l'espace d'un siècle seulement, ont établi le pouvoir de l'Islam de l'Arabie jusqu'aux confins de l'Asie, du Maghreb et de l'Espagne. C'est plus encore que l'espace de l'empire romain à son apogée.

Muhammad, avant de devenir prophète a été un riche commerçant caravanier et il est intéressant de noter que l'Islam a toujours respecté la richesse bien acquise et tenu le commerce en estime alors que les églises chrétiennes, à l'exemple de Jésus, ont en quelque sorte sanctifié la pauvreté au point d' être parfois accusées de privilégier le pouvoir des nobles et des riches.

Comment ne pas être tenté de voir dans ces traits antinomiques des figures  de Jésus et Muhammad un élément fondamental sinon la clé du malentendu islamo-chrétien qui persiste jusqu'à nos jours.

Divergences et convergences

 L'Islam, pour qui Muhammad est "le Sceau des Prophète", à savoir l'ultime, se présente comme le retour définitif à la "révélation véridique" faite aux juifs et aux chrétiens , qui l'auraient falsifiée, trahie dans sa substance . C'est sur quoi est fondée la condamnation de l'apostasie pour les musulmans comme l'interdiction du prosélytisme chrétien ou autre en terre d'Islam
ALGÉRIE ET PROSÉLYTISME ÉVANGÉLIQUE (3-ème par). Le Coran reconnaît toutefois aux juifs et aux chrétiens la qualité de "Gens du Livre" et leur accorde à ce titre le droit à un traitement juste.

Il est fait aussi reproche aux chrétiens comme au juifs d'avoir effacé de leurs écritures l'annonce de la venue future d'un "prophète qui serait appelé Muhammad". Jusqu'à aujourd'hui des oulémas évoquent l'existence de l'évangile dit de Barnabé qui mentionne cette venue du prophète de l'Islam et que les églises chrétiennes qualifient de "pseudo-évangile".

 Le Coran reconnaît un prophète en la personne de Jésus, qu'il nomme Aissa,    né du souffle de Dieu et Messie qui reviendra sur terre à la fin des temps, mais il condamne les chrétiens pour l'avoir divinisé et prétendre qu'il est mort en croix alors qu'il aurait été transporté vivant au Paradis. De même le Coran réserve une part éminente à la Vierge Marie à laquelle une sourate du Livre est consacrée. En somme, Marie est bien plus présente dans le Coran que dans les évangiles. En fait, à propos des chrétiens, le Coran souffle le chaud et le froid. Parfois il  les loue, parfois les condamne.

IL y a dans tout cela à l'évidence matière pour un débat sans a priori, une autre clé pour la dissipation du malentendu.

Il est évident qu'au gré des vicissitudes des rapports entre l'Islam et le Christianisme, qui ont le plus souvent été conflictuels ou empreints de méfiance réciproque, la conscience populaire musulmane a le plus souvent retenu les aspects les moins favorables à l' "Autre". Ainsi dans la première sourate du Coran, la "Fatiha" (l'Ouverture), il est écrit notamment "guide-nous sur la voie droite, la voie dont tu nous a gratifiés à l'exclusion des égarés et de ceux qui ont encouru notre colère". Bien qu'aucune exégèse ne le permette, beaucoup de musulmans continuent jusqu'à aujourd'hui de prétendre que les "égarés" sont les chrétiens et "ceux qui ont encouru notre colère"  les juifs, ou inversement.

Certaines idées reçues ont la vie dure dans la conscience populaire et  aussi négligeable que cet exemple puisse paraître, cela constitue plus qu'aucun discours hostile autorisé, un obstacle sur  la voie de la conciliation.


Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /Sep /2008 02:52

Vu de ma fenêtre


Des cinq  obligations, ou piliers *,  de l'Islam, le Ramadan est incontestablement la plus largement sinon unanimement respectée dans le monde musulman en général et en Egypte en particulier. Cela tient sans doute à son caractère affirmé de communion et solidarité dans la longue épreuve du jeûne diurne et de convivialité chaleureuse dans la joie de sa rupture nocturne. 
                                                                                                                  Photo Yaqzan
Les non-pratiquants eux-mêmes la respectent dans la mesure où s'ils n'observent pas le jeûne, il ne le laissent pas paraître ostensiblement (جهرًا). L'enfreindre  en public est mal toléré et peut être considéré dans le pire des cas comme une provocation et pour le moins comme une indécence ou un manque de courtoisie.

Au delà de la communauté musulmane


A cet égard on peut considérer que, dans la mesure ou il opère  en quelque sorte une métamorphose du cadre de la vie sociale pour  la durée d'un mois ,  le Ramadan  impose son originalité au delà de l'espace communautaire musulman.   Aussi, le chrétien égyptien, copte ou d'autre confession, et  le résident étranger ne peuvent s'abstraire de cette réalité. Généralement, sur leur lieu de travail, les non-musulmans s'abstiennent par courtoisie de manger, de fumer ou de boire devant leurs collègues musulmans.

