Histoire

Mercredi 21 avril 2010 3 21 /04 /2010 01:43


                               TABLE DES MATIÈRES (suite et fin)


Art. 31
        Les sociétés savantes (lien)
Art. 32 
        Les institutions prestigieuses :Le  Collège de France,
         l'école Polytechnique, l'école des Mines, les Ponts et Chaussées,
         le Conservatoire National de musique, l'Institut des sourds-muets,
         l'école des aveugles.  (lien)   
Art. 33
        La Presse: Les journaux et revues, leurs tirages, les kiosques,
        les librairies, les almanachs, calendriers et éphémérides, les
        salles de lecture, les rapports de la presse avec les groupes
        d'opinions. (lien)
Art. 34
        Premier constat de la mission et considération sur l'instruction
        publique. (lien)
Art. 35
        Déroulement des études de la mission, les frais d'entretien.
        Considérations sur la pratique médicale. "Une médecine à
        deux vitesses". (lien)
Art. 36
        La conduite des études, la discipline, les surveillants, le
        logement, les sorties autorisées et la participation à des activités
        sportives et de loisirs avec des Français. (lien)

Art. 37
        Méhémet Ali suit de près et sans complaisance l'avancement
        des études de ses jeunes sujets. (lien)
Art.  38
        Correspondance de Tahtaoui avec les plus grands savants
        français dont Edmé Jomard et Silvestre de Sacy. (lien)
Art. 39
        Suite de la correspondance avec les savants et notamment
        Caussin de Perceval. (lien)
Art. 40
        Commentaires des orientalistes sur le travail de Tahtaoui.
`        Rencontre avec un certain m. Saladin se prétendant descendant
        du célèbre vainqueur des Croisés. (lien)
Art. 41
        Le cursus scolaire de Tahtaoui et des autres étudiants; Grammaire,
        histoire, calcul, géométrie, géographie. Tahtaoui élève de Michel
        Chevalier brillant polytechnicien et saint-simonien. (lien)
Art. 42
        Tahtaoui parcourt les allées de la connaissance et découvre les
        "Lumières". (lien)
Art. 43
         La guerre russo-turque et la bravoure des soldats musulmans. (lien)
Art. 44
        Les examens et les prix. Tahtaoui récompensé pour ses
        traductions. (lien)
Art. 45
        Suite et fin des examens passés par le cheikh Rifaat devant la
        commission scientifique et compte-rendu de celle-ci. Évocation
        de la genèse de la presse égyptienne. Considérations sur les
        subtilités de la traduction. La lithographie.     (lien)
Art. 46
        Rifa‘at at-Tahtaoui évoque les prémisses de la Révolution de Juillet
        1830 hostile à Charles X. (lien)
Art. 47
        Les ordonnances royales de Saint-Cloud    déclenchent la colère
        du peuple. L'explosion. (lien)
Art. 48
        Tahtaoui témoin des "Trois Glorieuses" . Le rôle du général
         Lafayette. (lien)
Art. 49
        Ultime résistance de Charles X, entrée en scène de Louis-Philippe,
        duc d'Orléans et abdication  de Charles X. (lien)
Art. 50
        Poursuite du récit des "Trois glorieuses". Considérations sur la
        différence entre roi de France de droit divin et roi des Français
        par la volonté du peuple. (lien)
Art. 51
        Intronisation de Louis-¨hilippe. Sa prestation de serment devant
        l'Assemblée. (lien)
Art. 52
        L'épuration: arrestation et jugement des ministres de Charles X.
        Éloge de la justice française. Considération sur la notion de
        "mort civile". (lien)
Art. 53
        La prise d'Alger par l'armée française dans l'indifférence
        générale. Déchaînement de la presse satirique contre
        Charles X    . (lien)
Art. 54
        Le nouveau régime français face aux monarchies européennes (lien)
Art. 55
        Tahtaoui dresse le bilan de son séjour de quatre ans à Paris (lien)
Art. 56
        Début du voyage de retour vers l'Égypte. Fontainebleau et son
        obélisque. Tahtaoui s'élève contre  la dilapidation des trésors
         archéologiques égyptiens à propos de l'obélisque offerte
         à Charles X par Méhémet Ali. (lien)
Art. 57
        De Fontainebleau à Marseille: suite    du voyage de retour.
        Considérations sur les qualités humaines des Français, leurs
        moeurs et la condition de la femme en Europe. (lien)
Art. 58
        Éloge du savant Edmé Jomard et de son programme de
        développement de l'Égypte. (lien)
Art 59
        Conclusion (lien)
Art. 60
        Appendice: Extraits d'un  article d'Edmé Jomard intitulé  "l'École
        égyptienne de Paris",  publié en 1826 dans la revue
        orientaliste "le Journal asiatique". Le savant y apporte d'importantes
        précisions sur les jeunes Égyptiens et leurs études.   (lien)


Ce travail de soixante articles est une traduction partielle, adaptée et annotée par nous, de l'ouvrage de Rafi‘ Rifa‘at at-Tahtaoui intitulé "Takhlis al-Ibriz fi talkhis Baris" (approximativement Le Raffinement de l'Or à l'Image de Paris). L'intérêt de ce document réside dans la vision qu'un Musulman d'une grande ouverture d'esprit a pu avoir d'une société inspirée par l'esprit des "Lumières", fondée sur le droit positif et le rationalisme, en plein essor scientifique, industriel, technique et artistique,  mais en proie à des rivalités politiques et des tensions idéologiques, notamment à propos de la religion et des disparités sociales. Cette rencontre entre l'Orient musulman et l'Occident rationaliste est exemplaire par sa lucidité et sa sérénité. Une traduction de l'ouvrage de Tahtaoui a été publiée en 1988 aux éditions Sindbad par Anouar Louka. Il s'agit d'un travail  à caractère scientifique alors que le nôtre s'est voulu vulgarisateur et plus accessible pour l'essentiel, notamment sur internet..

                
       

       

Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /2010 01:55

                                                     TABLE DES MATIÈRES


Art. 1:
        Approche historique (lien)
Art. 2:
        Marseille premier contact avec l'Europe
        La Quarantaine
        Boutiques, miroirs et élégantes
        Une brasserie à la mode
        Marseille cosmopolite (lien)
Art. 3: 
        De Marseille à Paris
        Diligences
        Relais d'étape
        Banlieue parisienne idyllique
        Frondaisons et jolies femmes. (lien)
Art. 4
        Le nom de Paris et son origine
        Les caprices du climat et le
        chauffage domestique. (lien)
Art. 5
        Propreté de Paris (voirie)
        Bains-douches
        Quais de Seine
        Promenades sur les" Grands boulevards"
        Embouteillages hippomobiles. (lien)
Art. 6
        Le Parisien:  goût du savoir et du bien faire,
        versatile, plaisantin mais pas seulement. (lien)
Art. 7
        Quelque peu avare mais dépensier
        Un faible pour les femmes et aucun penchant
        pour les jeunes garçons. Les femmes, encore
        les femmes. (lien)
Art. 8   
        Paris nouvelle Athènes
        Parisiens pas vraiment racistes mais...
        Paris "enfer des chevaux". (lien)
Art. 9
        Rencontre avec l'orientaliste Silvestre de Sacy (lien)
Art. 10
        Découverte de la" Monarchie de Juillet".
        Éloge des institutions.
        La conscription. (lien)
Art. 11
        Urbanisme, culture et habitât
        Paris vitrine de la civilisation. (lien)
Art. 12
        Les immeubles, concierges et majordomes
        Les vacances du roi et l'ouverture des palais au public. (lien)
Art. 13
        Vacances et tourisme.
        Hygiène. (lien)
Art. 14
        Une certaine abondance.
        Les abattoirs et e "martyre" des boeufs.(lien)
Art. 15
        Restaurants, table, menu.
        Les conserves.
        Bistrots et "poivrots"
        Comment se débarrasser d'un ivrogne Importun. (lien)
Art. 16    
        Sobriété masculine, séduction féminine,
        fausses barbes et perruques. (lien)
Art. 17
        Théâtres et spectacles. (lien)
Art. 18
        Festivités parisiennes, les bals, le carnaval. (lien)
Art. 19
        Les Champs-Élysées, le Marché aux fleurs. (lien)
Art. 20
        Les établissements de bains, l'hygiène corporelles
        et les exercices physiques. (lien)
Art. 21
        Paris pôle universitaire et capitale de la médecine. (lien)
Art. 22
        L'Assistance publique: Hôpitaux et hospices, les "Invalides",
        les orphelinats, l'assistance, la sécurité, les postes
        de secours, la Pauvreté.(lien)
Art. 23
        Richesse et travail, la banque, les assurances, l'artisanat
        et l'industrie, la Chambre de Commerce, les transports en
        commun, les déménageurs et vendeurs ambulants.
(lien)
Art. 24
        La poste, le négoce, la publicité commerciale, l'appât
        du gain, les impôts, l'épargne. (lien)

Art. 25
        La religion: libres penseurs et mécréants, bons Chrétiens,
        turpitudes des curés, croyances et pratiques réprouvées par
        l'Islam, la religion "opium du peuple". (lien)
Art. 26
        Les sciences et l'éducation, des discours philosophiques
        dangereux, la langue française outil pratique, la passion
        précoce du savoir. (lien)
Art. 27
        Science et théologie, raison et religion.
        Bravoure des militaires français.
        Bibliothèques (lien)
Art. 28
        Le jardin du roi, le muséum d'histoire naturelle, le Jardin
        des Plantes.
        Le curieux destin de l'assassin du général Kleber. (lien)
Art. 29
        L'Observatoire de Paris  et le Conservatoire des Arts.
        et Métiers.
(lien)
Art 30
        Les académiciens. (lien)
       
       




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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /2010 00:46

Sous Charles X et Louis-Philippe

 

 

L'École égyptienne de Paris


 Edmé François Jomard, le célèbre ingénieur géographe, ancien membre  de l'expédition scientifique qui accompagna Bonaparte dans sa campagne d'Egypte en 1798, publiait en 1828, dans  "le Nouveau Journal Asiatique", un article intitulé "Ecole égyptienne de Paris" . Cet article, consacré à la mission d'étude des jeunes égyptiens conduits par le Cheikh Rifaat at-Tahtaoui,  nous en dit beaucoup plus à leur propos que le cheikh lui-même, pratiquement muet à leur sujet (1).

