actualité politique

Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /2009 22:25

L'identité nationale: un débat où il est préférable de "la boucler".

Cet article se propose de vous conduire du plaisant au très sérieux dans un parcours qui va du Verlan à l'affaire Dreyfus en passant par le Louchebem, le Javanais et les divisions historiques du socialisme français.

Du plaisant ...

Pour prouver ma bonne foi et afin qu'on ne m'accuse pas de tirer systématiquement à boulets rouge sur la droite sarkozyste, je me montrerai indulgent à l'égard de Nadine Morano

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Effectivement, à la lecture de ses propos sur le Verlan et les casquettes à l'envers, j'ai constaté qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat. Je lui reprocherai toutefois d'ignorer que le verlan fait depuis longtemps partie de la culture française, et ce bien avant que les beurs n'aient fait leur apparition. Ainsi, mes copains et moi, à l'age de 14/15 ans, dans les années "40", bons petits Français de souche nous pratiquions non seulement le Verlan mais aussi le Javanais et le Louchébem. En ce qui me concerne, ma préférence allait au Javanais, que je pratique encore en cachette pour mon seul plaisir . Ainsi, pour déclarer ma flamme à Nadine, je dirai: "Navadavine, javeu tavème mavon navamavour". Après tout pourquoi ne lui proposerais-je pas des cours particuliers?

En fait, j'espère que notre ministre  a compris que dans un débat "merdeux" comme celui-là, il est préférable de ne pas improviser. Les passions y sont telles que les mots sont de vrais bâtons de dynamite. Je lui dis amicalement car je la trouve sympa. Je lai vue une fois chez Ruquier, elle était touchante. Elle m'a rappelé ma crémière que j'aime bien.

... au très sérieux

Mais puisqu'il faut aussi être grave, je préciserai que ce qui m'interpelle dans cette affaire, c'est le choix de Charmes,  ville natale de Maurice Barrès, pour y tenir ce débat. Je soupçonne de volonté provocatrice  Jean-Jacques Gaultier, le maire UMP qui en a pris l'initative. Si ce n'est pas le cas c'est alors une ânerie.

De Maurice Barrès, on ne retient aujourd'hui en effet que la figure emblématique de l'un des divers courants nationalistes actifs sous la troisième République, et surtout le fait qu'il  ait pris parti contre le capitaine Dreyfus et produit quelques écrits antisémites,. Cette étiquette réductrice ne peut en effet, de nos jours que provoquer l'indignation. Mais l'honnêteté impose de se replacer dans le contexte de l'époque. Barrès est une personnalité complexe. Ecrivain admiré, il a inspiré Louis Aragon, André Malraux, François Mauriac, Montherlan. Homme politique, il a été de gauche pour évoluer ensuite vers le courant républicain modéré qu'on qualifierait aujoud'hui de centre-droit, mais aussi il a été,  bien qu'adversaire politique, un ami fidèle de Jean Jaurès et de Léon Blum. Auteur de quelques écrits antisémites, il rendit toutefois, pendant la grande Guerre,  hommage aux Juifs français qu'il plaçait dans "les familles spirituelles de la France".


Guesde-Jaurès
Caricature de Jules Renard (1900) illustrant la 
   division des socialistes sur l'affaire Dreyfus
.
   Les "Frères siamois sont Guesde et Jaurès.
         (voir "Historia" mars-avrl 2009)


Antidreyfusard Barrès? Certes.  mais à ce propos, Benoit Hamon, garçon sympathique, ferme de conviction et plein de fougue, a tendance à tirer sur tout ce qui bouge sans toujours bien refléchir. Socialiste, il devrait savoir que ses prestigieux prédécesseurs de l'époque de l'affaire Dreyfus, étaient très divisés sur la question. Autour de Jules Guesde, chef de file des socialistes radicaux, une majorité d'entre eux considéra qu'il n'était pas dans leur intérêt de prendre position. "Les prolétaires n'ont rien à faire dans cette bataille qui n'est pas la leur", estimaient-ils. En revanche, Jean Jaurès, chef de l'aile réformiste,  se rangea du côté des dreyfusards. Ce fut en quelque sorte un divorce venu s'ajouter à la division dont le socialisme français n'a cessé de souffrir de sa naissance jusqu'à nos jours.

Alors, comme disait grand-mère,  tournons donc sept fois la langue dans notre bouche avant de s'aventurer dans un débat aussi tordu.