Dans les restaurants d'un certain niveau fréquentés habituellement par la bourgeoisie ou les étrangers, on ne sert pas de boissons alcoolisées pendant le Ramadan. Cela tient le plus souvent à la volonté des serveurs plutôt qu'à celle de leur direction, qui n'a rien à gagner à cette restriction.

Comme nous l'avons exposé plus haut, le jeûne est quasi-unanimement respecté et certains fidèles vont même au delà de leur obligation lorsque malades, ils s'abstiennent d'ingérer leurs médicaments alors qu'ils y sont autorisés par la loi religieuse. Ils sont souvent réprimandés pour cela.

 Lorsque le Ramadan tombe en période estivale, l'abstinence de boisson est particulièrement pénible et engendre parfois une certaine nervosité dans le comportement. On voit souvent au Caire, les portiers d'immeubles occupés à arroser  interminablement  le sol perpétuellement poussiéreux des trottoirs, porter le bec de leur tuyau d'arrosage à la bouche pour la rincer et recracher aussitôt le liquide tant désiré mais en ces jours inter
dit.

Sensations et images particulières

De la large baie vitrée de mon bureau, dans centre du Caire,  je pouvais voir la Citadelle. Les soirs de Ramadan, peu avant le coucher du soleil je m'y postais  pour observer sa silhouette assombrie, guettant les coups de canon qui allaient annoncer l'instant officiel de l'Iftar, la rupture du jeûne (الافطار).

Déjà, une demi-heure auparavant, au vacarme assourdissant de la rue cairote, véritable autel à la gloire du "Dieu Décibel", avait succédé un silence absolu, étrangement enveloppant, pour ainsi dire palpable mais fragile, et Je me surprenais à imaginer que le tintement des couverts préparés dans les maisons avoisinantes pour le repas tant attendu pourrait parvenir jusqu'à moi. 

Je préférais attendre encore quelques minutes avant de sortir et prendre ma voiture pour rentrer chez moi. Les rues sont en ces moments particulièrement dangereuses. Les retardataires pressés par la faim conduisent leurs véhicules à une vitesse folle sans se préoccuper des feux rouges pour se joindre au plus vite à leur famille ou à leurs amis et partager l'iftar, ce moment suprême  de chaleur familiale ou de convivialité amicale.

Sorti enfin, je pouvais voir ici et là sur les trottoirs, dans la pénombre, de longues tables formées de planches dressées sur des tréteaux pour le repas offert aux moins fortunés par les "restaurants du Miséricordieux", "Mata'em ar-Rahman" (مطاعم الرحمان).


Lampions venus d'un lointain passé

J'habitais Zamalek dans l'île de Gazira, un quartier résidentiel mais de grande mixité sociale abritant de nombreux commerces. Après le repas du soir, la nuit déjà avancée, me promener dans ses rues était pour moi un ravissement. Une foule épanouie déambulant en famille d'un pas lent devant les étals, une orgie de lumière faisant reluire la peau lisse des fruits disposés en pyramides (serait-ce une obsession), les porches des maisons et les devantures des boutiques éclairées par des lampions colorés appelés "fanous" (فانوس).

Ces lampions sont très vraisemblablement un vieil héritage des temps pharaoniques, où, selon le géographe grec Hérodote, les anciens égyptiens célébraient une fête dite des "lampes ardentes", que rappelle sans doute la fête Copte de l'Epiphanie "al-ghetas" (الغطاس) commémorant le baptême de Jésus et où  la population sortait autrefois la nuit en procession dans la plus grande gaieté, à la lumière des lampions, avant de plonger dans l'eau du Nil sensée protéger des maladies. Ces festivités, liées au vieux culte rendu au Nil,  ont été décrites par les historiens arabes dès le X-ème siècle de notre ère (notamment Al-Mas'oudi dans ses "Prairies d'Or). Selon eux,  toute la population y participait,  chrétiens et  musulmans réunis.

Fruits secs

Pendant les nuits de Ramadan, les égyptiens, du moins au Caire,  font une  grande consommation de "no'l" (نقل), à savoir des fruits secs, amandes, noisettes, pois-chiches et pépins de pastèques ou de courges séchés, passés au four et salés.

Très grande consommation en réalité; et ce phénomène est devenu depuis des années ce qu'on appelle dans le jargon de la presse, un "marronnier" à savoir le sujet dont il faut impérativement traiter chaque année en des termes immuables. C'est ainsi qu'à l'occasion dث Ramadan, la radio, la télévision, la presse prodiguent chaque année leurs conseils de modération aux ménagères faisant valoir qu'il n'est pas raisonnable de grever le budget familial avec ces friandises. Peine perdue. Les adultes grignotent inlassablement en regardant les nouvelles séries télévisées de Ramadan, autre "marronnier" qui alimente toutes le conversations, et  personne ne s'aviserait de priver les enfants  de friandises en ce mois qui pour eux est surtout  une longue fête  leur permettant  de   se coucher tard et rêver au beau costume ou à la belle robe qui leur seront offerts à l'occasion de l'Aïd, qui consacre la fin du jeûne.