Des étudiants arabes et osmanlis d'origines diverses

Il nous apprend notamment qu'entre ces quarante jeunes gens âgés de 15 à 29 ans, figuraient quatre arméniens chrétiens. Parmi les autres, tous musulmans, 18 étaient Égyptiens de naissance et le reste originaires de diverses régions de l'empire ottoman, Circassie, Roumélie,  Géorgie ou Grèce, outre Constantinople.

Jomard écrit: "Le public a été informé, en juillet 1826, du débarquement de quarante jeunes Égyptiens, envoyés en France par leur gouvernement pour y étudier les diverses branches de l'administration, des arts et de sciences (...) Ces jeunes gens sont distribués, depuis environ dix-huit mois, dans les meilleures pensions de la capitale et plusieurs suivent les cours élémentaires des collèges royaux (...)

L'auteur énumère les diverses spécialités entre lesquelles les étudiants furent répartis, à savoir l'administration civile, l'administration militaire, la navigation et la marine, la diplomatie, l'hydraulique, la mécanique, le génie militaire, l'artillerie, la fonderie de métaux et fabrication d'armes, la gravure et la typographie, les arts chimiques, l'agriculture, l'histoire naturelle et les mines et enfin la traduction (2).

Il écrit encore: " Les 28 février et  1-er  mars derniers, ils furent tous réunis dans un même lieu pour y être interrogés simultanément et subir un examen public (...) en présence d'une foule de personnes marquantes appartenant à la magistrature, à l'Université, à L'Institut,  à l'Armée et d'honorables étrangers (...)"

Un premier prix de composition française pour une rédaction où il est question de belles sans voile et de patinage sur la glace

 "La distribution des prix a eu lieu le 4 juillet dernier, à la maison centrale", ajoute Jomard, précisant qu'à cette cérémonie assistaient notamment le général comte Belliard, pair de France (3) et  divers orientalistes dont Garcin de Tassy (4) ainsi que le directeur de l'école d'état-major au Caire, m. Planat (5).

L'auteur rapporte que pour l'épreuve de rédaction on avait demandé aux jeunes gens de '"dépeindre, dans une lettre écrite  à un ami resté en Égypte, ce qui les avait le plus frappé en France", et il nous livre "fidèlement, dit-il, et en conservant les fautes de style" le texte qui a mérité à son auteur le prix de la composition française :

"Mon cher ami,

Dans votre dernière lettre, vous me rappeliez la promesse que je vous avais faite en quittant l'Égypte, de vous décrire tout ce que je verrais de plus remarquable en France.

"A peine avais-je débarqué sur le rivage de Marseille, que j'aperçus une foule de spectacles étrangers à ma vue. La première chose que j'ai remarquée, c'était la beauté des édifices de cette ville; ensuite la grande hauteur des maisons, les rues pavées larges et régulières; après quelques pas, j'entendis un bruit qui courait par-tout, et, dans le même moment je vis pour la première fois des voitures attelées de plusieurs chevaux rapides, et qui circulaient sans cesse dans la ville; et ente autres choses, ce qui me frappait le plus, ce fut de voir dans les rues, dans les lieux publics et dans les promenades, les dames françaises élégamment habillées, marcher librement et sans voile; chose contraire à nos lois et à nos usages.

"Lorsque je suis arrivé à Paris, on me mena dans des jardins magnifiques, où je vis tout le peuple se promener; ensuite dans des galeries immenses, où il y a les plus beaux tableaux qui ont été faits en France, et dans d'autres galeries où il y a les productions des arts et de l'industrie française. Je vais aussi de temps en temps visiter les théàtres, chose que vous ne comprendrez jamais sans la voir.


"Vous savez bien qu'on nous parlait beaucoup de la température de la France; je ne l'ai pas trouvé très-dure, et sur-tout cette année-ci, la douceur du temps m'a privé d'un spectacle amusant, c'est de voir patiner; il consiste en ce que les jeunes gens vont dans un endroit appelé glacière, et quand l'eau est fortement gelée, ils glissent tous sur la glace, avec une chaussure armée d'une barre de fer; et avec quelques mouvements, on les voit passer devant vous comme un éclair, et je vous assure que c'est un spectacle très-curieux".  (5)

 

82b
Patinage sur le bassin de la Villette (1811)

 "Les Modes de paris" par Octave Uzanne

 
Jomard nous parle ensuite du cheikh Tahtaoui: "On doit citer parmi les élèves les plus distingués, le cheykh Refa‘h, destiné à remplir l'emploi de traducteur, nécessaire pour faire jouir l'Égypte de nos ouvrages scientifiques, et la faire participer un jour aux avantages de nos institutions. Le cheykh commence déjà à remplir les vues de son gouvernement; il a traduit, avec succès, du français en arabe, un traité élémentaire de minéralogie. Cet ouvrage a été envoyé au Kaire pour être imprimé. C'est également lui qui a été chargé de mettre en arabe un almanach que nous avons rédigé pour l'an 1244 de l'Hégire, ouvrage qui pourrait exercer de 'influence sur la civilisation de l'Égypte et de la Syrie, s'il était publié exactement chaque année (lien par.3). Au reste le cheykh Refa‘h est un homme de lettré, qui ne réussira pas moins bien à traduire les livres d'histoire, de littérature et de morale".

 Edmé Jomard rapporte enfin le discours qu'il prononça à l'occasion de cette distribution des prix. Après avoir évoqué la campagne de Bonaparte en Egypte, où "une armée française  poursuivait  à-la-fois les triomphes guerriers et les conquêtes paisibles de la science", le savant déclarait: "Continuez, jeunes gens de parcourir une carrière non moins glorieuse.Votre sort est digne d'envie. Vous ètes appelés à opérer la régénération de votre patrie, événement d'où dépendra le sort de la civilisation de l'Orient (...) Puisez au milieu de a France, puisez à pleine source, ces lumières de la raison et des lettres, qui élèvent aussi haut l'Europe au dessus des autres parties du monde (...) L'Égypte, dont vous êtes les députés, ne fait, pour ainsi dire, que recouvrer ce qui lui appartient, et la France, en vous instruisant, ne fait qu'acquitter, pour sa part, la dette contractée par toute l'Europe envers les peuples de l'orient."

1) Jomard fut le principal éditeur de la fameuse "Description de l'Égypte" commandée par Bonaparte et qui rassemble les planches et textes produits par les scientifiques qui accompagnèrent le général dans son expédition militaire. Le Journal asiatique et un périodique orientaliste de la Société Asiatique publié depuis 1822. Son siège est situé au palais de l'Institut à Paris.
2) Rifa‘at at-Tahtaoui était  seul dans la section traduction.
3) Belliard, général et comte d'empire, accompagna Bonaparte dans son expédition d'Egypte. Pair de France, il fut aussi ambassadeur à Vienne et à Bruxelles.
4) Garcin de Tassy (1794-1878), fut ,avec Silvestre de Sacy, co-fondateur de la Société asiatique.
5) Jules Planat, ancien officier d'artillerie de la garde impériale de Napoléon, et chef d'état-major de l'armée de Méhémet Ali de 1824 à 1829.
6) C'est à coup sûr ce texte qui fut pastiché par un journal satirique (lien note .2)

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Vendredi 19 mars 2010 5 19 /03 /2010 04:10


Sous Charles X et Louis-Philippe



Un Islam ouvert à la rencontre de l'Occident

En 1826, lorsque Rifa‘at at-Tahatoui et les 42 jeunes gens qu'il accompagne arrivent à Paris, l'Égypte, réveillée de sa torpeur par l'expédition de Bonaparte, est déjà engagée dans un  important processus de modernisation sous la direction énergique du Pacha Méhémet Ali arrivé au pouvoir quinze ans plus tôt. Le pacha est assisté dans son entreprise par  des savants, ingénieurs et techniciens étrangers pour la quasi-totalité français.

Impressionné par la discipline et l'efficacité militaires des Français qu'il a vus à l'oeuvre sous le commandement de Bonaparte, le pacha, qui nourrit des ambitions impérialistes au détriment du sultan ottoman dont il est théoriquement le vassal, veut d'abord moderniser son armée, puis l'administration, l'industrie, l'agriculture et les infrastructures routières et hydrauliques du pays. Le général-en-chef de son armée sera un Français, le colonel Sève, qui se convertira à l'Islam et restera célèbre en Egypte sous le nom de Soliman Pacha (1).

99-03-18.3
           Vue ancienne de la place Soliman Pacha
                aujourd'hui Talaat Harb au Caire


Méhémet Ali, qui aspire à asseoir son indépendance, entend doter son pays de savants et techniciens égyptiens capables de prendre le relais des étrangers dans la direction de l'administration, des industries, de l'agriculture de l'enseignement, et des services de santé. C'est la raison de l'envoi de la "mission Tahtaoui" à Paris.La capitale de la France, comme Londres, était alors un pôle scientifique vers lequel convergeaient des étudiants de nombreux pays, y compris des Amériques.