Par Yaqzan - Publié dans : actualité politique - Communauté : cercle des libres penseurs
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Mardi 17 novembre 2009 2 17 /11 /2009 14:52

Entre la défaite consentie et la défaite subie











J'ai beaucoup d'estime pour Jean-Luc Mélenchon. Je l'ai certes souvent critiqué sur ce blog, mais  essentiellement pour son jacobinisme exacerbé. En vérité Il m'est très sympathique, non pas seulement pour sa "bonne bouille" de petit écolier espiègle qu'il a conservée malgré les années, mais surtout parce que je reconnais en lui un homme de conviction qui respire la sincérité, ce qui est fort rare dans ce qu'il est convenu d'appeler la "classe politique". (*)

Mais surtout, face à la confusion qui règne aujourd'hui dans le camp socialiste, Jean-Luc Mélenchon se montre  cohérent avec ses convictions. Son projet, affirme-t-il, est de refonder une vraie gauche, pure et dure et non pas celle de la social-démocratie, prompte à  composer avec le libéralisme, et encore moins de se compromettre avec ceux qui, bien que n'étant pas formellement de gauche, se réclament de la démocratie sociale, ce qui pour Jean-Luc fleure le bénitier, chose dont il a -si je puis dire- une sainte horreur.

Pour Mélenchon, seule la réalisation de ce projet compte, serait-ce au prix d'une nouvelle victoire de sarkozy à la prochaine présidentielle. Il a conscience de ce risque et en assume  pleinement la responsabilité, comme cela est apparu clairement ,bien que sous-entendu, dans ses récentes interventions à la télévision.  Jean-Luc Mélenchon sait parfaitement que le délai de deux ans qui nous sépare de la prochaine échéance électorale est bien insuffisant pour mener son projet à terme si tant est qu'il soit réalisable.

Quant à l'extrème-gauche, elle n'aspire pas à partager le pouvoir. Sa vocation comme sa seule raison d'être est l'opposition à tout gouvernement  de gauche ou de droite  qui menacerait les intérets des travailleurs. Sa mission s'appelle vigilance. C'est se tenir prête à mobiliser les masses populaires sous la bannière de la lutte des classes, que ce soit au sein des syndicats ou dans la rue, chaque fois que cela lui parait nécessaire.  En quelque sorte, pour elle comme pour Mélenchon l'enjeu de la présidentielle est secondaire. Je pense qu'en réalité ils se situent dans un espace temporel particulier. Le court terme leur est étranger. Il en est ainsi de tous ceux qui adhèrent à une cause qu'ils considèrent sacrée.

En revanche, le PS aspire au pouvoir et la présidentielle est pour lui une échéance cruciale. Nous y retrouvons ces éléphants moribonds qui se refusent à prendre le chemin de leur cimetière mythique et qui, avec Benoit Hamon, leur fidèle porte-parole,  jeune homme de conviction,  fort sympathique au demeurant, s'accrochent à leur utopique projet d'union de la gauche, vieille recette qui a fait son temps. Avec un petit peu de bons sens, ils devraient comprendre que c'est assurément le meilleur moyen de faire gagner Sarkozy. Voila l'incohérence. Ils devraient également comprendre que les électeurs aujourd'hui majoritaires qui veulent qu'on en  finisse avec l'état sarkozyen se tamponnent le coquillard de leurs états d'âmes idéologiques.

Vous me direz: Que faites vous du courant du PS animé aujourd'hui par Vincent Peillon, qui veut un large rassemblement autour de nos valeurs républicaines incluant le PC,  les Verts et le Modem? Je dis que l'idée est bonne et je la défends moi-même. Mais vous avouerez que le Pandemonium de Dijon augure bien mal de la conduite de cette entreprise louable . Faute de l'appui du reste de la gauche, elle me parait avoir fort peu de chance de vaincre la droite sarkozyste.

 Et si, par miracle, d'authentiques démocrates de droite soucieux de nos valeurs
venaient se joindre à ce rassemblement , une "union sacrée" en quelque sorte pour abattre celui qui jour après jour sape les fondements de notre démocratie?

ll n'est pas interdit de rêver.

* Ce terme , que les politiciens eux-mêmes utilisent, est choquant. Dire que les hommes politiques constituent une classe, au même titre que la classe ouvrière ou ce qu'il est convenu d'appeler classes populaires, c'est reconnaître que la politique est une profession, c'est-à-dire que ces gens-là vivent de la politique et non pas pour la politique. Celle-ci appartient à tous les citoyens à qui le plus souvent on la confisque sous couvert d'une délégation de pouvoir électorale.
Par Yaqzan - Publié dans : actualité politique - Communauté : cercle des libres penseurs
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