رمضان كريم

*
1/ L'affirmation de l'unicité de Dieu Shahada  الشهادة
2/ La prière rituelle Salat  الصلاة
3/ L"aumone légale Zakat  الزكاة
4/ Jeûne de Ramadan Siyam  صيام رمضان
5/ Pèlerinage à la Mecque Hajj  ّالحج


Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 19:56

Ou le confort béat de l'anesthésie intellectuelle

En vérité je te le dis
Dors en toute sérénité
Tout est déjà écrit
Il n'y a pas à innover


J'ai retrouvé dans mes archives un texte arabe vieux de quelques années mais qui est plus que jamais d'actualité dans la mesure où il est l'exacte expression des convictions intégristes abondamment prêchées aujourd'hui. Je vous livre la traduction des passages essentiels de ce texte que j'estime doublement exemplaire.

1°) Exemplaire  pour qui lutte contre l'obscurantisme et  y trouvera un encouragement à poursuivre le combat.

2°) Exemplaire pour qui préfère  le confort  des  certitudes qui lui sont assénées lui épargnant l'effort de se poser des questions, et lui offrant ce faisant la  quiétude béate du vide intellectuel.

A noter que l'esprit de ce manifeste n'est pas propre à l'Islam mais à tous les intégrismes

"La démocratie est un principe contraire à l'Islam".

Tel est le titre de ce texte publié dans le quotidien saoudien Asharq-alawsat et signé Mohamed  Mahmoud  Mandoura, universitaire.

En voici l'essentiel: "... Si on examine la définition de la démocratie dans le détail concernant la relation entre le peuple et le gouvernant, on constate que la démocratie est de façon flagrante en contradiction avec l'Islam...

" Les fondements sur lesquels repose la démocratie sont les suivants:

1°/ La séparation de la religion et de la vie.

2°/ La communauté est la source de la législation et des pouvoirs et c'est elle qui établit le régime (politique) et les lois par décision majoritaire.

3°/ Consécration et  garantie  des libertés individuelles telles que la liberté de croyance, la liberté d'opinion, la liberté de  propriété et la liberté personnelle...

" Or chacun de nous sait que l'Islam est un système de vie intégré (1) dont découle l'ensemble de l'organisation de la vie y compris le politique, le social et l'économique. En Islam il n'y a pas de séparation entre la religion et la vie. La "gouvernance" (2) n'appartient qu'à Dieu seul et les sources de la législation islamique sont bien connues:

"Ainsi il n'y a pas dans l'Islam consécration de la liberté dans son concept absolu tel qu'on le trouve en démocratie et bien que l'Islam par exemple n'oblige pas les gens à épouser une croyance précise, il n'autorise pas le musulman à changer de religion et celui qui sort de l'Islam est considéré comme un apostat à qui est appliquée la sentence prescrite dans ce cas. (note du trad: la mort selon les extrémistes bien que le Coran soit muet sur ce sujet). (voir)  
ALGÉRIE ET PROSÉLYTISME ÉVANGÉLIQUE  (paragraphe 3)

" La libre propriété individuelle telle qu'elle est conçue en démocratie n'existe pas en Islam. L'Islam définit les sources de la propriété et ne permet pas son acquisition par les moyens de l'usure,  de la spéculation  ou du gain excessif.

"La liberté personnelle telle qu'elle est conçue en démocratie n'existe pas dans l'Islam. Ainsi, il n'est pas permis aux femmes de marcher dans la rue à demi-nues et l'Islam interdit la mixité, la luxure et l'homosexualité entre autres nombreuses choses."

"Et ici nous arrivons à la conclusion que la démocratie est étrangère à l'Islam qu'elle enfreint de manière manifeste;  et il n'y a sur ce point aucune place pour le doute ..."


(1) منهاج متكامل  Aveu d'intégrisme on ne peut plus explicite.

(2) J'utilise à dessein ce néologisme pour traduire précisément celui employé par l'auteur, à savoir حاكمية "hakimiyya", mot inexistant dans les dictionnaires arabes et inventé par les islamistes radicaux pour  désigner le pouvoir absolu de Dieu sur l'organisation de la société civile.  Ce qui correspond au slogan des Frères Musulmans:  "L'Islam religion et état"  الاسلام دين ودولة

Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Lundi 11 août 2008 1 11 /08 /Août /2008 03:51

Autour d'un héritage païen
                                                                                                                                                               

                                                                                                                                                               
Il est en Egypte une fête dont l'origine se perd dans la nuit des temps et qui réunit une fois l'an Chrétiens et Musulmans dans un même rituel au parfum de paganisme.

Nous voulons parler de "Shamm en-Nessim", (humer le zéphyr printanier), célébrée le lundi de la pâque copte orthodoxe, qui coïncide avec la période de l'équinoxe de printemps. Il s'agit de toute évidence de la survivance d'un rite agraire de fécondité sans doute pratiqué déjà dans l'antiquité pharaonique.