Tahtaoui, âgé à l'époque de 25 ans, est  diplômé de l'université islamique Al-Azhar, phare de l'orthodoxie sunnite pour l'ensemble du monde musulman. Il porte le titre d'imam et, à cet égard, l'intérêt essentiel de son récit, réside dans  la qualité du regard qu'il porte sur la société française au début de la révolution industrielle, société imprégnée de "l'esprit des Lumières" ou dominent le rationalisme et le positivisme au détriment du religieux, société bouillonnante de débats politiques, prompte à la révolte au nom des libertés démocratiques et où la parole est libre comme la pensée.
 
d'étonnement en étonnement
 
Tahtaoui et ses compagnons se trouvent dès leur débarquement à Marseille, plongés dans un univers où tout, y compris la langue, leur est totalement étranger. Hommes et femmes du 21e siècle, nous découvrons en même temps que lui, grâce à son récit, ces choses qui nous sont devenues à nous aussi fort lointaines. Tout est sujet d'étonnement y compris les choses les plus ordinaires comme prendre ses repas assis à table avec assiette, couteau, fourchette et cuiller . Et encore les calèches roulant sur les rues pavées, les diligences parcourant des routes bordées d'arbres soigneusement alignés, puis, à Paris, les balayeuses et arroseuses municipales, les transports en communs par omnibus hippomobiles, les établissements de bains-douches sur le bord de Seine et ceux qui vous livrent le bain à domicile sur commande avec baignoire, un fût d'eau chaude et un autre d'eau froide, les grands abattoirs, où, chaque fois qu'il est nécessaire, il envoie  l'un des ses protégés sacrifier une bête selon le rite islamique s'assurant ainsi de manger halal.

Tahtaoui ouvre des yeux émerveillés sur ces grands cafés dont les dimensions apparaissent multipliées par le reflet des grands miroirs qui en tapissent les murs et où  des garçons en tenue prennent votre commande et la portent à une caissière haut-installée  à un bureau surélevé. Des gazettes y sont à la disposition des clients soucieux de lire les nouvelles du jour assis sur de moelleuses  banquettes. Le ton bas des conversations l'étonne, lui, habitué aux bruyants cafés cairotes. Les bals publics où hommes et femmes dansent ensemble  sont aussi pour lui un sujet d'étonnement.

Il remarque les tavernes populaires au contraire fort bruyantes, "fréquentées par des vauriens et des débauchés avec leurs femmes". Il nous conte avec beaucoup d'esprit la rencontre qu'il fait un soir d'un ivrogne dont son costume oriental suscite les quolibets et dont il se débarrasse habilement, le confiant à un confiseur voisin avec un trait d'humour.

Regard sur les moeurs européennes

Le regard que cet imam porte sur les moeurs déjà libres de l'époque est particulièrement intéressant,. Il note l'élégance des femmes, qui marchent coquettement les mains sur les hanches. Il remarque leur décolleté et leurs jolis souliers. Il note  mais s'abstient de porter le moindre jugement. (2)

Il évoque les égards dont la maîtresse de maison est l'objet dans les réceptions mondaines où elle jouit de la préséance sur le maître de céans.

Certes, il relève le libertinage de certaines femmes des deux extrêmes de l'échelle sociale, à savoir la très haute société et la "populace", et réserve la vertu aux femmes de la classe moyenne, dans laquelle on dispense une bonne éducation. Là encore, il ne porte pas de jugement personnel mais se fait  plutôt l'écho de l'opinion répandue. Il note toutefois que les Français ont peut-être tort de laisser à leurs épouses "la bride sur le cou". Vieux réflexe? Dans ce même passage, il fait l'éloge de l'éducation des jeunes filles et il en tirera la leçon après son retour en Égypte.

L'un des rares reproches qu'il fait au Français est d'être moins généreux que l'Arabe. "Le Français ne donne pas sans contrepartie, mais il est homme de parole".

Dans un passage de son récit où est évoquée l'attitude hostile du haut-clergé à l'égard de la révolution populaire de Juillet 1830, Tahtaoui parle  de "la pratique de ce culte vain" que serait le catholicisme. Cela ne dément pas son impartialité. En réalité ce n'est pas lui qui s'exprime. Il ne fait que paraphraser le texte d'une feuille satirique hostile à Charles X et à l'archevêque de Paris.

Des gazettes aux oeuvres majeures des grands philosophes

L'Imam est très intéressé par la presse à cette époque fort active. Il évoque  les publications satiriques et ces feuilles appelées "canards" distribuées à la criée et illustrées de caricatures. C'était la grande époque des Granville, Daumier et Philippon. Aujourd'hui, certains notent un passage où Tahtaoui affirme qu'il "n'est de plus grands menteurs que les journalistes, en particulier  français". Il me semble bien, dans le contexte, qu'il ne fait qu'endosser une idée reçue.

Tahtaoui s'est aidé de la lecture des gazettes pour apprendre le Français. Élève de Michel Chevalier, brillant polytechnicien adepte du Saint-Simonisme, l'imam se consacre essentiellement à la traduction. Il approche les traités philosophique de Port Royal, lit Voltaire, Rousseau, Condillac, Montesquieu. Il traduit une douzaine d'ouvrages dont un traité de droit naturel fondé, écrit-il sur les concepts rationalistes Français.

Précurseur de la "Renaissance Arabe"

C'est là sans aucun doute que réside le principal intérêt de la mission de Rifa‘at at-Tahtaoui. Constatant que le rationalisme est le moteur du progrès scientifique et technique des sociétés européennes et plus particulièrement de la société française, l'Imam, musulman éclairé, prône, comme son contemporain l'émir algérien Abd-el kader, un compromis entre raison et foi et c'est en cela qu'il peut être considéré comme un précurseur de la "Renaissance Arabe", la "Nahda", qui verra le proche-Orient et en particulier l'Egypte, hériter de cette rencontre avec l'Occident un essor culturel remarquable après des siècles d'ankylose.

Dans le domaine religieux, cette renaissance sera marquée par la pensée réformatrice de Jamal-ad-Dine al-Afghani, Mohammed Abdou, Abderrahman al-kawakibi et plus tard Ali Abd-el raziq. Concurremment, dans le domaine public, les tanzimat (réorganisation) de l'empire ottoman tenteront de réformer les sociétés du Proche-Orient en s'inspirant du modèle européen dans l'administration, l'organisation sociale, l'enseignement, le droit.

Enfin, au nom de Taha Hussein romancier, penseur, poète et essayiste égyptien, restera attachée la renommée de rénovateur de la littérature arabe. Sa réputation sera mondiale. D'autres participeront à cet essor, comme Hussein Haykal, Manfalouti,  Ahmad Shawqi et aussi des écrivains d'origine syro-libanaise comme jeorji Zeydane.

A son retour au Caire l'imam Thataoui créa et dirigea l'École de Traduction, devenue plus tard Ecole des langues. Il fut également directeur du journal El-Waqa'e (Les Faits). Son obsession était le développement de l'enseignement, pour lui moteur essentiel du progrès de la société. Il encouragea l'éducation des Jeunes filles et réclama l'accès des femmes au travail, se faisant ainsi une réputation de pionnier de la défense de la condition féminine. Toutefois la tradition restait fort pesante et il fallut attendre 1873, l'année de sa mort, pour que soit ouverte la première école primaire de jeunes filles. Tahtaoui était un réformateur et non un révolutionnaire. La question du voile ne se posait même pas. Il fallut attendre 1922 pour  qu'une organisation féministe voit le jour en Égypte à l'initiative de  Hoda Hanem Chaaraoui, qui, en 1924, prit la tête d'une manifestation de femmes dévoilées. Tout cela s'est évanoui et aujourd'hui au Caire, le hijab est roi, le port du niqab  chaque jour plus présent et l'autre militante féministe Nawal Saadaoui a été contrainte à l'exil. L'Imam Rifa‘at aura été un phare trop tôt éteint.


Cette renaissance culturelle arabe, apparue au milieu de XIXe siècle, n'aura duré que cent ans. Après la seconde guerre mondiale, la rupture entre  le monde arabe et l'Occident "impérialiste" soutien de l'état d'Israël, la naissance consécutive de l'Organisation des Frères Musulmans et l'arrivée au pouvoir des militaires, issus des classes populaires coupées du mouvement culturel moderne, en auront eu raison au profit du panarabisme  puis du panislamisme. Quelques écrivains ont toutefois pris le relais, mais individuellement et  dans des conditions difficiles, exposés à la censure religieuse, comme c'est le cas de Sonallah Ibrahim, parmi les plus originaux et plus audacieux.

Il serait toutefois injuste de ne pas reconnaître la part de responsabilité politique de l'Occident dans cette rupture.

Vue à la lumière de son récit,  la personnalité de Rifa’at at-Tahataoui revêt une valeur exemplaire en ces temps d'islamisme intégriste conquérant qui n'offre aucune alternative à l'indigence intellectuelle des croyants privés du droit de raison critique.

Je ne voudrais pas clore cet article sans mentionner qu'en avance sur son temps, Rifa‘at at-Tahtaoui  s'insurge contre le pillage des trésors archéologiques de son pays et déplore même que Méhémet Ali , qu'il vénère par ailleurs, ait fait don à Charles X de l'obélisque de Louxor qui orne notre place de la Concorde.

1) Une des places les plus "chic" du centre du Caire portait il y a quelques années encore le nom de Soliman Pacha. Mais la statue du général fut  déboulonnée dans les années 50 après la prolcamation de la république et remplacée par celle de l'économiste Talaat Harb, créateur de la Banque Miisr, dont la place prit alors le nom.Toutefois jusqu'à aujourd'hui beaucoup de personnes continuent d'appeller la place du nom du généralissime de l'armée de Méhémet Ali, dont la statue a été transférée à la Citadelle, qui domine le Caire.

2) Un journal satirique, "le Pandore", publiait le 22 août 1826 une lettre écrite par l'un des jeunes étudiants à son père. Dans ce texte, sans doute partiellement sinon totalement imaginaire mais fort à propos, on lit notamment: "cher Papa, avec la protection du Prophète, nous sommes arrivés sains et saufs (...) Je suis ici pour m'instruire (...) En attendant on m'a fait voir les Champs-Elysées, Tivoli et le Palais-Royal. Rien de plus enchanteur (...) A la chute du jour, dans un jardin délicieux, apparait un essaim de jeunes beautés échappées sans doute de quelque harem voisin. Aucun voile jaloux ne cache leurs attraits: aucun gardien ne les protège. L'une d'elles me regardait en riant. Transporté, enivré, je la suivis et j'allai lui jeter mon mouchoir mais il n'était plus dans ma poche (...) N'importe je reviendrai dans cet endroit, j'y reverrai la belle inconnue et je te prie, quand je serai savant, de me l'acheter si, comme je l'espère, elle est à vendre ... " (Reproduit  par Anouar Louca."Voyageurs et écrivains égyptiens en France au XIXe siècle" -Paris 1970)





Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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Mardi 2 mars 2010 2 02 /03 /2010 23:48
Sous Charles X et Louis-Philippe

De Fontainebleau à Marseille vers Alexandrie: Suite du voyage de retour de Rifa‘at At-Tahtaoui et considérations sur les moeurs européennes


"Après notre passage à Fontainebleau venant de Paris, nous avons atteint la ville de Nemours  au terme d'un voyage de quatre heures. Cette ville  se trouve à vingt heures de Paris. Puis nous sommes passé à Cosnes, ville située au bord de la Loire. On y fabrique des ancres pour la marine royale (1). Ensuite nous sommes arrivés  à Moulins, où résident de nombreux Arabes ayant suivi les Français à leur retour d'Égypte (2).

"Nous avons poursuivi notre route jusqu'à Roanne, sise à quatre-vingt-dix-sept parasanges français (3) au sud de Paris et  à treize parasanges (au nord) de Lyon. La ville compte neuf mille habitants. On y trouve une chambre d'industrie, une chambre d'agriculture, une bibliothèque, un entrepôt d'outillages. On y voit un joli pont sur la Loire  et un quai célèbre offrant un espace au commerce des productions de la ville et toutes autres sortes de marchandises.  La région compte également des ateliers de marbrerie. La Loire y est navigable.

"Il ne faut pas confondre Roannes avec Rouen, ville située sur le bord de la Seine, à trente parasanges au nord de Paris , dans la province de Normandie.

"Nous sommes ensuite arrivés à Lyon, dont nous avons déjà parlé (lien) puis à Grenoble (4) située à 178 parasanges au sud de Paris, au pied d'une montagne célèbre du fait que Napoléon lorsqu'il la traversa dût se dissimuler craignant l'hostilité de ceux qui s'y trouvaient. De là nous parcourûmes le pays jusqu'à Marseille, dont nous avons déjà largement parlé (lien).

"Là, nous embarquâmes sur une navire de commerce et fîmes route vers Alexandrie. Tous les Français que je connais m'avaient demandé de noter, à l'instant même de mon arrivée à Alexandrie tout ce qui à première vue me frapperait l'esprit ou provoquerait mon étonnement, après une longue absence au cours de laquelle j'ai pu, en Europe, observer des choses différentes et m'habituer à d'autres réalités.

Qualités humaines des Français et des Arabes

"Il ne me reste plus qu'à donner un aperçu de l'essentiel de ce sur quoi j'ai fait porter mon regard et mon attention au cours de notre mission. Il m'est apparu à l'examen des moeurs des Français et de leurs conditions politiques qu'ils sont en comparaison plus proches des Arabes que des Turcs et autres peuples et considérés comme plus particulièrement attachés à des choses comme l'honneur, la liberté et la fierté. Les Français donnent à l'honneur le nom de noblesse et c'est sur l'honneur qu'il jurent dans les affaires importantes de même que c'est sur lui qu'ils garantissent leurs engagements. Or  il ne fait aucun doute  pour les purs Arabes que l'honneur est la plus grande des qualités humaines comme cela est illustré dans leur poésie et avéré dans  leur héritage.
 
Les moeurs françaises et la condition féminine en Europe

"On ne peut soupçonner les Français d'être dépourvus d'honneur du fait qu'il ne sont pas jaloux de leurs femmes. L'honneur se manifeste chez eux sous une autre forme et s'ils ne sont pas jaloux, ils se montrent le cas échéant les plus impitoyables des hommes à l'égard de leurs épouses et d'eux-mêmes comme à l'égard de qui les a trahis avec elles. Ils sont tout au plus coupables de laisser à leurs femmes la bride sur le cou, mais si celles-ci sont honnêtes ils n'ont rien  à craindre d'elles.

"Puisque  souvent la plupart des gens s'interrogent sur la condition des femmes chez les Européens, nous avons tenté d'éclairer le sujet.  L'épineuse  question de la vertu des femmes n'a aucun rapport avec le fait qu'elles couvrent ou  découvrent leur corps mais relève de la qualité excellente  ou détestable de leur  l'éducation , de leur attachement à l'amour d'une seule personne à l'exclusion de toute autre ou  de l'absence d'amour partagé et d'harmonie entre les époux.

Moeurs et condition sociale

"Il a été constaté à l'expérience que la chasteté en France s'impose à l'esprit des femmes appartenant à la classe moyenne à l'exclusion des femmes de notables et de celles de la populace. Les femmes de ces deux dernières catégories font le plus souvent l'objet de suspicion.

"Souvent les Français ont fait porter leurs soupçons sur les femmes de la famille royale des Bourbons. Ils furent confortés sur ce point par l'affaire de l'épouse du fils du roi de France déchu, la mère du duc de Bordeaux (5). Le roi avait abdiqué en faveur de ce dernier mais les Français ne l'acceptèrent pas affirmant que c'était un enfant du péché (6). Cette femme donna naissance à  un autre enfant illégitime prétendant qu'elle s'était remariée en secret, mais elle ne s'en trouva pas moins déshonorée.

220px-Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun - La duchesse de Berry
     La duchesse de Berry

"'Elle réclamait le royaume de France pour son fils aîné et oeuvrait pour son accession au trône. Aussi on craignit quelle ne provoquât des désordres dans le royaume. Elle  perdit toute estime et après qu'elle fût tombée entre les mains des Français, on imaginât sa perte, mais on la laissa aller son chemin, déclarant qu'elle n'était plus que quantité négligeable. Elle rejoignit alors sa famille avec son dernier né.

"Plus étonnant  encore, dans ce même ordre de choses en Europe, le roi d'Angleterre, George- IV accusa son épouse d'adultère après avoir constaté le fait de multiples  fois . La réputation de celle-ci était déjà bien établie dans le peuple comme à la cour et dans la haute société, où l'on disait qu'elle avait coutume de voyager dans les pays d'Europe avec qui bon lui semblait et avait des amants partout où elle descendait.

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        Caroline de Brunswick  et   le roi George IV           

"Son cas fut porté devant la justice et un procès engagé comme il se devait en vue  d'établir le fait d'adultère et permettre au roi de divorcer pour prendre une autre épouse. Mais estimant que  les éléments réunis n'étaient pas suffisants pour autoriser le divorce, le juge ordonna que la femme du roi fût maintenue malgré  lui dans les liens du mariage. Ils vécurent ainsi séparés et le roi ne put se remarier.
Cette affaire fit grand bruit. En réalité, le roi n'avait  contre son épouse que de simples  présomptions mais aucun témoignage. Autrement il eût été blessé dans son honneur (7).

Du sens de l'honneur et de sa déchéance chez les Arabes victimes de l'oppression et de l'infortune

"La nature de l'honneur à propos duquel les Français ressemblent aux Arabes, c'est l'esprit de chevalerie, la droiture et d'autre qualités dans l'ordre de l'intégrité comme ,entre autres, la dignité du comportement . Rare est chez eux la bassesse d'esprit. Toutes ces qualités se retrouvent chez les Arabes, ancrées dans leur noble caractère, et si parmi  eux aujourd'hui elles déclinent ou déchoient, c'est en raison de ce qu'ils ont enduré de peines, d'oppression et d'infortunes . Les circonstances les ont conduits à s'humilier et quémander. Mais malgré cela, il en est encore parmi eux qui conservent intacte leur nature arabe faite de dignité  et de haute noblesse d'esprit .

1) Cosnes était à l'époque une ville industrielle prospère. Les "Forges Royales de la Chaussade" y fabriquaient des ancres, des canons et autres matériels pour la Marine royale. La production était transportée par voie fluviale, la Loire étant navigable à cette époque .
2) Il s'agit du retour de l'armée ayant participé à l'expédition de Bonaparte en Egypte entre 1798 et 1801.
3) En Arabe "farsakh", unité de mesure d'origine persane. Il doit s'agir ici de la lieue, qui équivalait à l'époque à environ 4 km.
4) Le texte donne a. w. r. g w. n. , mais  il  s'agit sans doute  de Grenoble, dont le commandant de la garnison était déterminé à arrêter Napoléon qui faisait route vers Paris après  son débarquement   à Vallauris venant de l'Ile d'Elbe d'où il s'était enfui. La troupe envoyée à sa rencontre se rallia à lui. Le nom tel qu'il est écrit dans le texte évoque Bourgoin. Après Grenoble, Napoléon fut en effet accueilli avec enthousiasme à Bourgoin-Jailleu, 60 km plus au nord.
5) Il s'agit de la duchesse de Berry, Marie Caroline de Bourbon Siciles.
6) Henri d'Artois,   fils posthume du duc de Berry assassiné le 13 février 1820,  fut appelé "l'enfant du miracle", étant né sept mois après la mort de son père. (lien)
7) Caroline de Brunswick avait des rapports détestables avec son époux George IV. Ils vivaient séparément. Le roi voulut divorcer mais il en fut dissuadé par le risque de voir le procès révéler ses propres aventures extra-conjugales.
Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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Mercredi 24 février 2010 3 24 /02 /2010 14:32

Sous Charles X et Louis-Philippe


Début du  voyage de retour  en Egypte du Cheikh Tahtaoui et des étudiants.

(Le récit de Tahtaoui est émaillé -selon une ancienne tradition propre aux narrateurs arabes- de digressions et observations en rapport plus ou moins pertinent avec les lieux traversés).

"Nous quittâmes  Paris en Ramadan de l'année 1246 de l'Hégire (1) et nous prîmes le chemin de Marseille afin de  nous embarquer pour Alexandrie. Nous passâmes par Fontainebleau, ville proche de Paris où se trouve un château royal. Ce château est célèbre pour avoir été le lieu où, en l'an 1815 de l'ère chrétienne, Napoléon abdiqua et fut dépossédé du pouvoir.