Ce jour-là, au Caire notamment, une foule d'hommes, femmes et enfants, toutes religions confondues, sort dès le matin pour envahir les lieux de verdure, jardins publics, le parc zoologique, où ils déjeuneront  sur l'herbe.

Beaucoup embarquent sur les navettes fluviales dans une débauche de couleurs joyeuses et un  grand charivari de chants, tambourins, jets de pétards, pour descendre le Nil en direction du nord jusqu'aux magnifiques jardins des Qanater el-Kairiyya, barrages construits au XIXème siècle à l'initiative du vice-roi Muhammad-Ali.  Déjà, lors de son séjour en Egypte de 1833 à 1835, le voyageur anglais Edward William Lane avait noté ces petites croisières vers le nord en cette occasion (Manners and customs of the Modern Egyptians).



Tous sont munis de paniers à pique-nique composés d'oeufs durs diversement colorés,  de rameaux de  pois-chiches verts, laitue, lupins,    ail, oignons, feuilles de vignes farcies et aussi de "fessikh", produit "haut en odeur" qui mérite qu'on s'attarde un instant sur sa description. Il s'agit de poisson, plus précisément de muge ou mulet (en Arabe bouri) conservé en saumure. Les poissons, dont la tête est préalablement farcie de sel, sont disposés dans des barils par couches superposées,  séparées les unes des autres par une couche de sel. On dispose une grosse pierre sur le tout pour le compresser afin d'exprimer le liquide contenu dans la chair du poisson. Le produit est prêt à consommer au bout de deux ou trois semaines. Les filets de fessikh sont mangés arrosés d'huile et de citron avec du persil.

 Il y a quelques années cette consommation avait provoqué de nombreux cas de botulisme dont plusieurs mortels. Les autorités avaient par la suite saisi plusieurs tonnes de fessikh avarié fabriqué sans licence et des incitations  à la prudence avaient été diffusées.

Dans les campagnes, la tradition veut que le matin au saut du lit, on hume des oignons verts écrasés avant d'en répandre le jus au seuil des maisons pour les protéger des maléfices. Cette tradition a conduit  certains voyageurs européens des siècles passés à considérer que les Egyptiens rendaient un culte divin à l'oignon. alors qu'il  s'agit en réalité d'une pratique prophylactique.

Aujourd'hui, on ose à peine rêver que ce souffle du printemps, expression symbolique d'un fond culturel commun à tous les Egyptiens puisse contribuer à rétablir la concorde entre les  communautés copte et musulmane de ce pays aux racines millénaires. Malheureusement la propagande constante et envahissante de l'Association des Frères musulmans, qui s'exerce  partout et jusque dans les écoles primaires, incite la population musulmane la moins éclairée au mépris de leurs concitoyens coptes y compris jusqu'à  la provocation et l'injure publiques .
voir PROSÉLYTISME CHRÉTIEN EN ALGÉRIE par.7.

Pourtant quelques uns gardent espoir, comme l'acteur populaire Adel Imam, qui vient de réaliser et produire un film intitulé "Hassan et Morqos", qui raconte l'histoire d'un prédicateur musulman et d'un prêtre copte tolérants en butte à l'hostilité des extrémistes des deux bords. Le prêtre se déguise en musulman et trouve refuge chez le prédicateur. Les deux se forgent un destin commun dans leur combat.

Le rôle du prêtre est tenu par Adel Imam et celui du prédicateur par Omar Sharif. Symbolique ou non, le fait que Omar Sharif, né Michel Shalhoub, est d'origine chrétienne, ne manque pas de nous interpeller.

La distribution du film s'est heurtée à de multiples difficultés notamment auprès de chaînes TV satellitaires arabes. Il fallait s'y attendre.
Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Egypte
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Mercredi 6 août 2008 3 06 /08 /Août /2008 16:46

Il était une fois ...
                              les "Assassins"


Bien avant que Ben Laden n'entreprenne de répandre la terreur  en Orient et Occident au nom d'un Islam radical dont les contours doctrinaux sont fort mal définis, naissait  en Perse, il y a près de mille ans une communauté islamique schismatique (ismaélienne, branche du chiisme) qui érigea l'assassinat politique en méthode systématique de combat contre ses ennemis, en l'occurrence le pouvoir islamique orthodoxe (sunnite).

Ce combat dura deux siècles, et la secte, qui se répandit de Perse jusqu'en Syrie, notamment à l'époque des croisades, fut connue sous le nom de "Ordre des Assassins". Ce nom lui avait été attribué par ses adversaires et victimes qui prétendaient que ses adeptes  étaient des "haschishiyine", agissant sous l'effet du cannabis, en arabe de l'époque "haschish el-fuqara'" (herbe des derviches) aux effets euphorisants. En réalité, les membres de la secte s'appelaient entre eux "rafiq" (compagnon) ou "fida'i" , c'est-à-dire homme prêt à sacrifier sa vie pour sa cause et son maître.