De l'obélisque de Fontainebleau à celui de la Concorde en passant par les pyramides d'Egypte pour aboutir à la colonne Vendôme

carrefour de l Obelisque
         Fontainebleau

On voit dans ce château une colonne de pierre construite en forme de pyramide. Cette colonne a été édifiée pour perpétuer le souvenir du retour en France des Bourbon (2). Y étaient inscrits, entre  autres choses,  les noms et  dates de naissance des membres de cette famille. Lors de la dernière révolution, la population a effacé ces noms, dont ne subsistent plus aujourd'hui que les traces. Il en va ainsi du cours de l'histoire, qui,  sous ses visages multiples et versatiles, passe du jour au lendemain de  la trahison et la violence envers un peuple  à la  sollicitude à l'endroit d'un autre.

"Le poète a dit:

'J'ai tué les plus valeureux des hommes,
"N'ai laissé aucun ennemi ni épargné
"Quiconque de son armée.
"J'ai vidé les palais et dispersé
"Les rois aux quatre vents
"D'Orient et d'Occident.
"Puis ayant atteint les hauteurs du firmament
"Et réduit le Monde en esclavage
"La flèche de la mort a éteint ma braise
"Et me voilà  étendu, inerte, dans ma fosse'.

"En revêtants leurs monuments d'inscriptions, les Européens suivent l'exemple des peuples de l'antiquité et notamment des Egyptiens. Ceux-ci ont construit  des temples,  les Pyramides de Guizeh et autres monuments  pour laisser leur souvenir à qui les contemple. Voyons ce qu'ont conclu les Européens à propos de ces monuments au terme de leurs recherches en regard des récits imaginaires rapportés par les historiens.

"En résumé, les Européens s'accordent à dire que ce sont les rois d'Égypte qui ont construit ces monuments, mais ils divergent sur l'époque de leur construction. Certains prétendent qu'ils ont été construits il y a trois mille ans et que leur constructeur fut une roi du nom de Qouf. D'autres disent que ce fut  Khamis ou  Khyoubs (3).

"le plus probable est que les pierres qui ont servi à leur construction ont été taillées en haute-Egypte et non à Buheira (4). Certains disent aussi que la construction n'a pas duré plus de vingt-trois ans et que les ouvriers employés à leur édification étaient au nombre de trois cent-soixante mille ce qui se traduisit par des dépenses énormes. Selon Pausanias (5), les sommes dépensées pour l'alimentation de cette main-d'oeuvre en oignons et  poireaux se seraient élevées à environ vingt millions de piastres égyptiennes (6) La construction des pyramides est attribuée à l'un des pharaons, lequel aurait destiné la plus grande à accueillir sa propre dépouille la seconde à celle de son épouse et la troisième à celle de sa fille. Or son corps ne fut pas déposé dans la première  pyramide, qui est restée ouverte jusqu'à maintenant alors que les deux autres contenant respectivement les corps de son épouse et de sa fille, ont été soigneusement scellées. C'est là ce que racontent les Européens à propos des pyramides (7).

"Quelqu'un a dit aussi:

'Mon ami, il n'est sous le ciel édifice
'comparable aux pyramides d'Egypte
'constructions qui défient les siècles
' alors que tout ce que porte la terre
'craint les assauts du temps.'

Tahtaoui s'indigne du pillage des trésors archéologique de son pays

180px-Concorde obelisk
     La Concorde

"As-Suyuti (8) estime, contrairement aux savants que les monuments de haute-Égypte et notamment ceux que l'on appelle obélisques (9) sont plus étonnants encore que les pyramides. C'est pourquoi les Européens en ont emporté deux dans leurs pays. Le premier fut transporté à Rome dans les temps anciens et le deuxième de nos jours à Paris grâce à l'immense générosité de notre  gracieux souverain (10). Et je tiens à affirmer que l'Egypte, ayant entrepris aujourd'hui de se doter des moyens d'accéder à la connaissance et à la civilisation à l'instar des pays européens, est plus que jamais en droit de jouir des multiples joyaux  que lui ont légués les anciens. L'en dépouiller, une chose après l'autre,  est aux yeux de tout  homme doué de raison subtiliser la parure d'autrui pour s'en parer soi-même. Cela s'apparente à une spoliation et c'est l'évidence même.

"A ce propos, Napoléon a édifié à Paris une colonne creuse bâtie avec des canons pris aux Russes et aux Autrichiens (11). Lorsqu'ils occupèrent Paris, les Russes tentèrent d'abattre cette colonne mais ils n'y parvinrent pas.

180px-Vendome Column A
Colonne Vendôme

 (Le récit du voyage de retour du cheikh Rifa‘at fera se poursuivra dans un prochain article)

1) Février/mars 1831
2) S'il s'agit de l'obélisque dite de Marie-Antoinette, érigé en 1785, on ne voit pas le rapport avec le retour des Bourbons en 1815. L'obélisque de Fontainebleau porte les noms de Marie-Antoinette et ceux de sa fille aînée Marie-Thérèse de France, et de ses deux garçons Louis-Joseph et Louis-Charles, duc de Normandie, futur Louis XVII.
3) On sait que ces pyramides sont celles de Khéops, Khéphren et Mykerinos. Le nom de "Qouf" que livre Tahtaoui correspond sans doute à Koufou qui est un deuxième nom de Khéops, écrit plus loin convenablement "Khyoubs". Quant à "khamis", qui peut être lu "Khimis" ou "Khumis", il reste pour nous mystérieux.
4) Buheira est aujourd'hui une ville du Delta. Dans ce texte ce nom désigne sans doute la basse-Egypte.
5) L'auteur écrit b.n.n.y.a.s, l'écriture arabe ne reproduisant pas les voyelles courtes. A la transcription, le premier "n" a pu  être confondu avec un "z". Pausanias (115-180 après J.Ch), voyageur et historien grec, visita effectivement les pyramides d'Égypte.
6) Hérodote (482-425 avant J.-Ch), célèbre voyageur et géographe grec, rapporte, d'après une inscription épigraphique que la main-d'oeuvre de 100.000 hommes nécessaire à la construction d'une pyramide coûtait 1.600 talents d'argent en nourriture, composée de raifort, oignons et ail . La somme de vingt millions de piastres égyptiennes avancée par Tahtaoui représente environ sept millions de Francs de 1830 correspondant au prix de quelque 9.600  tonnes de pain ou l'équivalent de  deux à trois  millions de journées de travail d'un artisan.
7) Ce récit est fort loin de la réalité scientifique déjà établie à l'époque.
8) Polygraphe arabe égyptien du XVe siècle.
9) pour désigner les monuments de haute-Egypte, Tahtaoui utilise un mot rare à savoir "baraby", pluriel de "barba" qui serait d'origine copte.
10) L'obélisque de la place de la Concorde fut offert par Méhémet-Ali au roi Charles-X en mai 1830. Après un très long et coûteux voyage, il fut érigé en présence de Louis-Philippe à son emplacement actuel le 25 octobre 1836.
11) Il s'agit de la colonne Vendôme, composée d'une superposition de 98 fûts de pierre recouverts d'une chape coulée dans le bronze de nombreux canons  -1.200 selon la tradition- pris aux armées russe et autrichienne. Elle porte à son sommet une statue de Napoléon.

Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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Jeudi 14 janvier 2010 4 14 /01 /2010 18:52
Sous Charles X et Louis-Philippe


Les monarchies Européennes et le nouveau régime français


"De la façon dont les nations européennes accueillirent la nouvelle de la destitution du roi (Charles X) et l'avènement de son successeur (Louis-Philippe) , qu'elles finirent par accepter.

"On sait que l'ancienne famille royale était revenue (en France) après que la coalition des nations européennes eût renversé l'empereur Napoléon (1) et  déporté celui-ci sur l'île de Sainte-Hélène permettant ainsi que cette famille  (2) revenue d'exil restaure la monarchie en France malgré la répugnance de la majorité des Français.

"Lorsque la révolution (n.d.t. les Trois Glorieuses) survint les Français craignirent que les rois membres de l'alliance lançassent leurs troupes sur leur pays et y installassent à nouveau cette famille sur le trône alors qu'ils s'en étaient débarrassés au profit de l'autre famille, à savoir la famille d'Orléans. Ils ignoraient si ces rois accepteraient ou non cette situation. Dans l'hypothèse où ils ne l'accepteraient pas et leur livreraient la guerre, les Français résolurent qu'ils les combattraient quoi qu'il advienne et se préparèrent à cette éventualité.

"Voyons maintenant à ce propos les rapports de parenté des rois européens: Le roi d'Espagne par sa politique et sa ligne de conduite était en accord avec l'ex-roi de France, l'un  de ses proches puisque la famille régnante d'Espagne est parente de celle qui régnait en France et lui est intimement et ouvertement attachée. Il en est de la famille du Portugal  comme de celle d'Espagne. Aussi l'ex-roi de France n'avait-il  rien redouter de leur part.

"En Italie, les états de Naples, de Rome et de Sardaigne étaient  en accord avec la politique des Bourbons, c'est-à-dire de l'ex-famille régnante de France. Les souverains de ces états furent donc intimement affectés par ce qui venait de se produire en France.

"La Russie (3), l 'Autriche, la Prusse et l'Angleterre faisaient partie de la coalition favorable à la famille de Bourbon. Aussi ces nations et plus particulièrement la Russie manifestèrent une certaine inquiétude. Quant aux petites nations d'Europe, elles étaient dépendantes des grandes. Il ne restait plus en faveur du nouveau pouvoir français  que quelques petites régions aspirant à la liberté.

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               Le Tsar Nicolas 1er

"Toutefois, les Anglais manifestèrent leur acceptation du fait accompli et leur souverain fut le premier à reconnaître la souveraineté du nouveau roi français alors que la règle exigeait que tout roi accédant au trône obtînt la reconnaissance expresse des autres rois selon une procédure concertée (4).

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    Le  Roi William IV d'Angleterre

"Le souverain de Russie fut celui qui tarda le plus à signer son acceptation et  il posa la  condition que rien ne modifie l'équilibre de l'Europe à savoir que celle-ci devait rester dans l'état où elle était  sans que rien ne vienne peser dans un sens ou dans l'autre dans les rapports de force, ce qui interdisait à la France toute expansion au delà des frontières qui étaient le siennes avant la révolution. Il est manifeste qu'en entérinant le nouveau pouvoir royal français, la plupart des souverains européens conférèrent à leur acceptation du fait accompli un caractère temporaire de sorte que les Français ne la prirent pas pour un gage de paix et considérèrent  qu'il ne s'agissait que d'une trêve. Aussi lorsque je quittai la France (5) tous les gens s'attendaient à ce qu'une  guerre fût déclarée entre la France et l'Autriche, la Russie, l'Espagne ou la Prusse. Dieu -qu'il soit loué- est le mieux informé du présent comme de l'avenir.

"Aujourd'hui, chose sans précédent, les Français vivent en parfaite entente avec les Anglais.

1) Tahtaoui emploie le mot arabe sultan pour traduire empereur.
2) La famille de Bourbon.
3) Tahtaoui utilise toujours les mots État de Moscou ou Moscovie pour désigner la Russie.
4) Le Royaume-Uni avait un préjugé favorable à l'égard de Louis-Philippé considéré anglophile et avait en outre pris ombrage de la politique extérieure de son prédécesseur (campagne d'Algérie notamment). Aussi, un mois seulement après l'avènement de Louis-Philippe, les deux pays établissaient des relations diplomatiques, le prince de Talleyrand étant nommé  ambassadeur à Londres et Lord Stuart de Rothesay  à Paris. Cette attitude  s'explique par le fait quel le Royaume-Uni, soucieux de maintenir son indépendance en matière de diplomatie, s'était tenu à l'écart de la  "Sainte Alliance" formée  en septembre 1815 à Paris par trois des monarchies de la coalition, à savoir la Russie, l'Autriche et la Prusse. Cette "Sainte Alliance" était destinée à se protéger contre les mouvements révolutionnaires inspirés en Europe par l'exemple français. La France rejoignit cette alliance en 1818 sous le règne de Louis XVIII après la fin de l'occupation étrangère.
5) Tahtaoui  arrivé en France en 1826, regagne son pays en février 1831.
Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : blog culture
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Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 03:43
Sous Charles X et Louis-Philippe


De la prise d'Alger dans l'indifférence totale des Français ...

"Des sarcasmes et moqueries que les Français réservèrent à Charles X après sa chute et bien plus encore". Telle est l'introduction du nouveau chapitre de son livre dans lequel le cheik Rfa‘at  at-Tahtaoui évoque la prise d'Alger par l'armée de Charles X puis le sort que la presse satirique réserva à ce souverain après son abdication.

"La nouvelle de la chute d'Alger  parvint aux Français très peu de temps avant la révolution et ceux-ci l'accueillirent sans enthousiasme. La seule manifestation de joie fut le son des coups de canons que fit  donner le premier ministre Polignac. (1)

"Polignac pavanait en ville fier de lui-même; Il avait réalisé son voeu; lui au pouvoir, les Français avaient vaincu Alger. Il ne se doutait pas  que peu de jours après les Français allaient remporter sur lui et son roi une victoire bien plus grande encore. Au point que la question d'Alger fut totalement oubliée, le peuple ne parlant plus que de sa propre victoire.

"Quelqu'un a dit fort justement: 'O combien de tristesse la joie cache  en ses plis
qui se défont avec le temps'

وكم سرور طيه احزان  لأجل ذلك خلق الزمان

"Le maître d'Alger avait quitté son pays emportant avec lui ses biens; le souverain des Français quittait son royaume emportant avec lui ses remords. Le temps est ainsi  fait de vicissitudes  changeantes  et de situations mouvantes.  Ce fut le châtiment que lui valut l'invasion d'Alger, entreprise pour des motifs futiles et dans le seul dessein d'assouvir sa propre passion. Or la raison déchoit quand la passion l'emporte.

  Embarquement de Charles X et de sa famille a Cherbourg pour
            A Boulogne, embarquement de Charles X pour l'exil

"L'archevêque de Paris (2)  apprit à son tour la chute d'Alger et  s'empressa de féliciter le roi, venu à l'Egiise pour rendre grâce à Dieu (qu'il soit loué et exhalté) de cette victoire. Il lui dit en substance: Que Dieu soit loué pour avoir permis que la Communauté chrétienne remporte cette grandiose victoire sur la Communauté musulmane. Et ainsi de suite alors que cette guerre entre Français et Algériens n'était qu'une affaire  de politique et de conflits commerciaux assortis d'invectives et de disputes au simple motif de l'orgueil et de l'arrogance (3). Or, comme le dit la voix de la sagesse: "Si la querelle était un arbre celui-ci ne produirait que désagréments"  (لو كانت المشاجرة شجراً  لم تثمر إلا ضجراً )

Lorsqu'éclata l'insurrection, les Français envahirent la demeure de l'archevêque après que celui-ci eût pris la fuite. Ils la saccagèrent  et détruisirent tout ce qui s'y trouvait. L'archevêque disparut sans laisser de traces puis il revint et disparut à nouveau. Sa demeure fut une nouvelle fois saccagée et lui-même resta objet de mépris, abandonné à son sort (4).

Hyacinthe Louis de Quelen
Yacinthe Louis de Quelen archevêque
                   de Paris


... au déchaînement des "canards" satiriques contre Charles X

"Ayant appris que charles X avait chassé le pacha d'Alger de son pays, les Français en prirent prétexte pour ridiculiser le roi détrôné, parti en exil. Ainsi le dessinèrent-ils en compagnie du Pacha en train de marcher sur les routes et ils écrivirent sur son compte dans les feuilles de fait-divers (5) nombre d'anecdotes extravagantes et histoires humoristiques fort plaisantes. Dans un dessin encore, on voit ledit pacha interpeller  Charles X sur le ton de la moquerie: Alors!  ton tour est venu, hein? On t'a expulsé comme tu m'as expulsé?

"Un sage  a dit:

'Le destin dévore les hommes.
Ne sois pas de ceux que les honneurs ennivrent
Que de fortunes  s'évanouissent au moindre faux pas
Et les revers, sache-le, ne surviennent jamais sans cause.'

الدهر يفترس الرجال فلا تكن  ممن تطيشه المناصب والرتب
كم نعمة زالت بأدنى زلة  ولكل شيء في تقلبه سبب

230px-CharlesX  
Caricature montrant l'embarquement de Charles X

"Dans une autre anecdote le pacha dit à Charles: Jouons toi et moi. Faisons un pari. Si tu n'as rien pour miser, on va organiser une collecte de charité". Il s'agit d'une allusion au fait que le pacha d'Alger a quitté son pays en homme riche alors que Charles X a quitté le sien dépourvu. Un autre dessin représente le roi en pauvre aveugle tendant la main aux passants pour quémander l'aumône; une allusion à son manque de clairvoyance à propos des conséquences de sa conduite des affaires.

"Dans un dessin encore, on le voit sortir d'une église en compagnie de son  ministre Polignac. Façon de dire que l'un et l'autre sont mieux à leur place dans la pratique  de ce culte vain que  dans l'exercice du pouvoir. On prétend même que Charles X revêtait parfois les habits sacerdotaux et disait la messe  dans la chapelle de son palais (6).

"Après cette révolution, les gens parcouraient la ville distribuant à la criée des imprimés dans lesquels il était fait étalage des amours du roi et de sa jeunesse dissolue (7) comme des aventures  de l'archevêque. Il y était écrit que son petit fils était un enfant illégitime et, ce qui est fort étonnant, ces feuilles étaient vendues ainsi à la crièe jusque dans la cour de la demeure de Louis-Philippe bien que celui-ci fût un proche parent  du roi (déchu). Plus étonnant encore, on prétendait que  le nouveau roi lui-même avait  précédemment affirmé cela dans les journaux anglais lors de la naissance de ce petit-fils de Charles X (8).

"On criait tout cela en public sans que personne ne s'y opposât, la liberté d'opinion, de parole et d'écriture ayant force de loi.

"Après l'arrivée au pouvoir de Louis-Philippe, apparurent diverses factions puissantes, les unes demandant sa destitution et l'instauration de la république pour plus de libertés. D'autres réclamant la restauration du régime précédent et l'accession au trône du petit fils de l'ex-roi.

"Cette révolution a laissé des traces ici jusqu'à aujourd'hui et elle a même essaimé ailleurs, comme en Belgique, qui s'insurgea pour obtenir sa séparation du royaume des Flamands dont elle faisait partie. Il y eut aussi la lutte de pays voulant se libérer du pouvoir de Moscou et enfin les insurrections qui éclatèrent en Italie (9).