Les exploits de la secte furent tels qu'ils nourrirent d'une manière inouïe l'imaginaire des société européennes de l'époque au point que le mot assassin fut adopté par la plupart des langues d'Europe. Les faits et gestes de la secte firent l'objet de nombreux récits et contes plus ou moins fantaisistes et évoqués jusque  dans la poésie des troubadours. Dante Allighieri, lui-meme,  a réservé une place  aux Assassins dans son fameux "Enfer". Aujourd'hui encore le terme d'assassin est utilisé chez nous en Droit positif dans le sens de meurtre avec préméditation ou sur commande, très exactement comme le vocable originel emprunté il y a près de dix siècles

Cette secte ismaélienne était issue d'une dissidence de l'Ismaélisme du califat fatimide d'Egypte. Elle était connue sous le nom de Nizariyya par référence à Nizar, fils ainé du calife el-Mustansir, que le pouvoir fatimide avait évincé au profit de son frère cadet el-Mustaali.

Elle fut créée par Hassan ibn as-Sabbah, un homme savant initiés aux sciences religieuses et profanes et  nourri non seulement de l'héritage islamique mais aussi et surtout de celui des philosophes grecs néoplatoniciens et des religions de la Perse antique, zoroastrienne notamment,  sans négliger certaines croyances juives ou chrétiennes. Pour définir schématiquement la doctrine ésotérique néo-ismaélienne, on pourrait dire que la nouvelle prédication devait être conduite par une succession d'imams jusqu'à l'accession de l'homme à "l'Intellect universel" , une résurrection à partir de laquelle  la Loi (charia) et ses préceptes  perdraient toute raison d'être.


Hassan ibn es-Sabbah (enluminure)

Hassan ibn es-Sabbah établit sa communauté dans une forteresse des montagnes du nord de la Perse, près de la mer Caspienne. Cette forteresse bâtie sur le mont Alamout, n'était accessible  que par un  étroit goulot creusé entre deux falaises immenses et s'ouvrant sur une longue vallée fertile, véritable réserve alimentaire. La forteresse d'Alamout était donc inexpugnable et le demeura pendant deux siècles jusqu'à sa destruction par les envahisseurs mongols de Gengis Khan et de son fils Hulagu.

Le Temps des poignards

Le première des nombreuses victimes des sicaires de Hassan ibn es-Sabbah fut Nizam el-Mulk, homme d'état prestigieux, fin politique, amoureux des sciences et défenseur éclairé de l'Islam orthodoxe. Mais ce célèbre vizir du sultan seldjoukide d'Ispahan Alp Arslan puis de son successeur Malik Shah était un ennemi juré des doctrines ismaéliennes ce qui lui valut de périr sous le poignard d'un fida'i.

Certains ont écrit que la secte de Hassan ibn es-Sabbah pratiquait les attentats suicides. En fait, contrairement à la pratique actuelle d'al-Qaeeda de Ben Laden, il ne s'agissait pas d'actions kamikaze aveugles mais d'assassinats très précisément ciblés. Les exécutants opéraient généralement à l'aide d'un poignard au terme d'une tactique d'infiltration dans le proche entourage  des personnages visés dont on captait la confiance. Le fida'i était tout naturellement pris immédiatement sur le fait et exécuté et c'est pour cette raison seulement qu'on pouvait parler d'attentat suicide.

Les innombrables victimes de Hassan ibn es-Sabbah et de ses successeurs, si l'on met à part quelques combats guerriers, furent toutes des notables du pouvoir, fonctionnaires, responsables militaires, dignitaires religieux sunnites, préfets, vizirs, ministres, juges (cadis) . L'assassinat du calife abbasside el-mustarshid leur fut également imputé.

L'un des épisodes les plus étonnants de "l'épopée des assassins" fut la proclamation du "Millénium", à savoir la Résurrection spirituelle portant abolition de la Loi, par Hassan ibn Muhammad, arrière petit- fils du premier maître d'Alamut. En plein mois de Ramadan, se poclamant "Imam du Temps", descendant de Nizar, il fit rompre le jeûne et convia ses disciples a boire du vin et leur ordonna impérativement de ne plus observer la Charia.

Il fut suivi sur la même voie en Syrie par Sinan maître des néo-Ismaéliens de Qadmus et autres forteresses du nord du pays alors théatre des combats entre les croisés francs et les musulmans sunnites conduits par Saladin. Il y eut entre les Francs et  Sinan, appelé "Le Vieux de la montagne" dans les traditions, une cohabitation faite d'une succession d'alliances de circonstance et de conflits armés. Le roi de Jérusalem Conrad de Montferrat à peine intronisé tomba sous les coups du poignard d'un sicaire de Sinan en 1192, soit cent ans très exactement après la création de l'Ordre nizarite de Hassan ibn es-Sabbah maître d'Alamut. Il y eut même , dit-on,  des tentatives contre Richard Coeur de Lion et Saladin mais leur origine n'a pas été clairement établie, compte tenu des rivalités qui existaient à l'intérieur même des divers camps.


Conrad de Montferrat (musée de Versailles)


La fin d'Alamut et le temps de la sérénité

Dans le dernier quart du XIIIème siècle, les mongols mirent fin au règne des Ismaéliens nizarites de Perse mais le fils de Rukneddine , dernier maître d'Alamut, engendra une lignée d'imams qui à partir du XIXème siècle furent connus sous la dénomination d'Agha Khan. Ils prirent Bombay, en Inde,  pour siège de la communauté ismaélienne dite des khodjas, dont les préoccupations spirituelles et temporelles innocentes sont aujourd'hui fort éloignées de celles de leurs ancêtres d'Alamut.

 Les deux derniers Agha Khan se sont fait connaître par leurs richesses, leur écuries de courses, mais aussi leurs mécénats culturels et de bienfaisance. Le dernier, Karim , 49ème de la lignée des imams ismaéliens, a créé le prix Agha Khan d'Architecture musulmane dont le français Jean Nouvel a été lauréat en 1987  pour sa conception de l'immeuble de l'Institut du Monde Arabe (IMA) à Paris.

Muhammad Shah Agha Khan, son père, a son mausolée en Haute-Egypte, près d'Assouan sur une colline surplombant le Nil. Lorsqu'il désigna son fils Karim pour lui succéder, Muhammad Shah avait déclaré que "en raison des transformations radicales survenues dans le monde", il était "de l'intérêt de la communauté" que son successeur "soit un jeune homme élevé dans l'esprit des temps nouveaux... "

Mausolée de Muhammad Shah (ph. www. Nomao)

Karim Agha Khan règne sur une communauté de quelque vingt millions de fidèles dans le monde. Ils sont encore quelque 50.000 dans le nord de la Syrie, où l'on a trouvé de précieux manuscrits anciens concernant les fondements de la doctrine ismaélienne.





Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Jeudi 17 juillet 2008 4 17 /07 /Juil /2008 21:47

Voile, foulard, burqa, hijab, niqab: cacophonie autour d'une question simple.

J'en ai par dessus a tête de répéter en vain à longueur d'articles sur mon blog que rien dans le Coran n'oblige les femmes à porter un voile. Voir:
BURQA, ISLAM ET CONSEIL D'ETAT

Le quotidien "Le Parisien" est revenu jeudi 16/08 sur l'affaire de la Burqa. Il lui consacre pas moins de deux pages où, d'une part, m. Mohamed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman déclare le port de la Burqa injustifié mais continue d'affirmer que le port du voile est une prescription religieuse, tandis que d'autre part, Mme Fadela Amara secrétaire d'Etat déléguée à la ville déclare que la burqa et le voile doivent être  bannis l'une comme l'autre.

J'estime que l'Islam aura fait son "aggiornamento" lorsqu'un responsable musulman du rang de m. Moussaoui aura eu le courage de reconnaître publiquement que le port du voile n'est pas une prescription coranique mais un simple fait de société pouvant être remis en cause sans pour autant remettre en cause la conviction religieuse.  De deux choses l'une: ou m. Moussaoui est convaincu et je me demande sur quoi repose sa conviction, ou bien il a peur des réactions hostiles de ceux qui parmi ses co-religionaires sont ignorants, obscurantistes, incapables d'exercer l'effort personnel d'interprétation du Texte nécessaire à l'accession de l'Islam à la modernité (ijtihad). Actuellement, l'Islam est malade. Ce n'est pas moi qui le dit -même si je le pense- mais des intellectuels musulmans éclairés que beaucoup, y compris m. Moussaoui, connaissent bien mais ne veulent pas entendre.

Malgré mon ras-le-bol je cite à nouveau le seul passage du Coran sur le sujet qui nous occupe. Le texte déclare : "dis aux croyantes de rabattre leurs voiles sur leur poitrines". Il ne dit pas "dis aux croyantes de porter un voile et de le rabattre sur leur poitrine". C'est très simple. Le voile en question était un appareil vestimentaire traditionnel et son port, donc, un simple fait de société. La seule prescription était d'en rabattre les pans sur la poitrine. Aucune femme, musulmane ou non, que je sache, se promène aujourd'hui en ville les seins nus.

Quant à Fadela Amara, lorsqu'elle parle du voile, de quoi parle-t-elle? S'il s'agit du voile islamique d'inspiration wahhabite répandu aujourd'hui dans la plupart des pays musulmans, je lui donne entièrement raison de vouloir le bannir. En outre, le voile en question est appelé "hidjab" par les arabes alors que le Coran n'utilise nulle part ce mot dans cette acception.