1) La prise d'Alger eut lieu le 5 Juillet, soit un mois avant l'abdication de Charles X.
2) Mgr. Yacinthe Louis de Quelen.
3) Tahtaoui se refuse à voir dans l'expédition d'Alger une "croisade". Cette observation prend une résonnance particulière aujourd'hui.
4) L'archevêque, objet de violentes attaques, fut par deux fois contraint de quitter le palais épiscopal, qui fut entièrement détruit en février 1831. Mgr. de Quelen s'installa alors au couvent des Dames du Sacré-Coeur, rue de Varenne.
5) Ces feuilles volantes distribuées à la criée étaient appelées "'canards".  1830 et les années qui suivirent furent l'âge d'or de la presse satirique avec des journaux comme "La Silhouette", puis "La Caricature"et "le Charivari" , où  exercèrent les célèbres caricaturistes Jean Granville, Charles Philippon et Honoré Daumier . Tahtaoui, au moment où il écrit, ne pouvait deviner que Louis-Philippe, plus encore que son prédécesseur, allait être à son tour, quelque temps plus tard, la proie de leurs plumes féroces.
6) Selon les historiens, Charles X était sur le tard devenu très dévot. Il s'habillait de violet, couleur de Deuil, depuis la mort de Louis XVIII et d'aucuns faisaient courir le bruit qu'il était évêque. Des caricatures le montraient célébrant la messe devant les membres de sa famille.
7) Dans sa jeunesse le futur Charles X multipliait les conquêtes féminines, fréquentant notamment  l'entourage de Marie-Antoinette.
8) Henri, duc de Bordeaux, était le fils posthume du fils cadet de Charles X , le duc de Berry, assassiné sept mois avant sa naissance. Ce pourquoi on l'appela l'"enfant du miracle". Pour les légitimistes, il aurait dû accéder au trône sous le nom de Henri V.
9 ) En septembre 1830, l'insurrection belge chasse les troupes néerlandaises et l'indépendance de la Belgique est proclamée le 4 octobre à Bruxelles. D'autre part, en Pologne, en novembre 1830, Varsovie se soulève contre la Russie suspectée de vouloir réprimer les révolutions de France et de Belgique. L'insurrection est défaite un an plus tard par les Russes, qui se livrent à une répression féroce, annexant pratiquement la Pologne dont beaucoup de citoyens patriotes s'exilent vers la France. Enfin, en 1831 plusieurs régions d'Italie se révoltent contre le pouvoir des ducs et proclament "Les Provinces Unies d'Italie". Mais, faute d'un soutien de la France, le mouvement est écrasé par l'armée autrichiennes.
Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : blog culture
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Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 01:18
Sous Charles-X et Louis-Philippe

Après la victoire, l'épuration  (lien)

Louis-Philippe d'Orléans venait d'être intronisé Roi des Français. Charles-X de Bourbon, destitué, avait pris le chemin de l'exil avec sa famille. Quel sort devait être alors réservé aux ministres du roi déchu jugés complices de son coup d'état constitutionnel qui fut le détonateur de l'insurrection populaire des 28, 29 et 30 juillet 1830, journées dites des "Trois Glorieuses"? (1)

Le cheikh Rifaat at-Tahtaoui raconte: "Sachez qu'après l'insurrection, les Français se mirent activement à la recherche des ministres responsables de tous ces événements. Conformément aux lois en effet, les ministres doivent répondre de tout désordre survenant dans le royaume. Ils en sont comptables outre le roi. Leur talent ou dispositions n'entrent pas en ligne de compte, mais porteurs de lourds desseins, leur tâche est rude et sur eux pèse la responsabilité de tout ce qui se produit.

Un prince déguisé en valet

180px-Jules de Polignac (1780-1847)
       Le prince Jules de Polignac

"Ordre fut diffusé sur toutes les routes du Pays, de mettre la main sur ces ministres s'ils venaient à passer. Quatre d'entre eux  furent ainsi arrêtés, dont  le Premier ministre Polignac. Celui-ci fut découvert alors qu'il tentait de sortir de France se faisant passer pour le valet d'une dame de haute condition (2). Reconnu, il fut appréhendé et placé sous la protection de la garde présente sur la route, de peur que la population ne lui fasse un mauvais sort.

"La chambre des pairs, à Paris,  fut informée de l'arrestation de Polignac. Celui-ci, écrivit une lettre au bureau de la chambre, affirmant qu'en sa qualité de pair son arrestation n'avait pas lieu d'être. Il invoquait  l'article  34 de la Charte qui stipule qu'un pair ne peut être arrêté que par décision de la chambre,  seule en outre autorisée  à le juger en matière criminelle. Pour toute réponse la chambre lui fit savoir qu'elle avait pris connaisssance de sa lettre, en avait délibéré et conclu qu'il était permis de l'arrêter et de l'emprisonner en l'attente de son jugement. Il fut emmené à Vincennes et incarcéré dans la forteresse de cette ville, située près de Paris.

"Trois autres ministres furent arrêtés et emprisonnés ensemble sans qu'aucun d'entre eux n'eût à subir la moindre humiliation pendant tout le temps de leur incarcération (3).

"Pendant ce temps, un large espace fut aménagé à leur  intention dans l'enceinte de la chambre des pairs pour qu'ils y entendent l'acte d'accusation les concernant. C'était un enclos solide, fortement charpenté, de dimension imposante, conçu à la fois pour les protéger de tout éventuel assaut des citoyens qui voudraient  les mettre à mal et pour empêcher leurs amis de tenter de les libérer.  Des sommes considérables furent investies dans cette entreprise (4).

Éloge de la civilisation et de la justice françaises

"Les ministres furent amenés et confinés dans cet endroit tous les jours que dura ce procès, événement des plus considérables auquel il ait été été donné à quiconque d'assister. Pour illustrer de façon éclatante le degré de civilisation des Français et le sens de la justice de cette nation (5) je vous invite à lire ce qui suit:

"Sachez que le nouveau roi des Français dès qu'il eût été intronisé résolut de destituer soixante-dix membres de la chambre des pairs nommés par Charles-X et de procéder à la nomination de personnaltés à sa convenance (6). Si ces pairs étaient demeurés à la chambre, ils eussent été enclins à la partialité en faveur des ministres. La majorité des membres de la chambre des pairs était hostile aux accusés, mais malgré cela,  leur attachement à la Loi, leur vertu et leur refus naturel de l'injustice eurent pour conséquence de sauver la vie des ministres incriminés.

" Plus étonnant encore, sachez qu'après son arrestation,  le premier ministre Polignac voulut choisir pour assurer sa défense une personnalité experte en matière juridique. Or, il porta son dévolu sur  Martignac un ministre précédemment destitué et avec lequel il n'entrenait aucun rapport ni aucune amitié (7). Ce Martignac s'acquitta de cette mission avec une loyauté absolue mettant à profit toutes ses connaissances afin de rejeter les charges portées contre son mandataire. Il en alla ainsi de chacun des autres ministres et de leurs avocats respectifs.

180px-Jean Baptiste Gay, vicomte de Martignac
            Le vicomte de Martignac

"A l'ouverture du procès on procéda avec la plus grande courtoisie et délicatesse à un interrogatoire personnel tel que: quel est votre nom, votre qualité, votre fonction votre rang? Les intéressés se prêtèrent avec amabilité à ces questions bien que  leurs réponses en fussent connues d'avance.

"On demanda à chacun des accusés: confirmez-vous avoir signé de votre main au bas des ordonnances du roi? (réponse) Oui. Pourquoi l'avez-vous fait ? (réponse) parce que c'était la volonté du roi. Et pourquoi le roi l'a-t-il voulu et, dans ce cas, l'avait-il prémédité depuis longtemps ou résolu sur l'instant?  Je ne peux par principe révéler les secrets du cabinet royal , répondait chacun d'entre eux , manifestant le plus  haut respect pour le roi destitué. Aucun d'entre eux ne viola le secret et personne ne tenta de les y contraindre.

"Les interrogatoires achevés et leur compte-rendu rédigé, les avocats de la défense intervinrent pendant plusieurs jours pour tenter de démontrer que les ministres étaient innocents (des crimes qui leur étaient reprochés) et (leurs actions) dictées par de bonnes intentions.

Arrêt appuyé sur la notion de "mort civile"

"La chambre examina ensuite toutes les causes et rendit le jugement suivant: Attendu que les ministres ont signé de leur main au bas des ordonnances contraires à la Loi du royaume et porté atteinte à l'inviolabilité des lois, la chambre les condamne à la détention perpétuelle, les déchoit de leur rang honorifique et de leurs tîtres. Outre cela, Polignac est condamné à la "mort judiciaire" (8), ce qui équivaut à le rayer du monde des vivants pour le restant de ses jours. Cela s'appelle en Français une condamnation à la "mort civile" (9) en conséquence de laquelle la condition du vivant est identique à celle du mort dans la plupart des situations.

"Le condamné à la mort civile se voit dépouillé de tous ses biens, lesquels reviennent à ses héritiers comme s'il était réellement mort. Il ne peut hériter de quiconque ni transmettre par héritage des biens acquis par la suite. Il ne peut disposer de ses biens tant en partie que dans leur totalité que ce soit sous forme de don ou testament. Il ne peut recevoir ni don ni legs si ce n'est pour sa  subsistance. Il ne peut être investi d'aucune autorité ou mandat ni témoigner en justice. Il ne peut recourir en justice ni contracter mariage.  De plus (si il est marié) son mariage est dissous avec toutes les dispositions qu'il comporte et il appartient à son épouse et à ses enfants de disposer de ses biens et d'eux-mêmes comme s'il était décédé réellement. En somme, il est un vivant rattaché aux morts.

Or, habituellement, tout condamné à la mort civile faisant, comme ce ministre, partie du monde des notables, pourvu d'enfants bien éduqués, reprenait  le cours de sa vie  telle qu'elle était avant sa condamnation. Sa famille, estimait que tout n'était que le fruit d'une pure hostilité. Son épouse ne le quittait pas, se considérant au fond d'elle-même  sous sa tutelle, et si elle enfantait de lui à nouveau, les frères du nouveau-né en faisaient  leur héritier; tout cela au mépris des dispositions de la loi sur la mort civile.

Colère du peuple scandalisé devant tant d'indulgence

Ayant connaissance de cette réalité, la population se dressa pour réclamer une condamnation à mort réelle (10) . Les autorités de l'Etat firent savoir au peuple que c'était incompatible avec son exigence de liberté, de justice et d'équité. Elles précisèrent que le texte de la loi ne déterminait pas le type de peine applicable aux ministres en cas de trahison et qu'en l'occurrence, la chambre avait jugé dans l'interprétation du cas d'espèce.

Après qu'on leur eût communiqué les termes de leur condamnation, les ministres furent conduits sous escorte au fort de Vincennes où ils furent emprisonnés avant d'être emmenés jusqu'à une autre forteresse où ils sont jusqu'à ce jour emprisonnés (11).