Mais s'il s'agit tout simplement d'un foulard, un fichu. cela ne me choque pas à condition que le port en soit librement choisi. Autrefois, ma mère et ma grand-mère, catholiques, portaient un fichu et beaucoup de femmes le portent aujourd'hui encore, surtout à la campagne. Simple tradition vestimentaire. Mme Amara est d'origine Kabyle et elle doit bien savoir qu'en Kabylie, les femmes portent un joli foulard coloré appelé "tafunart". Qu'une kabyle le porte à Paris ne m'indisposerait pas, bien au contraire.


Costume tradtionnel kabyle actuellement menacé par les intégristes (phot. Travel webshots)

Ce qu'il faut bannir, c''est tout ce qui est imposé dans un sens discriminatoire et tout ce qui enlaidit la femme. Une petite anecdote à ce propos. Au Caire, une de mes collègues égyptienne se promenait dans la rue avec sa petite fille lorsqu'elles croisèrent une femme vêtue d'un voile noir complet, comme cette fameuse burqa mais appelé là-bas "niqab". La petite fille s'écria: "Maman j'ai peur! regarde! un démon ('afrit)" . Comme chacun sait, la vérité sort de la bouche des enfants et lorsque le roi est nu il n'y a qu'un enfant pour le dire.

Selon un dicton arabe , "Dieu est beau et  aime la beauté" . Et, encore selon une expression arabe: "Il y  a en cela une leçon à tirer pour ceux qui veulent bien la considérer". Malheureusement il n'est pire ignorant que celui qui ne veut pas comprendre.

Ps: Mme Amara a dit aussi une chose très intéressante, à savoir que des garçons flippent sur les filles voilées. C'est une observation pertinente. En effêt autrefois, avant Marthe Richard,  il y avait
dans les bordels des filles déguisées en bonnes soeurs pour satisfaire les fantasmes de certains clients.
Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Samedi 12 juillet 2008 6 12 /07 /Juil /2008 19:57

En tirer les leçons avec discernement
عبرة لمن يعتبر


Une femme portant la burqa s'est vue la nationalité française refusée par le Conseil d'Etat pour "défaut d'assimilation" à la société républicaine.

La burqa (en arabe برقع ) est un voile qui cache totalement le visage et le corps.* Les femmes qui le portent de leur plein gré et surtout les hommes qui imposent à leurs épouses, soeurs  ou filles de le porter se réclament d'une prétendue obligation islamique. En cela ils sont dans l'erreur et je peux affirmer sans crainte d'être contredit de bonne foi par un imam quelconque que ce sont en fait des hérétiques. Les condamner sévérement ne constituerait donc en aucun cas une atteinte portée à l'Islam en tant que religion reconnue et respectée.

Avant de vous livrer en traduction française puis dans le texte arabe ce que dit le Coran à propos du devoir de pudeur des femmes comme des hommes en Islam, je voudrais aller bien plus loin que le Conseil d'Etat et ce sans crainte d'être accusé d'islamophobie puisque dans cette affaire ce n'est pas l'Islam qui est en cause mais une déviance scandaleuse qui constitue une injure à cette religion et à ses fidèles. voir   L'ISLAMISME ENTRE CRIME ET HÉRÉSIE 

Ce n'est pas à mon avis la femme en question qui doit être sanctionnée mais son mari  condamné pour abus et mauvais traitement sur personne dépendante et incitation ostensible à la discrimination . Plutôt que d'interdire l'accès à la nationalité française de l'épouse c'est l'époux qui devrait plus justement être déchu de cette même nationalité, puisqu'il est parait-il français.

Voici ce qu'on peut lire dans le texte coranique: "Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d'être chastes, de ne montrer que l'extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines ...".

Or, ce verset est immédiatement précédé d'un autre concernant les hommes et qui, curieusement, n'est jamais évoqué. Le voici: "Dis aux croyants de baisser leurs regards, d'être chastes. Ce sera plus pur pour eux. Dieu est bien informé de ce qu'ils font".

Voici  le texte  concernant les hommes:
قل للمؤمنين يغضّوا من إبصارهم ويحفظوا فروجهم ذلك آزكى
لهم إنّ ألله خبير بما يصنعون

P
uis les femmes:
وقل للمؤمنات يغضن من أبصارهنٌ ويحفظن فروجهنّ ولا يبدين زينتهنّ إلا ما ظهر منها وليضربن بخمرهنّّ على جيوبهنّ

Il faut savoir que dans Arabie tribale de l'époque du Prophète, les femmes païennes se dévoilaient la poitrine et l'agitaient avec leurs mains pour encourager les hommes partant au combat. Quant aux esclaves de sexe féminin, elles marchaient le plus souvent la poitrine découverte.

Dans le texte coranique il n'est nulle part question de couvrir le visage. Le voile ou fichu  dont les femmes devaient rabattre les pans sur leur poitrine n'était sans doute rien d'autre que le voile commun des orientales. Pensez seulement aux représentations  traditionnelles de la Vierge Marie.

Dans sa version authentique la burqa' (en Arabe burqu') est une pièce de tissus généralement noire ne couvrant que le bas du visage et accroché à  un serre-tête frontal et  un tube métallique généralement en or passant devant le nez. Il n'est pratiquement plus en usage.




Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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Lundi 16 juin 2008 1 16 /06 /Juin /2008 13:02
Additif à mon précédent article ALGÉRIE ET PROSÉLYTISME ÉVANGÉLIQUE

Je tiens à apporter une réflexion sur le prosélytisme pratiqué en Algérie par l'Eglise Evangélique. Je suis agnostique et je m'intéresse d'un point de vue exclusivement scientifique à l'étude des religions. A ce titre, je respecte toutes les convictions religieuses ou athées à la condition qu'elles ne portent pas atteinte aux convictions des autres. Ce n'est pas le cas de ce qui se passe en Algérie.

L'Algérie est un pays dont la quasi-totalité des habitants est musulmane et n'a aucune raison de changer de religion. Musulmans, Juifs et Chrétiens vénèrent le même Dieu, appelé Allah par les arabophones, tant  Musulmans que Chrétiens , Adonai par les juifs, et Dieu, Dios, God ou Gott selon qu'on est Francophone, hispanophone, anglophone ou germanophone.

Que l'on cesse donc une fois pour toute de donner à croire qu'en Allah les musulmans vénèrent un dieu différent de celui des juifs et des Chrétiens!

Dans ces conditions le prosélytisme chrétien n'a aucune raison d'être en terre d'Islam. En revanche, ce qui a toute raison d'être c'est le dialogue entre les religions dans le respect mutuel pour faire avancer la cause de la paix et de l'entente universelles.

A cet égard, n'en déplaise à quelques ignorants dévoyés dans leur endoctrinement, je tiens à rappeler que l'Eglise Catholique n'a jamais pratiqué le prosélytisme en Algérie tant pendant la période coloniale qu'après celle-ci. Cette disposition a été étendue à l'ensemble du monde avec le grand tournant imprimé   sous le pape Paul-VII par le concile Vatican-II.

Mise à part la population chrétienne d'origine européenne, la présence de clercs la plus remarquée en Algérie a été celle des Pères Blancs et des Soeurs Blanches unanimement appréciée et respectée par les populations autochtones dans la mesure même où la ligne d'action définie par le créateur de leur institution, le cardinal Lavigerie interdisait tout endoctrinement catholique et se donnait pour unique but la scolarisation, l'action sociale et les soins médicaux dans le cadre d'une convivialité fraternelle, à l'écoute de l'autre et dans le respect de sa culture et de ses convictions. Le fait est là, même si le cardinal laissait toutefois entendre au tout début de sa mission en 1868, que s'il devait y avoir évangélisation celle-ci devrait être le fait des Algériens eux-mêmes.

Il y a eu des conversions mais celles-ci se sont produites dans des conditions très particulières. Dès son arrivée en Algérie l'institution des Missionnaires d'Afrique "Pères Blancs" s'est trouvée confrontée à une immense  famine provoquée par deux années de sécheresse et des invasions de criquets pèlerins qui laissèrent derrière elles de très nombreux orphelins. Une grande partie de ceux-ci (1.800)  fut recueillie par les Pères Blancs. Devenus adultes certains de ces orphelins demandèrent à embrasser la religion catholique. Par la suite, l'opinion islamique a vu dans cette initiative une entreprise  de prosélytisme religieux, alors que l'archevêché avait donné la consigne impérative de respecter la liberté de conscience des orphelins. Il n'était pas question de "vendre le pain au prix de la religion".

Peu avant de se rendre en Algérie, Lavigerie alors simple abbé, s'était rendu à Damas où il avait rencontré l'Emir Abdelkader en  exil, qui lui fit grande impression. "Je n'oublierai pas aisément cette entrevue, confia-t-il dans ses mémoires, je l'écoutais avec admiration et bonheur parler, lui, musulman sincère, un langage que le Christianisme n'eût pas désavoué...".

Outre leur action sociale, les Pères Blancs et les Soeurs Blanches ont produit en Algérie une somme considérable d'études sociologiques et linguistiques. Ils ont notamment contribué en Kabylie à la sauvegarde de la langue et et de l'héritage culturel berbères, travail hautement apprécié aujourd'hui par les militants du "Mouvement Culturel Berbère", chose à vrai dire, qui n'est pas faite pour plaire au pouvoir algérien aveuglément cramponné à l'idéologie arabo-islamique. Les Kabyles, s'ils sont musulmans n'en revendiquent pas moins  leur identité berbère contre une sorte de totalitarisme politico-culturel arabe.

Pour conclure, je considère que l'entreprise inconséquente de l'Église Évangélique risque fort de compromettre le dialogue islamo-chrétien sur lequel beaucoup d'espoirs sont fondés dans le "village mondial" actuel en quête d'une harmonieuse mixité sociale, ethnique et culturelle.


Par Yaqzan - Publié dans : religions - Communauté : Chroniques du temps présent
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