Leur jugement, dans sa forme, témoigne de la beauté des moeurs de la nation française." (12)

1) Ce sont le Prince de Polignac, président du Conseil, Jean de Chantelauze, garde de sceaux, le comte de Peyronnet, ministre de l'Intérieur, et le comte de Guernon-Ranville, ministre de l'instruction publique.
2) Il s'agit de la marquise Lepeletier de Saint-Fargeaux, native de Paris et habitant Montereau. Elle avait pris un passeport à Caen le 10 août pour elle-même et un domestique avec l'intention de s'embarquer pour Jersey. L'arrestation eut lieu le 16 août à Granville. Le prince de Polignac fut "garroté et conduit à la rison de la ville où il passa la nuit". (doc. d'époque édité à Lyon)
3) Ce n'est pas vraiment exact. Ils furent l'objet d'insultes et de menaces de mort de la part de certains gardes nationaux
4) Il s'agit vraisemblablement d'un box spécialement renforcé compte tenu du fait que les séances de la Chambre, au palais du Luxembourg, étaient publiques et l'assistance fort menaçante. Je n'ai pas trouvé mention d'un tel dispositif dans les documents historiques. Ceux-ci mentionnent en revanche un dispositif sécuritaire impressionnant au fort de Vincennes.
5) Cet éloge est presque mot pour mot identique à celui que prononça le rapporteur de la commission d'accusation de la Chambre des députés, m. Béranger: "Quel autre que ce peuple de Paris, Êlite de la France; a prouvé une civilisaton plus avancée? Quel autre a montré qu'il savait discerner la justice de la vengeance..."
6) 175 membres de la chambre des pairs, qui avaient refusé de faire allégeance à Louis-Philippe furent en réalité destitués.
7) Le vicomte de Martignac avait accepté de défendre Polignac bien que celui-ci eût contribué à l'évincer du pouvoir en 1829.  Ministre de l'Intérieur faisant fonction de président du conseil, ce libéral avait aboli la censure et s'était montré hostile aux  "ordonnances scélérates".
8) Tahtaoui utilise le mot arabe "hukmi" dérivé de la racine HKM qui recouvre le sens de jugement.
9) Tahtaoui écrit en Arabe "mawt madani" . La mort civile consiste  pour une personne en l'extinction légalement prononcée de sa personnalité juridique, ce qui comporte une privation générale des droits. La personne est réputée ne plus exister, bien qu'elle soit vivante physiquement. Il s'agit donc d'une fiction juridique. Cette peine fut abolie en France en 1850 pour les condamnés politiques et totalement en 1854. On admirera la précision de l'analyse qu'en fait le cheikh Tahtaoui.
 10) on assista en réalité à de très violentes manifestations populaires aux abords du palais du Luxembourg qui étaient protégés par la garde nationale aux ordres de Lafayette.
11) la peine du prince de Polignac fut commuée par mesure de grâce en vingt années de bannissement hors de France le 23 novembre 1836. Il mourut à Paris en 1847.
12) Commencé le 15 décembre, le procès dura six jours. Tahtaoui omet de dire que la Chambre des députés, après avoir voté la mise en accusation des quatre personnalités le 27 septembre, avait pris le 8 octobre une résolution proposant au Roi l'abolition de la peine de mort, une aubaine pour lui, qui voulait l'apaisement.
Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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Vendredi 20 novembre 2009 5 20 /11 /2009 02:31

Sous Charles-X et Louis-Philippe

Les représentants du peuple avaient donc choisi le Duc Louis-Philippe d'Orléans pour succéder à Charles-X de Bourbon, contraint d'abdiquer et de s'exiler à la suite des journées d'émeutes populaires des 28, 29 et 30 Juillet 1830, dites des "Trois Glorieuses". (lien)

Il l'avaient choisi pour être "Roi des Français" par la volonté  du peuple et non Roi de France de droit divin comme ses prédecesseurs. En même temps le drapeau tricolore était réhabilité. (1)

La date de l'intronisation de Louis-Philippe avait été fixé au 9 août. Le cheikh Rifaat at-Tahtaoui poursuit son récit:

"Le jour dit, il (le duc d'Orléans) arriva à la chambre des députés à l'heure prévue accompagné d'un imposant  cortège mais sans suite ni garde royale, contrairement au cérémonial habituel. La foule saluait chacun de ses pas d'acclamations et de vivas, criant: Dieu garde le duc d'Orléans! Dieu garde le roi! (2).

"A son entrée, il monta sur une estrade à proximité du trône et salua à trois reprises les membres de l'assemblée puis son fils ainé et son cadet s'asséyèrent sur un banc devant le trône le premier à  droite et le second à gauche. Derrière lui, se tenaient quatre dignitaires militaires appelés maréchaux,  pluriel de maréchal, le plus haut rang dans la hiérarchie militaire de la nation française. Ce tître est toujours suivi de la mention 'de France'. Ainsi dit-on 'maréchal de France'. A noter qu'en Français, 'de'  indique l'appartenance à l'instar de notre 'lam' en Arabe. (3)
 













Prestation de serment de Louis-Philippe devant les Chambres

Tableau d'Eugène Devéria (photo RMN)


"S'étant assis, il invita les membres  de l'assemblée, pairs et députés, à s'asseoir; puis demanda au président de lui lire les conclusions de la proclamation par laquelle les membres des deux chambres lui proposaient l'investiture royale. Cette lecture achevée, le duc déclara: 'Messieurs, j'ai écouté avec attention la proclamation de vos deux chambres . J'en ai pesé et  minutieusement considéré les termes et je déclare accepter sans conditions ni remarques toutes les dispositions du texte ainsi que le titre de roi des Français que vous m'avez attribué.  Et me voici prêt à en faire le serment solennel.

"Il se leva, tête nue, leva la main droite et, d'une voix juste, harmonieuse et ferme, avec une élocution sans accrocs, déclara: "Par devant Dieu -qu'il soit exalté et glorifié- (4) je m'engage à préserver fidèlement  la charte du royaume y compris les rectifications qui y ont été apportées selon les  termes de la proclamation mentionnée ci-avant, comme je m'engage à ne gouverner que conformément aux lois écrites et selon la procédure. Je garantis à chacun l'exercice de son droit comme il est établi par la loi et à toujours oeuvrer selon ce qu'exigent l'intérêt du peuple Français, son bonheur et sa gloire". (5)

"Il monta alors sur le trône royal et déclara: "Messieurs, j'ai prêté à l'instant un serment solennel sans ignorer les devoirs qu'il m'impose dans toute leur importance et leur étendue. Ma conscience me dicte d'y être fidèle et j'affirme n'avoir reçu votre allégeance que de mon plein gré. J'étais résolu à ne jamais accepter le trône que la Nation française m'offfrait mais lorsque j'ai constaté l'état de la France, blessée dans ses libertés, l'affliction du peuple et les atteintes portées aux lois du Royaume, le menant aux portes du désordre, j'ai compris qu'il fallait rétablir la légalité. La tâche en incombait aux chambres des pairs et des députés , compétence dont je les ai assurés de mon total respect. Les modifications que nous avons apportées à la Charte imposent la sécurité pour l'avenir. Ainsi, la France vivra-t-elle confiante à  l'intérieur et respectée à l'extérieur, et la  paix en Europe en sera raffermie".

"Lorsque s'acheva son discours, les voix s'élevèrent criant "Dieu garde le Roi Louis-Philippe 1er" . Celui-ci salua l'assemblée et sortit serrant les mains des uns et des autres puis il enfourcha son cheval, saluant la foule, à gauche et à droite. Et Il aurait, dit-on,  donné l'accolade à   de nombreuses personnes.

"Les citadins et les membres de la garde, dite Garde Nationale, lui firent un cortège enthousiaste et, la nuit venue, Paris s'illumina de flambeaux énormes. C'était le 7 août 1830 de l'ère chrétienne (6)."

1) Il fut appelé "roi citoyen" comme cela avait été le cas de Louis XVI, lorsque celui-ci dût prêter serment de fidélité à la Nation et à  la Constitution  en 1791, après sa tentative de fuite et son arrestation à Varennes. Louis-Philippe, dernier des monarques français, fut le seul  à ne pas avoir reçu le sacre. Aussi fut-il l'objet de quolibets de la part des monarchies europénnes qui le qualifièrent  de "roi bourgeois". Louis-Philippe, choisi par les députés au nom du peuple, fut en réalité placé sur le trône d'une "monarchie parlementaire élective" le choix n'ayant jamais été soumis au vote des citoyens, contrairement à ce qui avait été prévu.
2) Tahtaoui ne dis pas un mot des cris hostiles lancés à cette occasion contre le duc d'Orléans par les Répubicains et les Bonapartistes déçus de voir la victoire des "Trois Glorieuses" confisquée par les représentants de la bourgeoisie libérale avec la complaisance de Lafayette. Le vieux héros s'était dérobé alors qu'on lui proposait la présidence d'une république restaurée. Il n'avait pas envie d'assumer la charge du pouvoir. Le silence de Tahtaoui s'explique peut-être par sa déférence naturelle à l'égard de l'autorité, ou une certaine sympathie pour le nouveau monarque, transparaissant dans son récit.
3) Tahtaoui s'adresse à ses lecteurs égyptiens.
4) Formule  de toute évidence ajouté d'instinct par ce musulman fidèle qu'était le cheikh Rifa‘at.
5) Selon l'essentiel des modifications apportées à la charte, la religion catholique n'est plus religion d'État mais seulement « professée par la majorité des Français ». La censure de la presse est abolie. Le cens électoral est fixée par la loi, permettant  ainsi un élargissement de l'électorat. le roi ne peut plus légiférer par ordonnance pour raison de sécurité de  l'État. Les Chambres ont comme le roi l'initiative des lois.  Enfin, le  drapeau tricolore est inscrit dans la Charte.
6) Tahtaoui fait une erreur de date. Le 7 août est celle de la proclamation des Chambres. La prestation de serment eut lieu le 9 août. L'erreur est peut-être le fait d'un copiste.
Par Yaqzan - Publié dans : Histoire - Communauté : Egypte
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